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Olivier Berlioux : « Pour sauver les villes, il faut favoriser les échanges entre les élus et la population »

Les villes moyennes sont touchées par la crise. Pourtant, des politiques peuvent être mises en place pour inverser cette tendance. En freinant l’étalement urbain, par exemple. En favorisant la mixité de l’habitat… Olivier Berlioux est co-fondateur de l’Observatoire des Centres-Villes et Président de l’Association nationale représentative des Collaborateurs d’Elus en France. De passage en Belgique, il pose un regard sur l’avenir de nos villes moyennes.

10-04-2015
Olivier Berlioux est co-fondateur de l’Observatoire des Centres-Villes. De passage en Belgique, il pose un regard sur l’avenir de nos villes moyennes.

Les villes moyennes sont touchées par la crise. Pourtant, des politiques peuvent être mises en place pour inverser cette tendance. En freinant l’étalement urbain, par exemple. En favorisant la mixité de l’habitat… Olivier Berlioux est co-fondateur de l’Observatoire des Centres-Villes et Président de l’Association nationale représentative des Collaborateurs d’Elus en France. De passage en Belgique, il pose un regard sur l’avenir de nos villes moyennes.

 A.E : Comment avez-vous eu l’idée de l’Observatoire des Centres-Villes ?

O.B : L’idée de la création de l’Observatoire nous est apparue évidente avec Franck Gintrand après le constat que nous avons dressé dans une tribune co-signée sur Slate.fr en juillet 2014 intitulée « Pour les villes moyennes, demain, il sera trop tard ». Elle révélait le profond malaise de ces communes malmenées par la désindustrialisation, la fermeture des administrations d’Etat, la stagnation, voire le déclin démographique dont le seul espoir de rebond était d’entreprendre le sauvetage de leur centre-ville. Au contexte de crises économique et sociale, aux conséquences territoriales qui sont imposées aux collectivités, il faut aujourd’hui apporter aux élus de ces collectivités des solutions pour entreprendre un changement de paradigme. Les années à venir sont sans doute celles de la dernière chance pour inverser le déclin économique des villes moyennes. Lancer aujourd’hui le chantier de la redynamisation des centres-villes, c’est être assuré que les fondations seront posées solidement pour 2020. Forts de notre expérience de 15 ans au service des collectivités et de leurs élus, nous avons décidé de créer l’Observatoire des Centres-Villes pour proposer des solutions concrètes dépassant les approches strictement théoriques ou à dominante événementielle. Leurs expériences complémentaires alimentent une analyse sans concession sur la situation des centres-villes avec la conviction que la crise actuelle n’est pas sans solution à condition de réfléchir de manière transversale et globale autour des grands thèmes qui composent la problématique des cœurs de ville dont la constante demeure le commerce.

 A.E : Sur l’avenir des centres-villes, pouvez-vous nous synthétiser plus précisément votre constat et votre objectif ?

O.B : En premier lieu et parce que nous nous adressons à des lecteurs belges, il apparaît important de préciser quels sont nos critères de référence. Notre panel d’évaluation s’effectue sur ce que nous considérons comme villes moyennes les communes présentant une strate de 20 à 100.000 habitants ; je crois que ce ne sont pas les mêmes références en Belgique. Ensuite, notre constat s’est posé au regard de l’échéance électorale des Municipales qui couvrira donc la période allant de mars 2014 à mars 2020. Dans leur programme électoral, de nombreux élus locaux ont fait de la revitalisation des centres de villes moyennes une priorité pour 2020. Force est de constater que de nombreuses agglomérations de 20 000 à 100.000 habitants font face au déclin de leur cœur de ville, dont l’activité commerciale, concurrencée par les zones de périphérie et le e-commerce, subit une perte d’attractivité générale. Ce déclin se traduit à terme par une augmentation continue de la vacance commerciale, une fuite des populations à fort pouvoir d’achat, une dégradation du cadre de vie et un appauvrissement généralisé. Mais la problématique des cœurs de ville, c’est aussi l’urbanisme, l’habitat, la tranquillité publique avec des contraintes juridiques et financières de plus en plus prégnantes pour les collectivités. Un constat aux conséquences politiques fortes, qui engendre des conséquences territoriales en cascade et cette mort annoncée des villes moyennes est grave au moins pour deux raisons.La première réside dans l’attachement des habitants à leur commune lorsqu’on sait que plus de 80 % des français se disent attachés à cet espace de vie. Autre raison importante : l’ampleur du séisme économique et géographique que représenterait la mort des villes moyennes. Ces déséquilibres géographiques et économiques se traduisent aujourd’hui par une crise identitaire et politique des villes moyennes. Les rapports de force des partis politiques sont différents en Belgique de ceux de la France mais pour vous faire comprendre cette situation, sur les douze municipalités conquises par le FN en mars, au moins huit souffrent d’un déclin aggravé de leur centre-ville. Rien d’étonnant en soi, dès lors que le centre se confond avec l’identité de la ville et qu’il est de très loin le quartier le plus fréquenté. Tout s’y voit et s’y ressent avec plus d’intensité que nulle part ailleurs. Mais pourtant, certains élus prennent conscience de cette situation et ont la volonté de mobiliser des actions de terrains.

 

Sur les douze municipalités conquises par le FN en mars, au moins huit souffrent d’un déclin aggravé de leur centre-ville

A.E : Dans ce contexte, quelle est encore la part d’initiative pour les élus ?

O.B : Si cette initiative représente une prise de risque politique courageuse et indiscutable, c’est bien parce qu’elles nécessitent à la fois de la volonté, du dialogue et du temps. A la volonté de mener à son terme un projet qui suscitera nécessairement des résistances, il conviendra de créer un dialogue empreint de pédagogie pour savoir convaincre. Enfin, il faudra surtout du temps, car les élus le savent, un projet d’envergure se déroule toujours sur deux mandats. Un premier pour poser les bases, un second pour voir les projets sortir de terre. Cette perspective ne dissuadera pas les maires les plus courageux. Et ils auront raison car les années à venir sont sans doute celui de la dernière chance pour inverser cette tendance au déclin et permettre aux villes moyennes de conserver leur rôle structurant au sein des régions. Lancer aujourd’hui le chantier de la redynamisation des centres villes, c’est être à peu près assuré que les fondations seront solidement posées en 2020.

 

A.E : Comment appréhender cette problématique pour les collectivités ?

O.B : Je crois que tout part de la connaissance de notre société et pour nos élus c’est une grande responsabilité que de savoir s’approprier cette connaissance et cette dimension. Aujourd’hui, un élu ne peut plus s’arrêter à l’attractivité qu’il souhaite impulser à sa ville. Il lui faut se poser les bonnes questions. La volonté politique ce n’est pas uniquement de dire : « j’ai une vision à long terme » ; c’est aussi se poser la question « Quel dialogue établir avec les citoyens ? ». A partir de là, il importe de comprendre comment bâtir une stratégie, une vision qui se traduise par des projets à partir d’une analyse de la société et non pas de représentations de la société (souvent positions idéologiques). Pour les élus d’aujourd’hui, il y a des conséquences qui ne se présentaient pas il y a 15 ou 20 ans mais que nous devons assumer aujourd’hui. Dans cette réflexion les élus apparaissent largement démunis car ils ne sont pas nécessairement préparés et formés à ces responsabilités. La politique, c’est une dose d’orgueil avec une dose d’humilité. L’humilité c’est la liberté de l’homme politique face à son niveau d’expertise et à la demande de ses concitoyens. Plus concrètement, lorsque le politique veut aborder un projet, il ne peut plus faire abstraction d’une large concertation mais surtout, avant d’engager celle-ci, il se doit de l’avoir préparer pour en vérifier objectivement sa validité.

Il importe de comprendre comment bâtir une stratégie, une vision qui se traduise par des projets à partir d’une analyse de la société et non pas de représentations de la société (souvent positions idéologiques)

A.E : Dans quel contexte s’est déroulé votre venue à Namur et qu’avez-vous pu apporter à la réflexion locale ?

O.B : Au départ, nous venions pour participer à une conférence qui nous permettait d’exposer notre constat et la démarche entreprise avec l’Observatoire des Centres-Villes quand nous avons compris que nous étions seuls à présenter notre projet… Nous en avons été honoré et naturellement nous avons voulu mieux connaître le contexte local, l’initiative d’installation du Pavillon de l’Aménagement Urbain, les projets pour le centre-ville et la consultation citoyenne. En quelques semaines, il était impossible pour nous d’appréhender l’histoire et l’urbanisme namurois mais si nous nous n’avons pas à avoir de jugement radical sur l’implantation d’un centre commercial en centre-ville qui focalise l’attention, nous pensons que cette initiative et intéressante dans le sens où elle va permettre de fidéliser des enseignes nationales qui risquent de partir ; c’est donc une piste qu’il faut approfondir dans la concertation. Parallèlement, il convient de se poser les bonnes questions sur la circulation et le stationnement ou la gestion de l’habitat, notamment sur le bâti ancien à réhabiliter ou à rénover qui peut permettre d’attirer de nouveaux habitants et contribuer à faire vivre le centre-ville. Namur est une très jolie ville, qui a l’air de bien se porter… C’est là que réside la difficulté ; c’est quand tout va bien qu’il faut savoir évoluer, anticiper et se préparer au changement. C’est le challenge entrepris par l’Observatoire des Centres-Villes pour accompagner les villes dans cette réflexion : dépasser la seule fonction de diagnostic et vise à favoriser les échanges entre acteurs publics, institutionnels et privés en dehors de toute démarche commerciale pour réfléchir et formuler des solutions concrètes de redynamisation des centres-villes, pour que la crise des villes moyennes ne soit pas inéluctable.

 

 

 

Aller plus loin

AE, n°398, 1 mars 2015, Luc Schuiten, pour une ville archi-humaine 

AE. n°398, 1 mars 2015, L’habitat léger, en finir avec la brique dans le ventre 

 

En savoir plus

Observatoire des Centres-Villes – 24 rue d’Aumale – 75009 – Paris – Tel. : 01 53 23 00 35
Courriel : observatoirecentresvilles@gmail.com
Site internet : www.observatoirecentresvilles.org

Pierre Jassogne

Pierre Jassogne

Journaliste (social, justice)

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