Alter Échosr
L'actualité sociale avec le décodeur

Petite enfance / Jeunesse

Manque de places… pour aider les jeunes en danger

Les chiffres clés de l’Aide à la jeunesse font l’objet d’une analyse détaillée dans la dernière livraison deFaits&Gestes1. Histoire de rappeler que le rôle du secteur est, avant tout, d’apporter une aide aux mineurs en difficulté de vie ou en danger. Et pas de« gérer » des mineurs délinquants.

10-10-2008 Alter Échos n° 260
Pexels, mar-newhall

Les chiffres clés de l’Aide à la jeunesse font l’objet d’une analyse détaillée dans la dernière livraison de Faits&Gestes1. Histoire de rappeler que le rôle du secteur est, avant tout, d’apporter une aide aux mineurs en difficulté de vie ou en danger. Et pas de« gérer » des mineurs délinquants.

Fallait-il que l’événement soit capital pour réunir autant d’agendas surchargés autour de la table de conférence : Catherine Fonck,Frédéric Delcor, Guy De Clercq, et Françoise Mulkay2, entre autres, ont présenté et commenté le numéro de la revue trimestrielle Faits&Gestes consacré aux jeunes aidés directement par la Communauté française. Du nouveau ? Pas vraiment, puisque les données détaillée sont en grande partie été présentées dans « Les nouvelles statistiques de l’aide à la jeunesse »3 diffusées en avril dernier.Alors quoi ? La présentation commentée des chiffres, exemples concrets à l’appui, a tout l’air d’une « opération séduction » pour améliorer l’image d’un secteur : mettre de la chair sur les chiffres et donner une vision à la fois objective et humaine du secteur, à destination du grand public cette fois.

Alors qu’en Communauté française, plus de 17 500 jeunes (soit 1,8 % du total des moins de 18 ans) sont aidés chaque année, dont 85 % dans le cadre de l’enfance en danger ou en difficulté, l’intérêt médiatique reste focalisé sur une minorité, celles des mineurs ayant commis un fait qualifié d’infraction. « Chaque année, cinquante mille mesures sont prises en faveur des jeunes mais le secteur est ponctuellement stigmatisé par le manque de placesen IPPJ. S’arrêter sur quelques mesures frappantes, c’est négliger la réalité de l’Aide à la jeunesse4 », insiste la ministre qui,par ailleurs, rappellera l’augmentation substantielle du nombre de places en IPPJ d’ici 2012.

Marche arrière sur l’hébergement

Clairement, il apparaît que l’objectif de cette « mise au point » chiffrée, par sa rigueur et son objectivité, doit permettre de recadrer les priorités du secteur et de légitimer les mesures : « Inscrire le secteur dans une démarche scientifique va permettre des prises de décisions politiques par rapport aux stratégies et projets à développer. Ces statistiques indiquent clairement qu’il faudra augmenter le nombre de places pour l’hébergement en dehors du milieu de vie. Pas seulement pour les mineurs délinquants mais aussi pour les bébés maltraités », a précisé Catherine Fonck. Ainsi, « il y a environ deux mille mineurs qui ne trouvent pas de place au moment où il le faudrait », a, pour sa part, précisé Etienne Loeckx, directeur général adjoint de l’Aide à la jeunesse. Le hiatus est dû au fait que non seulement les mesures de placement hors du cadre de vie ont augmenté, mais leur durée aussi. Il est vrai, par ailleurs, que 800 places d’hébergement pour mineurs ont été supprimées entre 1999 et 2004, à une époque où le politique souhaitait privilégier le maintien des jeunes dans leur milieu de vie.

Quant aux raisons de l’augmentation continue du nombre de jeunes pris en charge (progression de 3 % par an entre 2002 et 2006), la ministre avance quelques hypothèses :l’augmentation de la précarité sociale qui fragilise les familles, la meilleure efficacité du filet protectionnel à travers les CPMS et des prises en charges plus précoces mais aussi… « la banalisation de la violence comme on peut le voir dans les nouveaux jeux vidéos ». Une hypothèse que l’on ne pourra pasvéritablement lier aux chiffres de la délinquance juvénile puisque celle-ci reste plutôt stable depuis quarante ans5. En revanche, le seuil de tolérance pour les incivilités et les délits commis par les mineurs a, lui, diminué. « La faute aux médias », aime à répéter le politique. Seulement ?

 

1. Faits&Gestes n° 26, été 2008. Site : http://faitsetgestes.cfwb.be

2. Respectivement : la ministre de l’Enfance, de l’Aide à la jeunesse et de la Santé ; le secrétaire général de la Communauté française ; le directeur de l’Aide à la jeunesse au SPJ de Tournai et président du conseil communautaire de l’Aide à la jeunesse ; et l’attachée de recherches à l’Observatoire de l’enfance, de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse, auteure de l’étude.
3. « Nouvelles statistiques de l’aide à la jeunesse, 2002-2006. » Le document peut être téléchargé sur le site de l’Observatoire : http://www.oejaj.cfwb.be.
4. Les statistiques démontrent que, chaque année, environ 250 jeunes âgés de 16 ans (âge critique), sont sanctionnés pour avoir commis un premier fait qualifié d’infraction. Un chiffre à mettre en rapport avec les 916 000 jeunes de moins de 18 ans en Communauté française.
5. Selon l’étude présentée par Charlotte Vanneste, de l’Institut national de criminalistique et de criminologie, lors de la présentation des nouvelles statistiques de l’aide à la jeunesse.

aurore_dhaeyer

Pssstt, visiteur, visiteuse du site d'Alter Échos !

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, notamment ceux en lien avec le Covid-19, pour le partage, pour l'intérêt qu'ils représentent pour la collectivité, et pour répondre à notre mission d'éducation permanente. Mais produire une information critique de qualité a un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous ! Et parlez-en autour de vous.
Profitez de notre offre découverte 19€ pour 3 mois (accès web aux contenus/archives en ligne + édition papier)