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Economie

Nouveaux moyens de paiement : pas pour tout le monde !

Quand les nouveaux moyens de paiement engendrent des exclusions.

13-09-2013 Alter Échos n° 365

Cartes prépayées, home-banking, paiement par GSM… Les nouveaux moyens de paiement se multiplient pour faciliter la vie des usagers. Mais une étude menée par Financité (Réseau financement alternatif) pointe les exclusions qu’ils peuvent engendrer.

Les nouveaux moyens de paiement ne favorisent pas l’inclusion financière. Un rapport commandité par Euffi (European foundation for financial inclusion), réalisé sur base d’une étude du Réseau financement alternatif, conclut même à des formes d’exclusion. L’étude s’est concentrée sur cinq types de publics vulnérables : les personnes handicapées, les migrants, les personnes surendettées, les seniors et les personnes à bas revenus. Des publics qui n’ont pas pour habitude d’utiliser tablettes, smartphones et autres ordinateurs pour effectuer leurs paiements.  « Quels que soient les acteurs concernés par l’inclusion financière, on n’avait jamais abordé le sujet sous cet angle-là, commente Olivier Jerusalmy, chargé de projet au Réseau financement alternatif[x]1[/x]. Finalement, on s’est rendu compte qu’avec l’émergence de nouveaux moyens de paiement, d’autres se referment ! Désormais, payer en cash occasionne des frais, toute opération manuelle également, il y a de moins en moins d’agences, il faut faire la file… D’où la question : comment font les gens qui n’ont pas accès à ces moyens de paiement modernes ? »

Les migrants en tête des exclus

L’étude a porté sur cinq pays : le Royaume-Uni, l’Italie, la Pologne, la France et la Suède. Elle devrait se poursuivre en Belgique l’année prochaine. « Le but n’est pas de critiquer les avancées technologiques inévitables, mais bien d’attirer l’attention des professionnels et des industries sur les aspects négatifs qu’ils peuvent avoir. Tout est fait pour que le client effectue de plus en plus ses opérations de paiement lui-même. Et souvent, le client ne demande pas mieux, car il a le sentiment de mieux gérer les choses. Mais si on ne peut pas garantir à tout le monde l’accès à ces modes de paiement, il faut pouvoir garder en parallèle d’autres moyens comme le cash, d’une facilité inégalable. Bien sûr, il empêche d’établir une traçabilité de l’argent. Mais il n’est pas pensable que l’on soit obligé d’avoir une carte bancaire pour voyager ou que des personnes soient pénalisées parce qu’elles n’ont pas accès à ces méthodes pour cause de papiers d’identité, d’obligation de posséder un compte, de se déplacer… »

Olivier Jerusalmy observe que ce sont les migrants rencontrent le plus de difficultés, notamment pour des raisons liées à la preuve de leur identité. Pour les autres catégories de public fragiles, la question se pose surtout en terme de mobilité, de dextérité, de compréhension…

Ce n’est pas à l’usager de trouver des solutions

Les banques, mais pas seulement, se doivent de trouver des solutions pour favoriser cette inclusion financière. « Des cartes de paiement seront proposées par des chaînes de distribution. Pourquoi pas ? Également pour les paiements par téléphone. Chaque moyen doit être étudié. La technologie n’a toujours pas été pensée dans le souci d’une meilleure intégration alors qu’il y a là un potentiel énorme. Quel est le coût de mettre une interface en cinq langues sur les opérations de base ? D’installer, et c’est le cas en France, des prises audio sur les distributeurs pour que certains usagers puissent brancher un casque ? Le potentiel de solutions existe. Nous devons nous montrer vigilants pour qu’à terme, nous ne soyons pas obligés de posséder une carte bancaire ou de décliner notre identité pour nous rendre aux toilettes ! » Le fait que le rapport ait été commandité par Euffi et présenté devant le commissaire européen en charge du marché intérieur et des services Michel Barnier, laisse augurer une prise de conscience…

1. Financité (Réseau Financement alternatif) :
– adresse : rue Botanique, 75 à 1210 Bruxelles
– tél. : 02 340 08 60
– site : http://www.financite.be

Gilda Benjamin

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