Partager par e-mail Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur LinkedIn Partager sur Pinterest Impression
Emploi/formation

OISP, la mécanique des fluides

31 décembre 2018 Pierre Jassogne

Dans sa déclaration de politique régionale en 2014, le gouvernement bruxellois prévoyait de fluidifier le parcours d’insertion professionnelle. Alors qu’en est-il à l’heure où la législature s’achève ?

Pour un demandeur d’emploi, passer d’un processus de formation à un autre peut  prendre du temps. « Dans ce cadre-là, un début de travail a été entamé par une révision des missions de Bruxelles Formation », confie Pierre Devleeshouwer, directeur de la Febisp, Fédération Bruxelloise des organismes d’Insertion SocioProfessionnelle et d’Économie Sociale d’Insertion.

Concrètement, cette fluidification, inscrite dans le contrat de gestion (2017-2022)  de Bruxelles Formation, prévoit un renforcement de sa mission de régie de la formation professionnelle. Cette mission se structure autour de quatre axes : la régulation de l’offre, la garantie de la qualité des formations, la sécurisation des parcours et le développement des partenariats. Dans ce cadre, Bruxelles Formation assure, avec Actiris, la cohérence globale du dispositif de régie formation – emploi à Bruxelles pour les opérateurs francophones : les Centres de Bruxelles Formation, les organismes d’insertion socio-professionnelle, les établissements d’enseignement promotion sociale partenaires, les Pôles Formation Emploi / CDR, les opérateurs de formation pour personnes handicapées et l’ensemble des opérateurs conventionnés par l’un des deux services publics.

Si la Febisp se félicite de cette avancée, il est encore trop tôt pour tirer un premier bilan. « C’est une mission nouvelle qui est en train de se mettre en place. Mais il était temps de prendre en compte les réalités des demandeurs d’emploi pour qu’ils ne soient pas obligés d’attendre plusieurs mois entre la fin d’une formation et le début d’une autre. Il y a encore un important travail à mener pour mieux reconnaître le niveau acquis par les stagiaires d’un type de formation à une autre, en fonction du dispositif dans lequel ils la suivent », rappelle Pierre Devleeshouwer.

A côté de cette fluidification, un autre chantier important attend le secteur bruxellois de l’insertion socio-professionnelle, celui de son redéploiement. Si du côté de la Febisp, il est important de proposer une offre cohérente, il faut néanmoins laisser aux organismes le type de formation qu’ils souhaiteront opérer ou pas à l’avenir. « Tout ne doit pas être imposé du dessus », prévient Pierre Devleeshouwer. Dans le cadre de cette réflexion, plusieurs points sont importants aux yeux de la fédération bruxelloise, notamment le financement du secteur. « Actuellement, le dispositif ISP est soutenu par divers pouvoirs subsidiants : Région, Communauté, Fédéral, Europe, appel à projets… C’est un financement complexe qui rend les choses compliquées pour les opérateurs avec des niveaux de contrôle de plus en plus exigeants. Il faudrait arriver à un mode de financement bien plus simple. »

En visant une harmonisation des financements comme des missions des organismes d’insertion socio-professionnelle, la Febisp rappelle qu’il faut surtout  que les OISP puissent garder leurs spécificités, à savoir son volet pédagogique, d’accompagnement et d’éducation permanente. « Ce sont trois volets qui doivent être maintenus dans le décret, qui permettent de faire un travail spécifique à l’égard de demandeurs d’emploi peu qualifiés, toujours plus nombreux. » 

La révision du décret est l’occasion, à en croire le directeur de la Febisp, de pouvoir donner des marges de manœuvre aux OISP pour travailler sur des innovations pédagogiques ou sur de nouveaux types de formation. “Ce n’est pas tout à fait impossible aujourd’hui, mais ce sont des démarches compliquées puisqu’il faut un agrément d’Actiris ou de Bruxelles Formation à l’avance. Il faut parfois attendre un an pour pouvoir s’adapter aux nouveaux besoins du public en termes de formation ou aux réalités d’un quartier dans lequel opère un organisme. Le système est devenu un peu trop cadenassé pour pouvoir avoir cette part d’innovation et de flexibilité”, termine Pierre Devleeshouwer.

Du côté du ministre de l’emploi et de la formation, Didier Gosuin (Défi), ce chantier ne fait que commencer et les conclusions de l’étude, commanditée en 2017, n’arriveront que dans les prochains mois, en fin de législature. « Outre un audit sur le financement du dispositif d’insertion socio-professionnelle, cette étude doit mettre en évidence des indicateurs de performance, sans volonté de faire du chiffre pour du chiffre, mais pour connaître le taux de public fragilisé accompagné, sur les taux de certification, sur les taux de poursuite vers une formation qualifiante… De même, elle doit s’attacher aux modes d’agrément et de conventionnement des OISP, en faisant en sorte que ce soit les mêmes tant du côté régional que communautaire. »

En attendant ces conclusions, le ministre Gosuin rappelle que le secteur a vu son budget augmenter (quatre millions d’euros), comme son offre de formation, via des appels à projets notamment, tandis que la réforme des ACS (Agents Contractuels Subventionnés) touchant 50 % des travailleurs des OISP va être prochainement mise en oeuvre. « Le secteur continuera à bénéficier des postes ACS et donc à développer ses actions au service de la population bruxelloise. Toutefois, une simplification administrative en différentes phases y sera opérée.Ainsi, la prime ACS mensuelle deviendrait une subvention forfaitaire annuelle. Ce qui permettrait de supprimer toute une série de démarches pour l’employeur et de vérifications pour l’administration. »

 

 

 

 

 

 

A propos de l'auteur(e)

Pierre Jassogne

Pierre est devenu journaliste en 2010 après des études en lettres lors desquelles il se passionne pour les rapports entre littérature et presse. Enfant, il voulait déjà devenir journaliste et se revoit très bien ennuyer parents et voisins en faisant des interviews avec un enregistreur Fisher Price à cassette avec micro incorporé pour un journal parlé imaginaire. Bref, il avait ce métier dans le sang, mais à la naïveté de ses premiers pas dans ce métier, sa conception du journalisme a rapidement évolué : au début, il était dans le flux de l’info, de l’événement, du scoop à tout prix, mais a très vite décroché pour tenter d’autres voies à l’instar de sa collaboration avec Alter Échos commencée en 2012. Selon Pierre, le journalisme doit être dans les marges du réel, en refusant l’évidence, en allant au-delà de ses propres convictions aussi, en se frottant aux contrastes du monde, mais en y puisant chaque fois une certaine expérience des hommes, des choses, à travers des visages ou des sensations. Idem pour le social : au-delà des politiques menées, des subsides octroyés, des noms de ministres, il en va davantage du témoignage d’un engagement, d’une conviction portée par des citoyens, souvent anonymes, pour rendre ce monde un peu plus juste, un peu plus vrai. « Comme journaliste, on tente de rendre audibles ces preuves de résistances humaines face au discours inquiétant de la financiarisation à outrance, du populisme politique ou de la numérisation sans visage ». « Se reposer ou être libre », disait le philosophe grec Thucydide, quatre siècles avant notre ère. Face à la montée de l’insignifiance, il en va de même pour le journalisme, même si la tâche est grande, difficile, mais néanmoins stimulante et passionnante.

A la Une