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Santé

Pénurie de médecins : une affaire de campagne ?

Le nombre de communes en pénurie de généralistes n’a cessé d’augmenter d’année en année en Wallonie. Une pénurie qui pourrait s’accentuer avec la crise sanitaire actuelle, même s’il y a des signes encourageants à l’horizon.

05-07-2021

Selon l’Aviq (Agence pour une Vie de Qualité), 143 communes wallonnes étaient en 2019 en pénurie de médecins généralistes dont 47 en pénurie sévère. C’est dans la province de Luxembourg et dans la Botte du Hainaut que la situation est la plus critique. 

« Les causes de cette pénurie sont multiples, explique Lara Kotlar, porte-parole. Tout d’abord, on constate un manque d’installations dans les communes concernées, notamment pour remplacer les médecins qui cessent leurs activités (pension, déménagement, réorientation de carrière…). Par ailleurs, on peut pointer le manque de médecins qui terminent leur formation de généraliste et ce, eu égard aux quotas imposés en la matière. En outre, il ne faut pas négliger la pénibilité du travail du médecin généraliste qui est encore accentuée dans les zones en pénurie. Ce qui permet difficilement de concilier vie professionnelle et vie de famille. »

« Si le nombre d’arrivées de nouveaux médecins ne comble pas suffisamment les départs à la retraite de l’ancienne génération, la région a pourtant beaucoup à offrir aux jeunes médecins. » Laurent Dutrieux, asbl Santé Ardenne

Des constats relayés aussi par l’asbl Santé Ardenne, une association créée par et pour les médecins généralistes et qui a pour principal objectif de promouvoir la profession de médecin généraliste et plus spécifiquement de valoriser les spécificités du métier liées au milieu rural. L’association est l’aboutissement de plusieurs années de travail et de réflexion menées par quatre associations de médecins généralistes en province de Luxembourg et dans l’arrondissement de Dinant. « En milieu rural plus encore qu’ailleurs, le médecin généraliste est l’un des éléments essentiels du système de soins de santé. De par sa proximité avec les patients, mais aussi de par la diversité des actes qu’il pose, le médecin généraliste est un référent important en matière de santé pour les citoyens. Le  terme ‘médecin de famille’ prend ici tout son sens », indique Laurent Dutrieux, chargé de projet au sein de l’association. 

Favoriser les pratiques de groupe 

« Si le nombre d’arrivées de nouveaux médecins ne comble pas suffisamment les départs à la retraite de l’ancienne génération, la région a pourtant beaucoup à offrir aux jeunes médecins », ajoute Laurent Dutrieux. Une situation qui, si elle ne trouve pas une solution pérenne, pourrait avoir des conséquences néfastes pour la population. « Ne pas avoir assez de médecins généralistes, ne pas avoir assez d’accessibilité à la première ligne des soins serait tout simplement dramatique. Nous arrivons à nous organiser pour maintenir la tête hors de l’eau. Mais nous sommes toujours sur le fil. Et le covid va jouer à l’épuisement… », poursuit Laurent Dutrieux. 

« Globalement, 99,8 % des Wallons habitent à moins de 5 km d’un cabinet médical. Toutefois, en fonction de la taille des communes, l’accessibilité peut varier entre 79 et 85 % et jusqu’à 100 % pour les communes urbaines » Aviq

Tout en mettant en avant les atouts de la médecine générale en milieu rural, l’asbl insiste aussi sur l’organisation de pratiques de groupe. « Autant, par le passé, le médecin fonctionnait en solo, autant maintenant, on voit émerger des centres médicaux. Ces pratiques de groupe ont de nombreux avantages : outre qu’elles sont attractives pour les jeunes parce que la grande majorité d’entre eux n’a pas envie de s’installer en solo, celles-ci permettent aussi de mieux s’organiser, de se remplacer entre eux, d’engager du personnel pour se consacrer à son métier, à savoir la consultation de patients… »

Signe encourageant malgré tout : le nombre de communes en pénurie et en pénurie sévère a tendance à diminuer. « En effet, de nouveaux médecins se sont installés en Wallonie. En 2019, 131 nouveaux médecins de moins de 30 ans se sont installés dans la région contre respectivement 57 et 86 en 2017 et 2018 », ajoute Lara Kotlar.

On ne peut pas non plus parler de « désert médical » en Wallonie. « Le terme n’est pas approprié dans la mesure où, même s’il n’y a pas ou peu de médecins sur la commune, les habitants ont la possibilité de se rendre dans une commune voisine pour y consulter un médecin généraliste. Globalement, 99,8 % des Wallons habitent à moins de 5 km d’un cabinet médical. Toutefois, en fonction de la taille des communes, l’accessibilité peut varier entre 79 et 85 % et jusqu’à 100 % pour les communes urbaines », conclut-on à l’Aviq. 

 

 

Pierre Jassogne

Pierre Jassogne

Journaliste (social, justice)

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