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Regards sur le travail, sa privation et son refus

Les 5es rencontres du « P’tit Ciné »1 consacrées aux « Regards sur le travail » ont notamment été l’occasion deprojections de documentaires et de débats sur le travail et la situation de ceux qui, par défaut ou par choix, vivent sans emploi.

28-07-2005 Alter Échos n° 139

Les 5ème rencontres du « P’tit Ciné »1 consacrées aux « Regards sur le travail » ont notamment été l’occasion de projections de documentaires et de débats sur le travail et la situation de ceux qui, par défaut ou par choix, vivent sans emploi.

Ainsi, le débat de l’après-midi du samedi 8 mars sur le thème « Intégration, désintégration ? Le travail à quel prix ? » a été introduit par un court métrage (« Alter Égaux »), sans doute aussi intéressant qu’impertinent, sur la parole de personnes sans emploi. Si la non-participation au marché du travail était le point commun de tous les témoins volontaires, leurs trajectoires de vie étaient fort variées.

Les intervenants du film ont tous fait état d’un bien-être relatif et d’une vision positive de leur situation. Tous partageaient une longue expérience du chômage et avaient eu le temps de s’y adapter. Pour certains, la sortie du marché du travail fut brutale et traumatisante. Un licenciement met fin à une longue expérience professionnelle, souvent physiquement éprouvante. C’est alors la descente aux enfers, la dépression, puis souvent après un constat de retour impossible au travail, le lent développement de contacts, d’activités nouvelles et une vie qui se reconstruit. Pour d’autres, le travail ne présente aucun attrait. Ils ont fait le choix de ne pas travailler. Parfois, une brève expérience d’un travail peu intéressant, dévalorisé ou sous-payé les a confortés dans cette idée. L’ensemble des témoins fera état d’un bonheur affirmé, d’une activité importante en matière de loisirs ou d’engagement social.

Les discours de légitimation de ces « retraits » du marché du travail sont très variables. Un ouvrier licencié dira sa conscience de vivre grâce à la solidarité de ses collègues par le biais des cotisations sociales. Porteur d’une « dette sociale », il s’emploie à fournir à la société un travail social en s’investissant dans de nombreuses associations. Un autre témoin revendiquera le bénéfice de cotisations versées par lui au cours de nombreuses années de travail. D’autres encore, souvent plus jeunes, argueront d’un manque de travail pour tous pour revendiquer un « droit au non-travail ».

Dans un contexte de rareté de l’emploi et de chômage de masse, de telles stratégies individuelles peuvent porter à critiques mais sont difficilement condamnables.Au contraire même, elles questionnent de plein fouet la pertinence des politiques d’activation quand celles-ci sont poussés très loin.

Des questions plus urgentes que celle du « droit à l’inactivité »

Les discours des individus, tant les témoins dans le film que les participants au débat, reflétaient aussi une vision asservissante du travail (étymologiquement : activité pénible), la fonction de discipline du chômage (il sert à maîtriser les salaires, à rendre dociles les travailleurs), le déclin des solidarités dans l’entreprise, l’exclusion dont sont victimes les personnes ne participant pas au marché du travail.

Toutefois, certaines questions essentielles étaient cruellement absentes des débats. Comment en effet réfléchir à l’amélioration de la situation des sans-emploi sans aborder les questions de la redistribution des richesses et des revenus, des rôles et mécanismes de solidarité entre actifs et non-actifs, du partage et de la redistribution du travail. Des questions de justice sociale sans doute plus urgentes que la revendication d’un « droit à l’inactivité » ? Sans doute plus importantes pour notre « modèle de société » ? Et comment dans les faits un tel droit pourrait-il être garanti et supporté autrement que par l’activité d’autres travailleurs ?

1. Le P’tit Ciné Diffusion, rue du Fort, 5 à 1060 Bruxelles, tél. et fax : 02 538 17 57, courriel : leptitcine@belgacom.net

Agence Alter

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