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Primo-arrivants et marché de l'emploi : bilan d'un projet du Centre pour l'égalité des chances

Ce jeudi 13 décembre 2007, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme1 organisait un colloque intitulé « Primo-arrivants et emploi ».Il couronnait un projet visant l’insertion professionnelle de ce public commencé en 2001 dans les trois régions du pays avec des partenaires publics et privés. AlterÉchos tire le bilan de ce projet avec trois de ses chevilles ouvrières : Christine Chorine, Fatine Daoudi, Séverine De Potter.

18-01-2008 Alter Échos n° 243

Ce jeudi 13 décembre 2007, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme1 organisait un colloque intitulé « Primo-arrivants et emploi ».Il couronnait un projet visant l’insertion professionnelle de ce public commencé en 2001 dans les trois régions du pays avec des partenaires publics et privés. AlterÉchos tire le bilan de ce projet avec trois de ses chevilles ouvrières : Christine Chorine, Fatine Daoudi, Séverine De Potter.

En juin 2001, le ministère fédéral de l’Emploi et du Travail sollicite le Centre qui rentre alors un projet d’insertion professionnelle des primo-arrivants auprès duFonds social européen et appelle les trois régions à travailler avec lui, en partenariat, via leurs organismes respectifs de placement, l’Orbem (devenu Actiris), le VDAB (VlaamseDienst voor Arbeidsbemiddeling en Beroepsopleiding) et le Forem.

Un projet d’accompagnement

Ce projet vise les primo-arrivants pour plusieurs raisons. La régularisation des sans-papiers de 1999 a sorti de l’ombre une série de personnes aux besoins sociaux importants. Deplus, à qualifications égales, les primo-arrivants sont plus discriminés. Enfin, la migration transforme brutalement le cadre de vie des femmes, ce qui accentue leursdifficultés si elles ne maîtrisent ni la langue ni les rouages de la société d’accueil. L’objectif est d’accompagner des demandeurs d’emploi avant la mise à l’emploi(réaliser un bilan des compétences, un projet professionnel, une information sur le marché du travail et la réalité institutionnelle, l’apprentissage de la langue),pendant et après la mise à l’emploi (la prospection et la proposition d’emploi, l’embauche et un accompagnement de quelques semaines, surtout à Bruxelles).

Le projet s’est décliné en trois sous-projets régionaux. En Flandre le VDAB a mené seul le projet, dans le cadre de la politique d’inburgering obligatoire pourles ressortissants étrangers inscrits depuis moins de 12 mois. En Région bruxelloise, Actiris a élaboré le projet Service d’intervention directe sur l’emploi (Side) avecl’aide de partenaires associatifs, ceux-ci prenant en charge la partie en amont. En Région wallonne, le projet « Primo » avait plusieurs facettes. Il s’est attaché à valoriser lescompétences acquises à l’étranger de personnes maîtrisant la langue. Il a travaillé avec des partenaires associatifs, puis des job coaches. Il aégalement mené un programme d’alphabétisation orienté sur la citoyenneté, la vie sociale et le projet professionnel. En superviseur, le Centre a joué unrôle de coordination, de concertation, de diffusion d’information, d’évaluation et de contrôle budgétaire.

Le marché

Au cours du colloque du 13 décembre, un des ateliers avait pour sujet le marché du travail dans les trois régions. Selon Jacques Ouziel, conseiller adjoint au ministèrefédéral de l’Emploi et du Travail, les chiffres montrent un essor économique depuis 2005 (entre 1,7 et 2,1 %) un peu ralenti en 2007. Le nombre de personnes occupéesaugmente, mais les taux d’emploi et de chômage changent peu. En effet, la part des 50-65 ans augmente, les sorties sont faibles et l’augmentation du nombre de migrants est plusélevée que prévue ; la balance entre les décès et les naissances est constante. Le solde migratoire dépasse les 50 000 personnes depuis 2005, surtout desjeunes.
Cette migration vient surtout des pays voisins (France, Allemagne, Pays-Bas), des nouveaux États membres (Pologne, Roumanie) et du Maroc. En 2006, on comptait environ en Belgique 300 000étrangers non-européens et 600 000 européens.
Les informations sur les types de migration sont rares. Il semble que le regroupement familial précède la recherche de travail et la cause humanitaire.
Les réalités régionales sont fort différentes. Bruxelles compte 66 % des personnes étrangères, la Région wallonne, 20 et la Flandre, 14.

En Flandre

Selon un représentant du VDAB, le marché exige flexibilité et compétences. Et le VDAB réagit à la demande. Il prépare les primo-arrivants àsurmonter la barrière linguistique et culturelle. Il investit surtout sur des trajets courts, sur mesure, en adaptant l’accompagnement (groupe plus limité et consultant), en favorisantl’e-learning et la formation informatique de base. Le VDAB est satisfait : sur 400 personnes présentées à des sociétés d’intérim, environ 90 % ontreçu un contrat de travail.

En Région wallonne

Le marché évolue, selon un représentant du Forem. En 2006, le Forem a traité environ la moitié des offres d’emploi wallonnes (46 % de 100 000 postes). Lechômage est en baisse. Selon une étude de satisfaction réalisée sur 10 000 postes, il reste des fonctions critiques (38) qui ne trouvent pas de réponse. Il existedes problèmes liés au profil, à la quantité, la qualité, la personne (motivations, aptitudes). On s’attend à une évolution favorable avec le prochaindépart des baby-boomers à la retraite.

À Bruxelles

Selon un représentant d’Actiris, le contexte est particulier. La croissance est plus favorable à la périphérie que dans les 19 communes. La pression concurrentielle estforte, ainsi que les exigences linguistiques, même pour un emploi à faible qualification. Les emplois faiblement qualifiés diminuent, ceux de moyenne qualification stagnent, ceuxde haute qualification sont en inflation.

Un bilan

« En 2000, ce projet était vraiment neuf, déclare Fatine Daoudi, le terme ‘primo-arrivants’ n’existait pas. Les Régions ont d’ailleurs pris en compte des réalitésparfois différentes en fonction de leur marché. Mais un point commun à tous, c’est le fait de travailler dans un partenariat regroupant des partenaires publics institutionnels etdes partenaires privés, avec ce que cela suppose de difficultés à sortir de sa culture pour aller vers l’autre. »

Les objectifs du projet ont été rencontrés dans une certaine mesure. La sensibilisation des opérateurs publics des trois régions est effective ainsi que lacréation de liens de communication entre partenaires publics et privés. Si le projet n’a pas initié les méthodes d’accompagnement, il a permis à chacun d’analyserd’autres méthodes utilisées ailleurs. « De plus, complète Séverine De Potter, il existe aujourd’hui un consensus sur l’opportunité d’un accompagnement individuel etparticulier pour amener les primo-arrivants à passer outre certains obstacles, voire également d’autres catégories de demandeurs d’emploi. Quant à la reconnaissance descompétences, cela dépend des Communautés. Pour parer la difficulté, certains opérateurs mettent en place un examen de validation des compétences, desformations complémentaires rapides. »

Les femmes d’origine étrangère rencontrent quant à elles une double difficulté
. Selon Fatine Daoudi : « C’est surtout la question du genre qui pose difficulté. Ilfaut donc adapter la méthode d’accompagnement pour éviter de pénaliser les femmes qui s’occupent du ménage et des enfants. » Christine Chorine ajoute : « La migrationféminine a évolué. Aujourd’hui, davantage de femmes viennent pour améliorer leur vie économique. De plus, ces femmes sont plus qualifiées qu’auparavant. »

À Bruxelles, la mission de certaines associations privées a évolué. « Au début du projet, elles étaient très enthousiastes, précise FatineDaoudi. Avec une porte ouverte sur Actiris, elles obtenaient une crédibilité sur le marché de l’emploi. Peu à peu, on leur a demandé de jouer aussi une fonction desélection par rapport au profil demandé par l’employeur, alors qu’elles n’y étaient pas préparées. L’enjeu a été le plus fort. Cela continuemalgré la fin du projet. »
En termes d’accompagnement, la Région wallonne a mis en place une expérience pilote de job-coaching. Pour Christine Chorine, « c’est un accompagnement de qualité de Aà Z. Mais cela demande beaucoup d’énergie et de compétences, et ce n’est pas forcément généralisable. »

Les suites

La réintroduction d’un projet parallèle n’est pas d’actualité. Mais les partenaires continuent sur leur lancée, seuls. « De plus, ajoute Séverine De Potter, lefonctionnement des Centres régionaux wallons d’intégration va davantage se tourner vers l’accompagnement dans le sens voulu par le Fonds social européen. » Quant au Centre, ilcontinuera à suivre la question des primo-arrivants sous l’angle de l’accueil qui précède l’insertion socioprofessionnelle. « Le financement fédéral enmatière d’emploi a diminué, explique Christine Chorine, la matière est devenue régionale. ».
Bref, le Centre tourne une page, avec un brin de nostalgie mais une grande satisfaction. Une petite déception toutefois : si lors du colloque, plus de 200 personnes étaientprésentes, ce jour-là, les patrons, pourtant invités, étaient tous occupés ailleurs.

1. Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme :
– adresse : rue Royale, 138 à 1000 Bruxelles
– contact : Christine Chorine
– tél. : 02 212 30 88
– courriel : christine.chorine@cntr.be

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