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Protéger l'emploi ou déconstruire sa centralité : la seconde livraison d'Entropia

La jeune revue Entropia, qui n’en est qu’à son deuxième numéro, se veut le lieu de rassemblement intellectuel de ceux qui essayent de penser des alternatives àla société de croissance et de consommation effrénées, en se regroupant derrière la bannière de la décroissance ou de l’objection de croissance. Danscette deuxième livraison, elle s’attaque à la question centrale du travail1.

28-08-2007 Alter Échos n° 233

La jeune revue Entropia, qui n’en est qu’à son deuxième numéro, se veut le lieu de rassemblement intellectuel de ceux qui essayent de penser des alternatives àla société de croissance et de consommation effrénées, en se regroupant derrière la bannière de la décroissance ou de l’objection de croissance. Danscette deuxième livraison, elle s’attaque à la question centrale du travail1.

Centrale, la question l’est notamment en ce qu’elle condense les désaccords entre les courants contestataires issus de l’altermondialisme ou de la social-démocratie traditionnelle,et ceux qui se revendiquent de l’écologie politique. Les premiers s’attachent à défendre la notion d’emploi, attaquée de toutes parts dans le contexte actuel de mise enconcurrence internationale des travailleurs, avec ses conséquences en termes de flexibilisation, de précarisation des contrats de travail et de dégradation de ses conditionsd’exécution. Au contraire, les seconds disent prendre acte des potentialités ouvertes par la diminution constante de la quantité de travail nécessaire (du fait des gainsde productivité), et cherchent à penser des alternatives créatives centrées sur l’autoproduction et la réappropriation du sens du travail. C’est, par exemple, lesens de l’article d’André Gorz (Crise mondiale, décroissance et sortie du capitalisme). Il y défend le caractère contagieux de certaines pratiques «d’autoproduction communale coopérative » qui, selon lui, contribueront à « changer notre regard sur ce qui est en illustrant ce qui peut être » et aiderontà « faire perdre sa centralité à ce “travail” que le capitalisme abolit massivement tout en exigeant de chacun qu’il se batte contre tous les autres pour l’obtenir àtout prix. »

Cache-sexe ou socle de droits ?

La revue évite cependant l’écueil de prendre trop ouvertement parti dans le débat et laisse la parole aux tenants des deux positions : entre critique de la valeur-travail,comme cache-sexe de l’aliénation du producteur et du consommateur capitaliste (Décroissance, plein emploi et sortie de la société travailliste de Serge Latouche),et approche plus « orthodoxe » tendant à démontrer que la prise en compte de considérations écologiques ne nuit pas nécessairement à l’emploi,encore considéré comme le socle sur lequel se construisent l’identité et les droits sociaux (Produire moins, produire mieux, préserver l’emploi deséconomistes Laurent Cordonnier et Franck Van de Velde ; Désaliéner le travail pour économiser les ressources de Jean-Marie Harribey).

Les titres-services comme avant-garde de la marchandisation ?

Si la plupart des contributions se situent à un niveau de discussions relativement abstrait – autour, notamment, de la thématique du revenu universel –, ladernière partie du dossier permet en quelque sorte de redescendre sur terre, en abordant la question de la position des femmes sur le marché du travail. C’est particulièrement lecas de la synthèse des études empiriques consacrées au développement des services à la personne (et particulièrement des services de ménage àdomicile) que signent les économistes Sandrine Rousseau et François-Xavier Devetter (La supercherie de l’externalisation des tâches domestiques). Les auteurs y rappellentles nombreux travaux féministes tendant à démontrer que « le développement des emplois de ménage à domicile signale l’échec d’une redistributiondes tâches domestiques au sein du ménage. » Bref, « la défaite des femmes actives au sein de leur ménage est alors compensée par leur victoire face auxfemmes de classes plus défavorisées. » La promotion de pareils emplois s’articulerait donc parfaitement, selon les auteurs, avec un modèle de sociétéfondé sur une division sociale du travail accrue, permettant la marchandisation de nouvelles activités – avec en arrière-fond cette « idéologie travailliste »partagée par la quasi-totalité de l’échiquier politique et syndical. Une lecture qui pourrait s’avérer roborative au moment où, chez nous, le budget publicconsacré au dispositif des titres-services est en pleine explosion… (voir dans ce n°, Titres-services : une affaire qui roule…comme une boule de neige ?)

1. « Décroissance et travail », Entropia, Revue d’étude théorique et politique de la décroissance, n° 2, printemps 2007, 15 euros. Plusd’informations sur le site des éditions Parangon : http://www.editions-parangon.com

Edgar Szoc

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