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Regard critique · Justice sociale

Mendicité dans le métro bruxellois : vers la tolérance zéro ?

Depuis plusieurs jours, un appel sonore invite les usagers du métro bruxellois à ne pas attirer les mendiants en les aidant. Choquant pour certains.

27-10-2009 Alter Échos n° 283

Depuis plusieurs jours, un appel sonore invite les usagers du métro bruxellois à ne pas attirer les mendiants en les aidant. Un nouveau message qui choque une partie du public et lesassociations d’aide aux plus démunis.

« Nous vous rappelons que la mendicité est interdite dans l’enceinte du métro. Ne l’encouragez pas. Merci. » Depuis le 15 octobre, ce message sonore estdiffusé dans les stations du métro bruxellois. Selon la société de transports bruxelloise, ce message est inspiré de ce qui se fait dans les transports en communparisiens. À la Stib, on dément qu’il y ait une augmentation de la mendicité sur le réseau. Le but serait de conscientiser les passagers du rôle qu’ils ont àjouer et du fait qu’en donnant satisfaction aux mendiants, ceux-ci reviendront, alors qu’ils ont d’autres ressources ou d’autres endroits pour mendier (sic). Ladiffusion des messages n’est en fait que la première étape d’une campagne destinée à éloigner les mendiants des stations de métro, aexpliqué à nos confrères de La Libre Belgique le directeur de la Communication de la Stib, Jean-Pierre Alvin. « Dès la semaine prochaine, nos agentsprendront le relais et s’adresseront directement aux personnes surprises en train de faire la manche pour leur demander de quitter les lieux. »

Au Parlement bruxellois, plusieurs députés ont interpellé la ministre de la Mobilité, Brigitte Grouwels (CD&V) à ce sujet. « La Stib ne faitqu’appliquer une ordonnance du Parlement », a répondu la ministre. Laquelle, votée en 2007, prévoit d’ailleurs une amende de 84 euros à tout qui selivrerait à la mendicité dans le métro. « Bien que l’ordonnance nous le permette, nous n’avons jamais donné d’amende à aucun mendiantet ce, pour des raisons d’éthique évidentes, se justifie Jean-Pierre Alvin. Nous entendons simplement permettre aux usagers de voyager dans les meilleures conditions possibles. Orle comportement de certains mendiants, qui vont jusqu’à harceler les voyageurs ou qui n’hésitent pas à s’adjoindre les services de jeunes enfants qui devraientêtre à l’école n’est tout simplement pas acceptable. »1

Combattre les causes

Le secrétaire d’État à la Lutte contre la pauvreté, Philippe Courard (PS), se dit quant à lui « perplexe » face à cette décisionde la Stib. Il souligne qu’à l’approche de l’hiver, il convenait « plus encore de développer des initiatives en matière d’accompagnement despersonnes démunies. » Pour lui, il importe de « ne pas cacher le phénomène de pauvreté » mais bien « d’en combattre les causes ». Lesecrétaire d’État fédéral a rappelé, à titre d’exemple, que la SNCB avait mis en place, en concertation avec les associations de terrain, une« Cellule Prévention et sécurité sociétale » pour encadrer les personnes en situation de pauvreté et les sans-abri. Philippe Courard a ajoutéqu’il s’était associé à la SNCB et à sa « Cellule Prévention et sécurité sociétale » pour répondre à unappel à projets européen visant à mieux coordonner les actions menées dans les gares, en collaboration avec les associations de terrain.

Une autre mesure de la Stib avait également fait couler beaucoup d’encre il y a quelques années : la décision de diffuser de la musique classique en soirée dans lesstations de métro afin de faire fuir les jeunes indésirables. D’aucuns, dans les interpellations parlementaires, n’ont pas manqué de pointer la politique sécuritaire de lasociété de transports en commun bruxellois. Il nous faut également rappeler ici – faut-il y voir un lien ? -, qu’il existait, jusqu’à il y a quelques semaines encore, uneéquipe de trois policiers fédéraux, la cellule Herscham, qui assurait depuis six ans un travail préventif de terrain auprès des sans-abri dans les gares, lesstations de métro et à l’extérieur. Celle-ci vient de disparaître (cf. in Alter Échos nº 280, « Les SDF orphelins de « leurs » flics ») augrand dam de nombre d’associations et des principaux concernés. De là à en conclure que son approche ne collait pas au durcissement observé actuellement dans la politiquede lutte contre la mendicité, il n’y a qu’un pas…

1. In La Libre Belgique du 22 octobre 2009.

catherinem

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