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Pourquoi là et pas ailleurs  ?

Nous avons emprunté le chemin inverse de celui de nombreux Mena. Pourquoi la région des Grands Lacs africains ? Parce qu’elle est emblématique d’une réalité denombreux enfants avant l’exil.

11-12-2009 Alter Échos n° 285

Nous avons emprunté le chemin inverse de celui de nombreux Mena. Pourquoi la région des Grands Lacs africains ? Parce qu’elle est emblématique d’une réalité denombreux enfants avant l’exil. C’est l’une des régions les plus traumatisées ces vingt dernières années. Nous avons essayé d’entrevoir ce que vivent lesenfants avant qu’ils ne fassent leur balluchon.

S’il est une région qui a été durement secouée ces dernières années, c’est bien celle des Grands Lacs africains. De 1990 à 2006, entreguerres et pandémies, les victimes se sont comptées en millions. Des années sombres qui ont trouvé un point culminant en 1994, avec le génocide rwandais. Parmi lescivils touchés, les enfants sont ceux qui ont été le plus fragilisés. Victimes de massacres, enrôlés dans les armées diverses, orphelins de guerre oudu sida, rejetés à la rue, exploités, grandissant dans des camps de réfugiés sordides, la plupart des jeunes de la région ont tout vécu sauf uneenfance. Rien que dans le minuscule Rwanda, on a compté plus de 400 000 orphelins à la suite du génocide. En RDC voisine, au moins 30 000 mômes, garçons etfilles, ont été enrôlés dans les forces armées diverses. Des milliers d’enfants ont pu s’extirper de l’enfer en fuyant vers les pays limitrophes, certains, uneminorité, sont arrivés jusqu’en Europe, aux États-Unis et même en Australie, comme en atteste le travail de tracing du Comité international de la Croix-Rouge (cf.dans ce même dossier Le Tracing pour faire perdurer lesliens familiaux par delà les frontières).

Jusque récemment, les jeunes de RDC étaient les plus nombreux parmi les Mena à arriver sur le sol belge. En 2008, ce sont encore plus d’une centaine d’enfantsrwandais et congolais qui ont « réussi » le voyage. Avec l’accalmie relative qui s’est instaurée dans les Grands Lacs, les enfants commencent seulement à s’autoriserde rêver d’un avenir dans leur pays. Mais les germes de la terreur n’ont pas été totalement éradiqués. La tension demeure. La paix  ? On essaie d’y croire. Lesrêves d’exil  ? Ils concernent encore beaucoup de monde, pour ne pas dire la majorité des jeunes, dans cette région traumatisée. Mais ils savent aussi que le statut deréfugiés n’est plus si « facile » à obtenir  : « Aujourd’hui, il faut être irakien, burundais ou soudanais, nous dira un jeune Congolaisdésabusé. Notre tour est passé. » Le tour est aussi passé pour Jean, Rwandais de trente ans. « Moi, j’aurais pu vivre en Australie à l’heure quil’est, si je n’avais pas perdu de vue le militaire qui voulait m’embarquer avec lui en 1994… » « J’ai eu la chance de partir en Amérique, mais je l’aigâchée par mes conneries », s’est confié Jean-Claude, rwandais lui aussi (cf. dans ce même dossier « J’aurais pu devenir quelqu’un de bien, enAmérique… »). « Et partir avec des faux papiers, ça devient de plus en plus difficile : les contrôles ont été renforcés ». Restel’exil légal. Il suffit de rentrer dans n’importe quel cybercafé, en RDC ou au Rwanda, pour tomber sur des jeunes qui remplissent un billet de loterie pour la Green Cardaméricaine ou envoient des demandes de prises en charge au siège européen de leur église. « Je cherche des sponsors pour partir étudier en Europe »,raconte Peter qui travaille comme agent de sécurité à Kigali en rêvant de s’inscrire à l’université. La présence massive des ONGoccidentales dans la région entretient ce rêve de « sponsoring ». Même s’il est vain.

Cet article fait partie de notre dossier spécial Mena (publié en décembre 2009).
Voir l’ensemble du dossier
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Photos : Agence Alter asbl, Bruxelles.

aurore_dhaeyer

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