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“Poder sin Poder”, un webdoc sur l’autogestion

Partout dans le monde, des citoyens décident d’opter pour un mode d’organisation radicalement opposé à celui que nous connaissons aujourd’hui : l’autogestion. A la hiérarchie, ils privilégient la participation. Au pouvoir, le partage. Un webdocumentaire explore douze initiatives de trois pays -l’Espagne, le Venezuela et l’Argentine- qui ont fait ce pari. Une plongée dans un “autre monde”. Une preuve aussi que des alternatives sont possibles, dans son quartier ou sa ville, sa famille, son association ou son entreprise.

27-05-2015
"Poder sin Poder, l'autogestion au quotidien" est le fruit d’une année de voyage-reportage menée par Yohan Verhoeven et Edith Wustefed sur les routes d’Espagne et d’Amérique du sud à la découverte d’une vingtaine d’initiatives autogérées.

Partout dans le monde, des citoyens décident d’opter pour un mode d’organisation radicalement opposé à celui que nous connaissons aujourd’hui : l’autogestion. A la hiérarchie, ils privilégient la participation. Au pouvoir, le partage. Un webdocumentaire explore douze initiatives de trois pays -l’Espagne, le Venezuela et l’Argentine- qui ont fait ce pari. 

“Poder sin Poder, l’autogestion au quotidien” est le fruit d’une année de voyage-reportage menée par Yohan Verhoeven et Edith Wustefeld, jeunes citoyens engagés, sur les routes d’Espagne et d’Amérique du sud à la découverte d’une vingtaine d’initiatives autogérées. Au retour, ils en ont choisi douze : entreprises reprises par les travailleurs, expériences éducatives, coopératives, centres culturels ou même un village entier, Marinaleda en Espagne, qui a décidé de se couper du capitalisme… Elles sont au coeur d’un webdocumentaire riche et inspirant.

Toutes ces expériences – classées en 4 thématiques :  culture, travail, résistance, éducation – lèvent le voile sur l’autogestion. Diverses et complexes, elles ont un objectif commun : permettre à chaque personne de participer, de faire connaître et entendre sa voix. Elles interrogent aussi notre propre organisation hiérarchique, et prouvent que des alternatives sont possibles dans son quartier ou sa ville, sa famille, son association ou son entreprise. 

Rencontre avec Edith Wustefeld à l’occasion de la sortie du webdoc.

A.E : Quelle est l’initiative qui vous a particulièrement marquée durant ce voyage ?

E.W : Cecosesola, une coopérative de 1200 travailleurs au Venezuela est l’enfant chéri de notre webdoc. Depuis 40 ans tout y fonctionne horizontalement, sans hiérarchie. A la base, c’était une coopérative de transports, au fonctionnement classique, hiérarchique, avec un conseil d’administration. Les choses se sont mises en place progressivement pour finalement arriver à l’autogestion. C’est un exemple d’autogestion la plus aboutie, bien qu’il faille mettre le terme en guillemets. En effet, ils sont conscients que l’organisation horizontale ne va pas de soi, que c’est à réfléchir, à remettre en question sans cesse. A Cecosesola, l’autogestion est vraiment devenue une culture.

L’organisation horizontale ne va pas de soi, c’est toujours à réfléchir, à remettre en question.

A.E : Comment ça s’organise ?

E.W : La coopérative a plusieurs services, comme un supermarché social où les prix sont peu chers, mais aussi un hopital, des services d’épargne et de service, des services de production agricole. Il y a des petits postes de coordinateurs mais toutes les décisions se prennent en réunion. Chaque travailleur passe 20 % de son temps en réunion. C’est le seul moyen d’éviter un chef. Les réunions offrent l’occasion d’aborder les problèmes de l’entreprise. Les réunions sont très organiques : pas d’ordre du jour, pas de pv. Les travailleurs se tiennent au fonctionnement dans le travail.

A.E : L’autogestion n’est pas toujours simple … 

E.W : Oui, c’est difficile, mais la finalité est toujours meilleure. Or, c’est le principe même de l’intelligence collective.  Cela a toujours plus de sens de travailler et de lutter pour quelque chose qui est à nous, qu’on fait pour nous.

A.E : Fonctionner en autogestion implique-t-il d’être “en marge” de la société ?

E.W : Pour beaucoup de personnes, l’autogestion renvoie à l’autarcie et l’autonomie. On peut pourtant fonctionner en autogestion, au sein d’un groupe, dans une société hiérarchique. Certaines expériences voient la chose plus globalement. C’est le cas de la coopérative catalane. A terme, leur idée n’est pas compatible avec le capitalisme et la société telle qu’elle est organisée aujourd’hui.

Décréter l’autogestion d’en haut, c’est un petit paradoxe en soi.

A.E : L’autogestion doit-elle forcément venir d’en bas ?

E.W : Au Venezuela, plusieurs textes de loi visent à donner le pouvoir aux gens. Par exemple, il existe des conseils communaux qui donnent le pouvoir aux familles de décider des choses qui les concernent.  Décréter l’autogestion d’en haut, c’est un petit paradoxe en soi. Cela peut aider évidemment, mais également engendrer un fonctionnement moins efficace. En revanche, dans l’autre sens, quand l’idée vient d’en bas et récolte le soutien de l’Etat, c’est idéal. On l’a vu au Venezuela et en Argentine. C’est un signe que l’Etat accepte de remettre en question son rôle et de donner une partie du pouvoir aux mains des citoyens. 

 

 

Aller plus loin

Découvrir le webdocumentaire : http://podersinpoder.tv

Le site du projet : www.utopiasproject.net

Un exemple d’autogestion en Belgique ? Lire l’article : Aux Grignoux, les vertus de la méthode horizontale, AE, n°401, 29 avril 2015.  

Manon Legrand

Manon Legrand

Coordinatrice Alter Échos, journaliste (social, logement, environnement)

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