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Regard critique · Justice sociale

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Précarité : quand usagers et professionnels témoignent

En juin 2006, le CPAS de Charleroi adoptait un plan stratégique destiné à fixer des objectifs à l’horizon 2010 pour remplir au mieux ses missions vis-à-visdes citoyens et de son personnel mais également par rapport à son environnement au sens large. Un des groupes de travail constitué à cette occasion s’estdonné pour projet « une interpellation sociale et politique à partir du vécu ». De ces rencontres est sorti un recueil de témoignages1 de personnesvivant dans la précarité ou confrontées à celle-ci au niveau professionnel. Un recueil qui va bien au delà du témoignage et constitue une véritableinterpellation politique.

23-05-2008 Alter Échos n° 252

En juin 2006, le CPAS de Charleroi adoptait un plan stratégique destiné à fixer des objectifs à l’horizon 2010 pour remplir au mieux ses missions vis-à-visdes citoyens et de son personnel mais également par rapport à son environnement au sens large. Un des groupes de travail constitué à cette occasion s’estdonné pour projet « une interpellation sociale et politique à partir du vécu ». De ces rencontres est sorti un recueil de témoignages1 de personnesvivant dans la précarité ou confrontées à celle-ci au niveau professionnel. Un recueil qui va bien au delà du témoignage et constitue une véritableinterpellation politique.

« Nous voulions relever ce défi au départ du recueil de témoignages de personnes vivant dans la précarité ou en situation d’exclusion, maiségalement de témoignages de divers acteurs et professionnels ayant pour mission de venir en aide à ces publics, explique Geneviève Lacroix, manager social et membre dugroupe de travail. Notre groupe s’est stabilisé autour d’une douzaine de personnes représentant l’ensemble des services d’aide et d’action sociale du CPAS : les antennes sociales, les espaces citoyens, les services de soins à domicile, les services de médiation de dettes, des maisons de repos, etc. »

Pendant une année, le groupe co-animé par deux animateurs, le groupe s’est réuni une fois par mois. Groupe qui a constitué très vite un investissement entemps mais qui est aussi devenu un lieu d’échange. « Il est à noter, d’ailleurs, la difficulté de certains à assumer nos rendez-vous mensuels, comptetenu d’un contexte de travail où la réflexion et le partage d’expérience doit trop souvent céder le pas à l’urgence… » Les rencontres sesont articulées autour de deux axes : le premier est celui du recueil de témoignages en construisant un réseau de personnes ressources qui pouvaient constituer des relaisprivilégiés pour témoigner, mais aussi pour recueillir ces témoignages et les rendre communicables ; le second axe est celui de « l’interpellation » :« Nous avons voulu nous attacher à réfléchir aux différents modes de diffusion possibles des productions du groupe, au processus de sensibilisation tant despartenaires professionnels que politiques », expose Geneviève Lacroix.

Les témoignages ont été recueillis soit par des travailleurs sociaux, soit sous forme d’interviews des personnes précarisées par un ancien journaliste, MarcelLeroy. « Les personnes que j’ai rencontrées nous montrent que la précarité progresse très vite. Si vite que les filets de la sécurité sociale laissentpasser beaucoup de formes nouvelles de détresse, souligne le journaliste retraité. L’interpellation, à mon sens, serait d’insister sur l’intérêt, pour celles et ceuxqui écrivent les lois et réglementations, de commencer par écouter les gens luttant contre la précarité et les travailleurs sociaux qui les épaulent.»

Au delà du portrait et du témoignage

Le livre se compose de dix-neuf récits, dans lesquels on retrouve une femme battue, un exclu du chômage, un demandeur d’asile, un assistant social « hors-les-murs »,les campeurs « du terril », etc. Des trajectoires mises en lumière parmi les milliers de dossiers suivis par le CPAS de Charleroi et qui ont permis de tirer des lignes de forceprésentées dans les conclusions du groupe de travail. Sept tribunes libres aussi, qui font de ce recueil de témoignages un véritable portrait de la précaritételle qu’elle se vit au quotidien dans les CPAS.

« Si nous souhaitons capter l’écoute des politiques et des décideurs institutionnels, conclut Geneviève Lacroix, cette expérience a renforcé chezchacun des participants le besoin de donner le jour à une production collective qui dirait, aux uns et aux autres, quelque chose de nos réalités respectives tout en poussant un »cri » d’alerte face à des réalités sociales et professionnelles qui se complexifient et ont bien du mal à se dénouer parfois… »

Réseau d’écoute

La Fondation Roi Baudouin soutient cette publication réalisée dans le droit fil des travaux menés entre 2002 et 2008 dans le cadre du Réseau d’écoute deson programme Justice sociale. Afin de repérer les nouvelles formes d’injustice sociale, un réseau d’écoute a ainsi fait appel aux centaines de témoignages depersonnes issues de toutes les régions du pays et de tous les milieux socioprofessionnels ainsi qu’à la réflexion d’un Comité de décodage.

1. Témoignages Précarité, CPAS de Charleroi, publication réalisée avec le soutien de la Fondation Roi Baudouin, 2008.
Le recueil est téléchargeable gratuitement sur le site du CPAS deCharleroi.

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