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"Nouvelles perspectives pour les six CRI wallons et pour le FIPI"

21-05-2001 Alter Échos n° 98

Deux politiques visant l’intégration des personnes d’origine étrangère font actuellement l’objet de réorientations : le Fonds d’impulsionà la politique des immigrés, fédéral, et le réseau wallon des Centres régionaux d’intégration des personnes étrangères oud’origine étrangère (CRI). Les CRI vont pouvoir sortir d’un fonctionnement du type projets pilotes et entrer dans une phase de consolidation de leur action. Le FIPI quantà lui sortira de son strict rôle d’”impulsion”.
Autre point commun : tenir compte spécialement des “primo-arrivants” et des personnes en voie de régularisation. Pour ces dernières d’ailleurs, avec le nouveau recul deséchéances d’examen de leurs dossiers, est revenue sur la table la question de leur accès à l’aide sociale.
FIPI : vers une politique plus structurelle
On connaît mal le FIPI. En 1991, des émeutes de jeunes éclatent dans certaines communes bruxelloises et des tensions deviennent clairement visibles dans d’autres villes dupays. En cause : le rendez-vous manqué avec la population immigrée. Pour rectifier le tir, le gouvernement fédéral met sur pied le FIPI pour soutenir une série deprojets locaux visant les jeunes d’origine étrangère dans des zones d’actions prioritaires. Ces ZAP sont principalement situées dans les grandes villes (Bruxelles,Anvers, Gand, Liège et Charleroi).
Pour être retenus, les projets doivent jusqu’ici souscrire à trois priorités thématiques. La première concerne “l’insertion sociale et/ou professionnelledes jeunes de nationalité ou d’origine étrangère, en particulier ceux situés dans la tranche d’âge 16-25 ans”. La deuxième priorité toucheles sports et la culture, à savoir “les dépenses d’investissement pour l’infrastructure et l’aménagement d’espaces ouverts aux publics à vocationsportive et socioculturelle répondant aux besoins des jeunes de nationalité ou d’origine étrangère de 6 à 25 ans”. Enfin, la dernière thématiquea trait à l’éducation dans le cadre de “la lutte contre le décrochage et l’absentéisme scolaires des jeunes de nationalité ou d’origineétrangère de 6 à 18 ans”.
Concrètement, le Comité de gestion du FIPI s’occupe de la sélection annuelle et de l’approbation des projets. Il est composé de représentantsdésignés par le gouvernement fédéral, de représentants des gouvernements communautaires et régionaux et du Centre pour l’égalité deschances et la lutte contre le racisme (CECLR). Ce dernier assure, entre autres, le secrétariat du Comité de gestion1.
Depuis sa création, le FIPI a financé 3.109 projets pour un montant total de 2.903.678.000 francs : 44 projets fédéraux (411.457.438 francs), 1.718 francophones(1.384.283.790 francs) et 1.347 néerlandophones (1.107.936.772 francs). Les fonds proviennent de la Loterie nationale. C’est le gouvernement fédéral qui décideensuite du montant à accorder au Fonds. En 2000, “bonne année” pour ce budget, ce dernier s’est vu attribuer 299,5 millions de francs et le Comité de gestion a retenu 417projets sur les 585 examinés. En tout, un montant total de 56.499.918 francs a été accordé à 12 projets fédéraux – parmi lesquels sept nouveauxprojets concernant l’accueil et l’insertion des primo-arrivants –, 108.135.036 francs pour 125 projets néerlandophones et 134.865.046 francs pour 280 francophones (dont 105en Région bruxelloise).
Impulsion ?
Au niveau national, les fonds sont répartis comme suit : 20 % du budget pour des projets fédéraux et le reste pour des projets monocommunautaires. Théoriquement,l’objectif est d’impulser ceux-ci pendant une période d’un an. Le rôle du FIPI ne consiste pas à accorder des financements structurels ou récurrents.À terme, le projet “impulsé” doit pouvoir recourir à des subventions classiques auprès des pouvoirs publics. Néanmoins, dans la pratique, le Fonds se retrouveà accorder des moyens récurrents à bon nombre d’associations et d’organisations pour qu’elles puissent mener à bien leurs projets.
Aussi, le FIPI envisage-t-il de recalibrer son action pour les projets à rentrer en 2001. Il est question, entre autres, de les soutenir sur une base pluriannuelle, d’instaurer une formede cofinancement obligatoire et progressif des projets mis sur pied par les pouvoirs publics, etc. Par ailleurs, les publics cibles seraient élargis aux primo-arrivants (en particulier lespersonnes qui seront régularisées dans les mois à venir), aux femmes et à tous les âges. En effet, jusqu’à ce jour, la grande majorité desprojets ont été axés essentiellement sur un public masculin et jeune.
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Et le FIPI à Bruxelles ?
En Région bruxelloise, les projets francophones reconnus par le FIPI sont gérés soit par la Communauté française (ex. : médiateurs scolaires), soit par laCommission communautaire française (Cocof). Au sein de cette dernière, l’action du FIPI s’intègre dans (le cadre de) la politique d’intégration etcohabitation des communautés locales qui relève des Affaires sociales. Nadine Gabet, conseillère-chef de service des Affaires sociales de la Cocof2 : “Il y a ce que nous appelonsle ‘FIPI communal’. La répartition des fonds se fait entre les communes admissibles au FIPI (Bruxelles, Saint-Josse, Schaerbeek, Molenbeek, Koekelberg, Saint-Gilles, Forest,Anderlecht, Ixelles, Etterbeek et Evere). Celles-ci présentent leurs projets dont elles assurent elles-mêmes la réalisation ou la confient à des associations. Le secondvolet est le ‘FIPI associatif’. Ici, l’argent est remis directement aux associations. Dans ce programme, nous avons moins d’emprise sur les projets que dans les autresprogrammes d’intégration et de cohabitation. Soit les projets sont totalement aidés par le FIPI, soit ils font l’objet d’un cofinancement avec la Cocof.” Exemples : unprojet de rencontre entre habitants autour des vestiges de la Tour noire à Bruxelles en 2000 (asbl Interpelle), le tout récent festival organisé par le cinéma Nova autourde la culture berbère, etc.
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Wallonie : de l’intégration à la valorisation de la multiculturalité
En Région wallonne, une bonne partie des moyens du FIPI est gérée en rapport avec la politique régionale d’intégration des personnes d’origineétrangère. Les Centres régionaux d’intégration (CRI) ont notamment pour mission de donner des avis d’opportunité sur les demandes au FIPI émanantde leur ressort. Le ministre Detienne3, en charge de cette politique dans le cadre de sa compétence Action sociale, a présenté le 9 mai ses lignes directrices en lamatière. Au concept d’intégration il préfère celui de “multiculturalit&e
acute ;, où il n’y a pas mélange et disparition des spécificités,où les deux cultures sont prises en compte au lieu de privilégier l’une au détriment de l’autre.”
Six CRI et des initiatives locales
Cette politique, en Wallonie, repose sur un décret du 4 juillet 1996. Il crée six CRI (Liège, Verviers, La Louvière, Mons, Namur, Charleroi)4 et leur confie un rôlede seconde ligne et d’interface entre les activités développées par les pouvoirs publics locaux, les partenaires sociaux et les associations. Les champs d’action :l’insertion sociale et socioprofessionnelle, le logement, la santé, la formation, la culture, le développement et la participation.
Mais comme a tenu à le souligner le ministre Detienne, cette politique est construite sur deux dynamiques institutionnelles, la seconde étant “l’ensemble de la vie associative enWallonie”, qui est soutenue avec un budget équivalent pour des initiatives locales (asbl, communes, CPAS, etc.) de première ligne : médiation sociale et interculturelle,alphabétisation en français seconde langue, lutte contre les discriminations, écoles de devoirs, etc., toutes activités qui assurent l’expression des identités despopulations d’origine étrangère, leur intégration sur un plan local, et même régional.
Un des objectifs principaux poursuivis par la Région wallonne “est d’ouvrir aux personnes étrangères ou d’origine étrangère la possibilité d’êtreactrices de leur propre intégration”.
Plus de moyens et plus d’actions
Plusieurs moyens sont mis en œuvre.
> Augmentation de 20 % du budget consacré à l’intégration des personnes d’origine étrangère : de 74 millions en 1999 on passe à 91 millions en 2001. Cetteaugmentation est destinée à renforcer le soutien aux initiatives locales.
> 300.000 francs/an sont en plus octroyés aux CRI pour chaque travailleur sous statut ACS. Ce point mérite une petite remise en perspective. Le travail à accomplir par les CRIà leur ouverture en 97 était important, alors que la Région ne finançait, en termes de personnel, qu’un coordonnateur plein temps, et un secrétariat àmi-temps. Le montage imaginé par le ministre Taminiaux à l’époque était donc de débloquer 40 ACS et de compléter leur financement en obtenant desprojets Now et Integra auprès du Fonds social européen. Ces ACS ont aussi permis la création d’un organe fédérateur des CRI : la Fécri5ö Cesprojets sont arrivés à terme en décembre 2000… Solution : la ministre Arena a reconduit les 40 ACS pour deux ans. Et le ministre Detienne apporte donc un complémentde financement qui permet de tendre vers une subvention à 100 % de ces ACS.
> Les CRI vont moins focaliser leurs énergies sur l’insertion socioprofessionnelle vu qu’ils seront moins dépendants à l’égard du FSE. Ce quin’a pas, bien sûr, empêché la plupart d’entre eux de rentrer de nouveaux projets à lancer cette année, et à préparer conjointement undossier Equal.
> Le soutien aux associations qui prennent en charge les dossiers des personnes en voie de régularisation. Depuis le 10 janvier 2000, début de la campagne de régularisation,une opération de soutien aux associations qui accompagnent les sans-papiers a été initiée par le ministre Detienne. Opération cofinancée par le FIPI et miseen œuvre avec la collaboration des six CRI, de la Fécri, du Ciré, de deux centres de services sociaux (Namur et Verviers) et en soutenant dix services sociaux wallonscoordonnés par le Ciré.
> En ce qui concerne la langue du pays d’accueil : 15 millions ont été affectés par la Région à l’alphabétisation et à l’apprentissage dufrançais seconde langue sur la base des besoins exprimés dans des tables rondes organisées par les CRI avec les associations.
> ýréation d’un circuit de soins en santé mentale pour les populations immigrées des régions liégeoise et namuroise. Un budget de 1,5 million lui seraaffecté. Les associations porteuses sont Ethnopsychiatrie et Migrations, le Centre d’études et de documentations sociales, le Centre liégeois de promotion de la santé, leCRI liégeois (Cripel). D’autre part, un soutien a été octroyé à la Clinique de l’Exil à Namur dans le cadre d’un appel à projets sur les circuits desoins. Elle offre, entre autres, une prise en charge de problèmes spécifiques aux étudiants africains de la Faculté agronomique de Gembloux.
> Étude de faisabilité (par le Ciré) sur la mise en place d’un service d’interprétariat par téléphone inspiré de celui de Paris. Il sera mis enplace avant la fin 2001.
> Cinq emplois Rosetta ont été formés puis affectés par la Région pour des missions de médiation interculturelle à l’hôpital de la Citadellede Liège, au CHR de Namur et à la Ville de Namur.
> Un appel à projets a été ouvert pour les actions d’intégration sociale des immigrés avec un souhait de “soutenir des initiatives nouvelles ouvertes auxréalités de l’immigration et aux besoins émergents des personnes en voie de régularisation”. Les initiatives locales seront soutenues prioritairement du moment qu’elless’inscrivent dans la politique régionale d’intégration en référence au décret de 96 dans les domaines de la médiation sociale et interculturelle, de l’aideà l’exercice des droits et obligations des personnes d’origine étrangère, dans le domaine de l’alphabétisation, de la formation et de l’insertion socioprofessionnelleainsi que dans le sens d’une amélioration de la compréhension mutuelle entre autochtones et personnes d’origine étrangère. Une centaine de dossiers ont étédéposés il y a un mois. Budget : 45,6 millions6.
1 CECLR, Didier Haller, Résidence Palace, rue de la Loi 155, 8e étage à 1040 Bruxelles, tél. : 02 233 07 54, fax : 02 233 07 04.
2 Cocof, Nadine Gabet, bd de Waterloo 100-103 à 1000 Bruxelles, tél. : 02 542 83 27.
3 Cabinet : Philippe Culot, rue des Brigades d’Irlande 4 à 5100 Jambes, tél. : 081 32 35 78.
4 Le décret prévoit aussi la possibilité de créer un septième CRI à Tubize. Le CCBW a rassemblé il y a peu les acteurs locaux pour lancer cetteinitiative.
5 Fécri, route de Gembloux 500 à 5002 St-Servais, tél. : 081 73 22 40, fax : 081 73 60 01.
6 Renseignements auprès de Mme de Moffarts à la DGAS, tél. : 081 32 73 74.

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