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Regard critique · Justice sociale

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"Side : démarrage d'une cellule de placement direct à l'Orbem"

19-11-2001 Alter Échos n° 109

Side, Service d’intervention directe sur l’emploi, tel est le nom d’un projet pilote sur lequel l’Orbem planche depuis fin 2000.1ýIl démarre donc aujourd’hui une premièrecellule de placement direct à l’emploi, en priorité dans des contrats à durée indéterminée, de demandeurs d’emploi peu qualifiés. EddyCourthéoux, directeur général de l’Orbem, détaille le projet et explique ce qu’il en attend.
Alter Échos – L’Orbem démarre cette semaine une cellule de placement direct à l’emploi. De quoi s’agit-il ?
Eddy Courthéoux – Il s’agit d’une méthode de placement qui s’adresse d’abord aux employeurs. La première chose qu’on fait est de les contacter pour envisager avec eux leurpolitique de recrutement pour les fonctions de première ligne, pour lesquelles il ne faut pas de diplôme particulier. Et sur ces postes, on place nos candidats. Donc on prospecte pourtrouver des postes pour lesquels ce qui compte, c’est d’avoir la volonté d’exercer tel ou tel type d’activités, dont on a les capacités.
AE – Comment l’Orbem en est-il arrivé à vouloir lancer un tel projet ?
EC – Depuis deux ou trois ans, je me dis que, jusqu’à présent, nous avons beaucoup investi en diversité et en qualité sur des actions vis-à-vis des demandeursd’emploi. On ne va bien sûr pas s’arrêter, mais il est temps d’investir de la même manière sur les employeurs. Je me suis donc mis en recherche d’outils et de moyens àleur proposer quand ils se retrouvent démunis face à des problèmes de recrutement. Et l’an dernier, nous nous sommes intéressés à une méthodefrançaise, IOD, dont nous avions d’ailleurs entendu parler grâce à vos colonnes.2 Nous sommes allés à Bordeaux à quelques-uns pour en rencontrer lesinitiateurs afin de développer ça à Bruxelles, mais sans pouvoir malheureusement trouver d’accord de collaboration avec eux. La décision a donc été prise decréer nous-mêmes une méthode parallèle.
AE – Une fois qu’un emploi potentiel a été identifié dans une entreprise, comment vous y prenez-vous ?
EC – La première chose est de faire avec l’employeur une description opératoire et précise, en termes simples, des activités concrètes à y accomplir.C’est quelque chose de difficile : les entreprises cherchent le plus souvent des fonctions, sans savoir ce que la personne va faire précisément. Il nous a donc fallu mettre au point desoutils, comme des fiches de description de poste bien plus détaillées. Si on va aussi loin, c’est pour que, dans une étape suivante, lorsqu’on propose ces offres à undemandeur d’emploi, il puisse se positionner en toute connaissance de cause et faire un choix positif et rapide. Dès qu’il est sûr de lui, le contrat est signé, et nous lecoachons en entreprise au maximum jusqu’à la fin de la période d’essai, c’est-à-dire pendant un à trois mois.
AE – Comment parvenez-vous à garantir à l’employeur que votre candidat va assurer ?
EC – Tout le pari là-derrière est le suivant : qui mieux que le demandeur d’emploi est le mieux placé pour dire ce qu’il veut et ce qu’il se sent prêt à faire?C’est ce choix positif, duquel on lui a offert la possibilité de partir, qui est la meilleure garantie qu’il respectera ses engagements.
AE – Comment approchez-vous les demandeurs d’emploi ?
EC – On travaille avec des partenaires prescripteurs. La première cellule étant inscrite dans le cadre d’un projet Objectif 3 du Centre pour l’égalité des chancesvisant l’accès à l’emploi des primo-arrivants, ce sont des associations comme le Ciré qui nous envoient des candidats. Mais aussi notre Service guidance p. ex. Ces partenairesont fait si nécessaire un travail en amont, comme l’obtention d’un permis de travail ou autres, de façon que les personnes qui arrivent à la cellule se disent prêtesà travailler.
AE – En quoi une telle logique a-t-elle pu intéresser le Centre pour l’égalité des chances ?
EC – Cette méthode a un intérêt énorme : elle est anti-discriminatoire : on travaille avec les demandeurs d’emploi dans l’ordre où ils arrivent. On n’enaccueille un nouveau qu’après en avoir placé un. En fait, c’est tout simple dans les principes, mais c’est très compliqué parce que c’est une logique inverse de ce qu’on afait jusqu’ici, où on partait de l’idée que le demandeur d’emploi n’a qu’à apprendre et où on est là pour l’y aider.
AE – Quel est le calendrier du projet ?
EC – Cette première cellule est en train de démarrer. Un cofinancement Equal devrait nous permettre d’en démarrer une seconde en janvier. Et puis on voudrait en lancer unetroisième. Chaque cellule compte trois consultants. Elles vont en tout cas fonctionner deux ans, peut-être trois, avec comme objectif – pas nécessairement pour lapremière année – de placer chacune 80 à 90 personnes par an. Si les choses se passent bien, nous continuerons à développer cette logique.
AE – La première cellule est située où ?
EC – C’est une question qui a été pas mal débattue. Il faut savoir que depuis le début, le projet a été conçu avec les missions locales deForêt et d’Etterbeek. La mission locale d’Ixelles devrait aussi bientôt nous rejoindre. Autant le pilotage général que le développement des outils de travail se fontavec ces missions locales. Et donc dans la phase préparatoire, on a hésité à créer une asbl commune, ou à décentraliser d’office les cellules. Leconsensus final, qui pourra évoluer à l’avenir, a été celui de la simplicité : la cellule est basée ici à l’Orbem, et elle dépend directementde moi, pour être indépendante de toute notre structure. Au point que toute la prospection vers les entreprises – sur laquelle la cellule doit beaucoup investir – se passe endehors de toutes les autres démarches de l’Orbem avec les employeurs, sans même avoir accès à nos banques d’offres d’emploi.
AE – Vous avez imaginé d’associer à la démarche des groupes d’employeurs, des associations professionnelles, etc. ?
EC – Pas dans un premier temps. On veut investir dans des relations de confiance en direct avec les entreprises, surtout avec des PME. Avec des interlocuteurs plus larges, on risque de sedéconnecter de l’intérieur même de l’entreprise. On veut leur parler de leurs problèmes au plus près de là où ils se posent, et leur proposer dessolutions directes. On ne se met plus dans une position de quémandeur, comme dans nos conceptions classiques lorsqu’on travaille avec des personnes peu qualifiées.
1 Orbem, bd Anspach 52 à 10000 Bruxelles, tél. : 02 505 14 11, site Web : http://www.orbem.be

Thomas Lemaigre

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