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Québec : une boîte à outils pour les futurs profs en milieux défavorisés

Issus de la banlieue de Montréal, les étudiants, et surtout étudiantes, en éducation ont rarement mis les pieds dans un quartier défavorisé et rares sontceux qui envisagent de faire carrière dans ces écoles. En effet, un prof sur cent provient d’un milieu pauvre. À la Faculté des Sciences de l’éducationde l’Université du Québec à Montréal, on a décidé d’agir pour encourager les profs de demain à se diriger vers les quartiers pauvres, telSaint-Henri (quartier historiquement populaire comme Les Marolles à Bruxelles), une fois leur formation terminée.

03-05-2006 Alter Échos n° 207

Issus de la banlieue de Montréal, les étudiants, et surtout étudiantes, en éducation ont rarement mis les pieds dans un quartier défavorisé et rares sontceux qui envisagent de faire carrière dans ces écoles. En effet, un prof sur cent provient d’un milieu pauvre. À la Faculté des Sciences de l’éducationde l’Université du Québec à Montréal, on a décidé d’agir pour encourager les profs de demain à se diriger vers les quartiers pauvres, telSaint-Henri (quartier historiquement populaire comme Les Marolles à Bruxelles), une fois leur formation terminée.

Le décrochage élevé des jeunes enseignants

En milieu défavorisé, le décrochage scolaire ne se retrouve pas seulement chez les étudiants. Tel que le rappelle le site internet du Centre de formation surl’enseignement en milieux défavorisés, le taux d’abandon est très élevé chez les jeunes enseignants. « Ce décrochage prend deux formes.Parfois, les nouveaux enseignants quittent définitivement l’enseignement après quelques années, voire quelques mois ; la plupart du temps, ils migrent vers d’autresquartiers dès que leur ancienneté le leur permet » Quelles sont les conséquences ? « On se retrouve alors souvent avec les professeurs les moinsexpérimentés dans les écoles les plus complexes. Cette situation plaide pour une amélioration importante de la formation des enseignants qui se retrouveront dans lesécoles défavorisées ». Voilà donc l’objectif que poursuit le Centre.

Mis sur pied en 2003 avec le soutien financier de la Fondation Lucie et André Chagnon, le Centre vise trois priorités : « améliorer les connaissances desétudiants et des intervenants en ce qui concerne les habitudes de vie et la culture des familles défavorisées ; mettre à la disposition des étudiants et desintervenants un matériel permettant de mieux connaître les quartiers défavorisés ; faire connaître les groupes communautaires qui peuvent constituer des partenairesauprès des jeunes et des familles » affirme Robert Cadotte, directeur du Centre de formation sur l’enseignement en milieux défavorisés.

Grandeur et misère d’un quartier populaire

La principale réalisation du Centre demeure la trousse, que l’on retrouve sur le site internet, qui regroupe des études et des informations pertinentes pour les futursenseignants ainsi que les profs actuels qui veulent comprendre leur quartier et redonner le goût aux jeunes d’en être fiers. Ces informations, présentées sous forme deparcours, permettent de découvrir le quartier Saint-Henri : le premier met en lumière l’état de la santé sociale et environnementale du quartier ; le second permet deconnaître les bâtiments patrimoniaux ; alors que le dernier amène à découvrir les œuvres d’art public, les organismes culturels ainsi que les artistes quiont habité le quartier.

« Ces périples sont conçus d’abord et avant tout pour les étudiants en éducation afin de leur faire découvrir à quoi ressemble un‘quartier défavorisé’, comme il en existe beaucoup à Montréal », affirme Robert Cadotte, qui a œuvré pendant plus de 35 ans dans le milieude l’enseignement. « Ils permettent de se faire une idée nuancée de Saint-Henri, avec ses grandeurs et ses misères… avec l’espoir de fairedisparaître certains préjugés et d’y attirer les jeunes enseignants les plus dynamiques ».

Afin de comprendre le phénomène de pauvreté, le Centre a tracé le portrait socio-économique de deux quartiers montréalais, Westmount et Saint-Henri, deuxunivers tant les disparités demeurent profondes. Ces deux quartiers historiques, Saint-Henri, quartier ouvrier, cohabite de près avec Westmount, haut lieu de l’élitecanadienne-anglaise attirant désormais de nouveaux riches.

Les constats ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’espérance de vie est de 10 ans inférieure à Saint-Henri qu’à Westmount. Lorsqu’ongrimpe la montagne (Westmount se trouve sur le Mont-Royal), le revenu moyen annuel est de 134.000 euros, et il dégringole en bas de la montagne jusqu’à 27.000 euros. 90 % des plusde 20 ans ont un diplôme d’études secondaires dans Westmount contre 57 % dans Saint-Henri. Si dans ce quartier se trouvent 62 appareils de loterie vidéo, il n’y en aaucune dans Westmount. Alors que dans Saint-Henri se trouvent 50 % de mères de familles monoparentales, Westmount en compte seulement 22 %.

Ces différences énormes entre les différents groupes sociaux amènent les enseignants à être confrontés à des situations et des interactionsscolaires particulières. Il est donc nécessaire de comprendre à quels enfants on enseigne pour adapter sa pédagogie. Comme le rappelle le directeur, Robert Cadotte, uneclasse dont la moitié des enfants vit dans des familles monoparentales risque de changer une dynamique de groupe.

Comprendre pour mieux enseigner

Le site internet s’avère une boîte à outils. Profs et futurs profs ont accès, entre autres, à une revue de littérature scientifique produite par laChaire de recherche en formation à l’enseignement de l’Université Laval. Ce document recense les « Interventions pédagogiques efficaces et la réussitescolaire des élèves provenant de milieux défavorisés ». Qu’est-il démontré dans cette étude ? Malgré le contextesocio-économique difficile duquel sont issus certains élèves, l’école peut faire une différence réelle dans leur réussite. Ainsi, les auteurs dela recherche affirment que les mesures les plus importantes pour soutenir efficacement les élèves se réalisent dans la salle de classe. L’enseignant a donc un rôleclé à jouer dans la vie des élèves issus de milieux défavorisés.

Toutefois, l’étude questionne l’actuelle réforme scolaire basée sur l’élève puisque, selon la vaste revue de littératureréalisée, les pratiques pédagogiques efficaces doivent être basées sur l’enseignement. « Il faut, comme l’a démontré le modèleacadémique du Direct instruction, mettre en priorité un enseignement explicite des apprentissages de base comme la lecture, l’écriture, les mathématiquesà travers lequel les élèves développeront leurs compétences cognitives et affectives plutôt que de favoriser l’inverse, et ce au risqued’augmenter les taux d’échec comme ce fut le cas en Californie », soutiennent les chercheurs.

Ainsi, en plus de créer des outils pour les futurs enseignants afin de mieux comprendre le phénomène de pauvreté, le Centre de formation sur l’enseignement enmilieux défavorisés leur offre des moyens concrets pour mieux enseigner dans ce contexte particulier.

1. Site : www.fse.uqam.ca/milieuxdefavorises

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