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OLS for refugees : apprendre une langue en un clic

Alter Échos n° 450 4 septembre 2017 Pierre Jassogne

Depuis 2016, la Commission européenne a mis en place « OLS for refugees », une plateforme de soutien linguistique en ligne aux réfugiés et demandeurs d’asile. Destinée à 100.000 personnes, elle peine malheureusement à attirer ce public cible.

Créé en 2014, OLS (Online Linguistic Support) était proposé aux jeunes qui partaient en Erasmus.  Il y a un an, l’Europe a décidé d’étendre ce service à 100.000 réfugiés sur une période de trois ans, gratuitement et sur une base volontaire. « Cette initiative a pour objectif d’assurer l’intégration des réfugiés dans les systèmes d’enseignement et de formation européens et de veiller au développement de leurs compétences. Tout le monde est bien conscient que l’intégration sera plus rapide et de qualité si le candidat peut apprendre la langue locale », rappelle Vanessa Debiais Sainton de la direction générale Éducation et Culture de la Commission européenne.

Ce sont des institutions, généralement des universités ou hautes écoles, qui délivrent des licences d’accès à OLS aux associations et ONG qui en font la demande pour les candidats intéressés. Une fois l’accès confirmé, les réfugiés peuvent choisir de suivre un cours de langue de l’OLS dans n’importe laquelle des langues disponibles (18 au total) et à partir de n’importe quel appareil disposant d’une connexion internet. Ils doivent d’abord passer un test de niveau destiné à déterminer leur niveau linguistique. Une fois ce test passé, ils peuvent accéder au cours de langue pendant une durée maximale de treize mois. À la fin du module, les participants peuvent télécharger un certificat de participation et passer un deuxième test de niveau pour mesurer les progrès accomplis dans la langue étudiée, s’ils le souhaitent. Les cours de langue de l’OLS comprennent une vaste gamme de modules personnalisés couvrant différents aspects de la langue, ainsi que des activités interactives : cours en ligne ouverts à tous, séances de tutorat et forums. « L’objectif est de rendre l’outil le plus flexible possible et de répondre aux besoins quotidiens des apprenants. Des modules permettent d’apprendre à acheter un titre de transport ou à se rendre chez le médecin. On y découvre le vocabulaire de base avec la possibilité d’avoir un forum pour échanger avec d’autres étudiants dans le même pays ou ailleurs, avec la possibilité d’avoir du tutorat… », continue Vanessa Debiais Sainton.

 « Je n’avais jamais étudié le français auparavant », explique Mohammad, demandeur d’asile.  Depuis quatre mois, en plus des bases, il apprend aussi le vocabulaire qui lui sert pour son métier, celui de mécanicien. S’il est content d’avoir progressé en si peu de temps, il le doit à la plateforme. « Chaque jour, j’y passe quelques heures pour apprendre une leçon. » « C’est un outil complémentaire à un apprentissage classique donné lors d’un cours », renchérit Leïla Derrouich, tutrice bénévole à l’HENALLUX (Haute École de Namur-Liège-Luxembourg) qui accompagne des apprenants comme Mohammad dans la découverte de cette plateforme. « C’est un dispositif facilitateur : ils ont moins d’appréhension d’apprendre en ligne que de se retrouver en classe face à d’autres personnes de peur d’être jugés… La souplesse de l’outil leur offre de l’autonomie : ils peuvent être acteurs de leur apprentissage, en choisissant eux-mêmes les leçons, par exemple », poursuit la bénévole.

Aujourd’hui, seules 6.000 licences ont été octroyées sur les 100.000 disponibles à travers les 18 États européens participants. « La difficulté est de mettre en relation des mondes qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble. Le plus difficile est de faire connaître cet outil auprès d’associations ou d’ONG en contact direct avec les réfugiés. On a développé des brochures, fait des vidéos, informé les différentes universités qui peuvent donner accès à cette plateforme, mais après un an, on doit bien constater qu’on est en deçà de notre objectif », reconnaît Vanessa Debiais Sainton.

A propos de l'auteur(e)

Pierre Jassogne

Pierre est devenu journaliste en 2010 après des études en lettres lors desquelles il se passionne pour les rapports entre littérature et presse. Enfant, il voulait déjà devenir journaliste et se revoit très bien ennuyer parents et voisins en faisant des interviews avec un enregistreur Fisher Price à cassette avec micro incorporé pour un journal parlé imaginaire. Bref, il avait ce métier dans le sang, mais à la naïveté de ses premiers pas dans ce métier, sa conception du journalisme a rapidement évolué : au début, il était dans le flux de l’info, de l’événement, du scoop à tout prix, mais a très vite décroché pour tenter d’autres voies à l’instar de sa collaboration avec Alter Échos commencée en 2012. Selon Pierre, le journalisme doit être dans les marges du réel, en refusant l’évidence, en allant au-delà de ses propres convictions aussi, en se frottant aux contrastes du monde, mais en y puisant chaque fois une certaine expérience des hommes, des choses, à travers des visages ou des sensations. Idem pour le social : au-delà des politiques menées, des subsides octroyés, des noms de ministres, il en va davantage du témoignage d’un engagement, d’une conviction portée par des citoyens, souvent anonymes, pour rendre ce monde un peu plus juste, un peu plus vrai. « Comme journaliste, on tente de rendre audibles ces preuves de résistances humaines face au discours inquiétant de la financiarisation à outrance, du populisme politique ou de la numérisation sans visage ». « Se reposer ou être libre », disait le philosophe grec Thucydide, quatre siècles avant notre ère. Face à la montée de l’insignifiance, il en va de même pour le journalisme, même si la tâche est grande, difficile, mais néanmoins stimulante et passionnante.

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