Parents solos : le tourbillon de la vie

par Pierre Jassogne

Parents solos : le tourbillon de la vie

Parents solos : le tourbillon de la vie

Pierre Jassogne
Photos : Pierre Vanneste
19 septembre 2019

En Belgique, une famille sur cinq est une famille monoparentale. Derrière ces chiffres, il y a des vies, des visages et, à chaque fois, des réalités diverses. Ces familles présentent cependant un point commun : avec la séparation, elles subissent une brutale chute de leur niveau de vie et risquent de tomber dans la pauvreté. Pour les accompagner et leur donner une place dans la société, quelques projets existent en Wallonie et à Bruxelles. 

* Reportage photo dans l’asbl « Solo mais pas seul ».

 

Solo mais pas seul

Catherine Bourlet est une adepte de la course à pied. « Quand je cours, c’est comme si tout devenait possible », lance-t-elle. Au-delà de cette passion, la vie de cette maman de cinq enfants prend souvent des allures de marathon : elle ne connaît pas de répit entre son quotidien de parent solo et l’asbl qu’elle gère pour soutenir les familles monoparentales. C’est d’ailleurs en faisant son jogging que Catherine, a eu, voilà cinq ans, l’idée de lancer « Solo mais pas seul ». « Quand on se sépare, on ne sait plus ce qui va arriver, on n’a plus aucun repère. On vit au jour le jour… », témoigne-t-elle.

Depuis 2014, l’association, située à Jodoigne, aide les familles monoparentales – majoritairement des mères – à recréer un réseau social. Catherine les oriente vers les services compétents et les accompagne tout au long de leur parcours.

« Quand on se sépare, on ne sait plus ce qui va arriver, on n’a plus aucun repère. On vit au jour le jour… » Catherine.

L’endroit est discret, à côté des commerces de la rue Saint-Jean, une petite artère tranquille de Jodoigne. À l’entrée, quelques jouets et livres traînent, de quoi occuper les enfants pendant que leurs parents se font aider. Sur un tableau fixé au mur, on y lit des mots écrits par les parents qui poussent la porte de l’association : « Reconstruction », « Solitude et jamais seule » ou encore « Super woman »… Un inventaire des réalités vécues par ces familles.

Marcher sur un fil

C’est que la vie de parent solo est loin d’être un long fleuve tranquille. « Être parent solo, c’est marcher sur un fil. Cela demande beaucoup de souplesse », poursuit Catherine. Car pour ces familles, il faut souvent faire autant, avec moins : moins d’argent, moins de temps, moins d’aide. Ce fil mince sur lequel marchent de nombreuses familles est si emblématique qu’il est devenu le symbole de l’association.

« Être parent solo, c’est marcher sur un fil. Cela demande beaucoup de souplesse » Catherine

La détermination de Catherine ne laisse rien percevoir du parcours titanesque qu’elle a surmonté ces dernières années. Quand elle s’est retrouvée seule voilà sept ans, ses enfants étaient jeunes. L’aîné avait 8 ans, le dernier quelques mois à peine. Avec la séparation, elle n’arrive plus à travailler. Épuisée, en maladie, puis au chômage… le cercle vicieux est connu, loin d’être unique, notamment pour une mère seule. Au pied du mur, Catherine refuse cette situation. Une idée germe en elle, celle de créer un lieu destiné aux familles monoparentales pour leur donner les informations administratives ou judiciaires nécessaires. Catherine s’était rendu compte que les démarches pour connaître ses droits comme parent solo relevaient trop souvent du parcours du combattant. « Je ne savais pas à quelle porte frapper », se souvient-elle.

Mais comment lancer un tel projet sans un sou en poche ? La mère de famille y va au culot. Elle prend contact avec le propriétaire d’un bâtiment vide depuis plusieurs mois, découvert lors d’un jogging. La course, encore… Elle lui explique sa situation et son projet pour parents solos. « Il accepte de louer le local pour plusieurs mois. Cela a été un véritable déclencheur pour se lancer dans cette aventure… », raconte Catherine, qui ne s’imaginait pas être coordinatrice d’une association, elle qui avait travaillé dans le tourisme. Si « Solo mais pas seul » a déménagé depuis, l’asbl n’a cessé de se développer en cinq ans d’existence. « Avec le temps, les partenariats se sont tissés. »

L’association reçoit des demandes toujours plus nombreuses de parents, qui ne se limitent pas au seul Brabant wallon. « Ce qui est surprenant, et cela pose question en termes de besoins, ce sont les kilomètres qu’ils sont prêts à faire pour venir jusqu’ici. C’est évidemment une reconnaissance pour le travail mené par l’association, mais cela démontre un manque énorme d’informations et d’accompagnement pour ces familles. » Manque d’autant plus important qu’une famille sur quatre en Wallonie est une famille monoparentale. « Même si on retrouve de nombreuses informations sur Internet, cela reste souvent de la théorie. Pour l’avoir vécu comme d’autres, quand on est dans une situation vraiment compliquée comme une séparation, que tout est à refaire pour trouver un logement, un emploi, s’occuper de ses enfants, le contact humain est plus que nécessaire. C’est ce qui fait la force de l’association. »

« La plupart sont atteints psychologiquement par la séparation. Il leur est difficile d’entamer n’importe quelle démarche tant ils manquent de confiance en eux. » Catherine

Si la première ambition de « Solo mais pas seul » est d’apporter des informations aux familles monoparentales, Catherine Bourlet s’est rendu compte de la nécessité d’étendre les activités de l’association pour sortir les parents de leur isolement. « Au fil des rencontres, ces parents avaient un grand besoin de parler. La plupart sont atteints psychologiquement par la séparation. Il leur est difficile d’entamer n’importe quelle démarche tant ils manquent de confiance en eux. »Que ce soit autour d’un café, un apéro lors d’une journée à la mer ou lors d’un atelier pour réaliser soi-même ses produits ménagers, diverses activités sont proposées tout au long de l’année, autant de prétextes pour sortir de l’engrenage de la solitude et retisser du lien social.

Logement, débrouille et peine perdue

Lorsqu’elle a rencontré Catherine Bourlet, Claire, mère de quatre enfants, venait de quitter le domicile conjugal. C’était en avril dernier. « Jusque-là, je vivais dans la peur, la soumission… Il a fallu du temps pour que j’ose franchir le pas », témoigne-t-elle. L’urgence pour Claire et ses enfants était de trouver un logement. « Les recherches ont été difficiles. Il faut pouvoir donner des garanties, mais, sans emploi, sans ressources, avec quatre enfants, c’est peine perdue… », constate-t-elle. Grâce au soutien de l’association, une rencontre – un « petit miracle » comme elle le dit – a permis de faciliter l’obtention d’un logement. « Je n’y croyais plus… »

46 % des familles monoparentales vivent avec des revenus inférieurs au seuil de pauvreté (Iweps).

Dans le quotidien, les concessions sont nombreuses pour la famille de Claire. Une étude de l’Iweps, l’Institut wallon d’évaluation, de la prospective et de la statistique, indique que 46 % des familles monoparentales vivent avec des revenus inférieurs au seuil de pauvreté. Cette pauvreté des familles monoparentales est également perceptible dans leurs conditions de vie. En effet, 69 % d’entre elles ne disposent pas d’épargne suffisante pour faire face à une dépense imprévue de l’ordre de 1.000 euros. Plus d’une sur cinq fait face à des arriérés de paiement, et un peu moins de 20 % d’entre elles ne peuvent chauffer correctement leur logement ou manger un repas protéiné tous les deux jours1.

Pour avoir un peu d’argent et sortir temporairement de sa galère, Claire a revendu sa voiture familiale, pour en acheter une plus petite. Impossible à la campagne de s’en passer… « Il y a des moments où je me demande vraiment comment je vais y arriver. Je panique, mais il suffit que je pense aux enfants, au chemin parcouru depuis la séparation pour sortir de ces pensées négatives. »

Pas de temps pour souffler

Au final, il lui reste peu de temps pour simplement souffler un peu. « Être parent solo demande énormément d’énergie. Les enfants ont tous besoin d’une attention particulière, à n’importe quel moment de la journée. Je ne m’arrête jamais, même quand ils sont au lit, car il faut sans cesse tout planifier. »

Avant de se raconter, Claire hésitait, ne sachant pas par où commencer. Elle cherchait ses mots, encore fragile, avant de se dévoiler au fil du récit, déterminée comme jamais. « J’ai encore besoin de me poser. Dans une situation comme la mienne, on peut se sentir nulle et incapable, avec le sentiment qu’on a gâché sa vie. L’asbl m’a permis, heureusement, d’éviter de plonger dans cette phase de dépréciation. C’est important de savoir qu’on n’est pas seule. »

« On n’ose généralement pas raconter ses difficultés par pudeur, souvent, par crainte du jugement d’autrui surtout » Vinciane

Parler, extérioriser ses problèmes à d’autres parents solos permet ainsi d’avancer. « Au-delà de ne pas savoir vers qui se tourner pour évoquer sa situation, on n’ose généralement pas raconter ses difficultés par pudeur, souvent, par crainte du jugement d’autrui surtout », témoigne Vinciane. Quand elle a connu l’asbl il y a un an, cette mère de trois enfants était en pleine procédure de divorce. « Au sein de l’association, j’ai trouvé un réseau social, un endroit où je pouvais déposer toutes mes demandes, parler de mes besoins, sans tomber dans la victimisation. Au contraire, confrontée à d’autres parents, j’ai pu voir les choses positivement. »

 

Contester demande de l'énergie

Comme Claire, Vinciane a connu des hauts et des bas, en vivant, depuis sa séparation, avec un travail à mi-temps et les allocations familiales, avant de se retrouver sans emploi. « Le système D fonctionne pour tout : les courses, les vêtements, les vacances. On doit apprendre à vivre simplement… Même au niveau du logement, je me contente d’un canapé-lit dans le salon qui fait o ce de chambre à coucher. On s’habitue à tout. » Des hauts et des bas aussi face à la lenteur de la justice pour réclamer simplement une pension alimentaire. D’après une enquête de la Ligue des familles, plus de 40 % des contributions alimentaires sont mal payées ou même ne sont jamais versées2.

Mais contester demande de l’énergie. Au risque parfois de craquer. « Face à la justice, j’ai toujours l’impression de faire trois pas en arrière, confie Vinciane. Cela vous replonge dans le passé, dans une situation conflictuelle. Psychologiquement, matériellement, c’est pénible, dur… C’est un combat permanent. »

Plus de 40 % des contributions alimentaires sont mal payées ou même ne sont jamais versées (Ligue des familles).

Puis, ce combat avec la justice est souvent lent, surtout quand le partage de la garde de l’enfant pose problème. Ce combat, Élisabeth le vit depuis plusieurs années. Si elle s’occupe de sa fille, Marie, 9 ans, le pendant paternel ne s’en soucie pas vraiment. « À tel point que ma fille l’appelle Monsieur Papa… » Raison pour laquelle Élisabeth se bat pour réclamer l’autorité parentale exclusive de Marie. Financièrement, Élisabeth reçoit un peu d’aide de sa mère, mais sa situation reste assez précaire. « En tout, je perçois 70 euros de pension alimentaire, montant tout à fait ridicule. Ne rien avoir, ce serait pareil. » Dans un tel contexte, la charge émotionnelle reste forte. « Il y a une forme d’angoisse et d’inquiétude permanente, tant la situation est compliquée depuis plusieurs années », évoque-t-elle.

 

Hamac, vecteur de liens

Puéricultrice, Élisabeth a arrêté de travailler lors de la naissance de sa fille. Aujourd’hui, elle aimerait retrouver un emploi. « Ce n’est pas simple quand on a un blanc de plusieurs années dans son CV. » Elle le sait, entamer une formation ne sera pas facile. « Mais j’en ai tellement besoin. J’ai toujours l’impression d’être dans cette sphère familiale. Cela me protège, mais c’est aussi au bout du compte une forme de prison… », confie-t-elle.

Pour briser cet isolement, Élisabeth et Marie reçoivent la visite hebdomadaire de Sophie. Cette bénévole, jeune institutrice, passe du temps avec la petite fille lors d’une rencontre de quelques heures. C’est toute l’ambition de l’association bruxelloise Hamac : celle de créer un réseau de liens entre des familles monoparentales et des personnes qui ont envie de s’investir dans une relation avec un enfant, en l’accompagnant à tous les stades de son développement.

Ce qu’Élisabeth a apprécié, c’est l’approche bienveillante de ce projet. « Entamer une telle démarche n’est pas évident parce que ce n’est pas simple d’accueillir un inconnu dans sa sphère familiale. On a tous nos modes de fonctionnement. Mais comme il y a un réel dialogue, on peut parler de soi, sans être jugée ni stigmatisée, raison pour laquelle cela a tout de suite fonctionné avec Sophie. »

Maman solo elle aussi, Chantal vient de découvrir l’association Hamac. Son parcours est particulier. Il est celui d’une mère d’accueil qui s’occupe seule de Julien depuis ses 15 mois. « Je cumule, rit-elle. C’est un choix personnel qui m’a amenée à l’accueil familial. J’avais 40 ans, j’étais sans enfant. Quand j’en ai parlé à mon compagnon de l’époque, il n’a pas voulu… », se souvient-elle. Après hésitation, Chantal entame les démarches auprès d’un service d’accueil familial. « Julien, je le considère comme mon fils. L’amour est là… Même s’il y a des moments plus compliqués que d’autres. Il faut avancer au jour le jour, surtout avec des enfants un peu extraordinaires comme lui… », dit-elle.

Julien montre en effet une série de troubles de l’apprentissage, présents depuis son plus jeune âge. Le garçon de 10 ans est dyspraxique et scolarisé dans l’enseignement spécialisé. « Pour pouvoir l’aider à grandir le mieux possible, j’ai dû mettre en place des tas de choses. »

« Ce n’était pas de l’aide que je cherchais pour moi directement, mais plutôt une occasion pour Julien de sortir, de rencontrer d’autres personnes. » Chantal.

Et il y a deux ans, Chantal a craqué. Elle avait l’impression d’être tout le temps débordée. Le boulot, les transports, les devoirs, les rendez-vous médicaux, ses journées étaient millimétrées, calquées sur celles de son enfant. « C’était trop. Rien n’allait. C’est dur de toujours devoir se préoccuper seule d’un enfant, en devant être partout à la fois, tout le temps, de porter cette préoccupation constante, ce stress permanent, sans pouvoir le partager, sans être soutenue, si ce n’est par les services de l’accueil familial. »

Raison pour laquelle elle s’est tournée vers Hamac. Depuis quelques semaines, Chantal et Julien rencontrent régulièrement un papa avec ses enfants. L’intérêt, aux yeux de la maman solo, est de ne pas rester seule dans sa bulle, Hamac étant un réel vecteur de liens. « Ce n’était pas de l’aide que je cherchais pour moi directement, mais plutôt une occasion pour Julien de sortir, de rencontrer d’autres personnes. »

Rencontre de deux mondes

C’est pour répondre aux situations très diverses de parents solos comme Chantal ou Élisabeth que Hamac est né dans l’esprit de Laure Gréban et de Julie Praet, avec l’idée de pouvoir libérer du temps pour le parent, pris dans le tourbillon du quotidien, tout en permettant à l’enfant de tisser un lien avec un autre adulte. « Au travers de Hamac, on a voulu faire se rencontrer deux réalités qui ont besoin l’une de l’autre, mais qui se croisent rarement, explique Laure. Beaucoup de parents solos sont enfermés dans ce rôle de maman ou de papa à jouer, sans pouvoir en occuper un autre. En tant que parent, c’est pourtant essentiel de pouvoir souffler », évoque cette mère de deux enfants.

« Beaucoup de parents solos sont enfermés dans ce rôle de maman ou de papa à jouer, sans pouvoir en occuper un autre. » Laure

Depuis son lancement, huit binômes ont été lancés et d’autres sont en cours de création. L’asbl bruxelloise fonctionne beaucoup par le bouche-à-oreille, avec de nombreuses demandes de parents solos puisqu’il y a une cinquantaine de familles sur liste d’attente. « Quand les parents viennent nous trouver, ils sont dans une démarche de lâcher-prise, d’ouverture. Ils sont prêts à se faire un peu bousculer dans leur quotidien par un inconnu. Cela dit, on ne demande pas aux familles la raison pour laquelle elles s’adressent à nous », continue Laure Gréban.

L’asbl met actuellement toute son énergie sur la recherche de bénévoles, prêts à l’accompagnement hebdomadaire d’un enfant, moyen de permettre au parent solo de retrouver un minimum de vie sociale. « Tous les participants n’ont pas pris du temps pour eux, c’est vrai. Mais savoir que leur enfant est pris en main par quelqu’un de bienveillant, cela change pas mal leur quotidien. C’est surtout un moyen de générer une énergie plus positive à la maison. »

Hamac veille aussi à s’intégrer au mieux dans le fonctionnement de la famille. Les bénévoles vivent généralement dans la même commune que le parent solo, ils partagent les mêmes centres d’intérêt… « Cela permet également de se rencontrer autrement : au marché, dans un café, un bus… Savoir qu’il y a une personne disponible, à proximité de chez soi, c’est rassurant ! », ajoute Laure Gréban.

Depuis que l’asbl existe, Laure voit le phénomène de la monoparentalité autrement.

« Toutes ces situations que ces parents vivent sont extrêmement complexes. On n’a pas toujours conscience de ce que cela implique au quotidien d’élever un ou plusieurs enfants seul. Il faudrait qu’on cesse de voir les familles monoparentales comme marginales pour mieux prendre en compte leur situation. »

La maison des parents solo : une maison à soi

Face à cette réalité, la maison des parents solos a vu le jour à Forest, en région bruxelloise. Dans la capitale, il y a près de 64.000 familles monoparentales. C’est une famille sur trois. La maison, inaugurée en mai dernier, veut donner l’impression aux parents qu’ils sont chez eux, dans un espace convivial, proposant à la fois de l’aide individuelle et des activités de groupe. « C’est important de jouer sur les deux tableaux. Notre volonté est d’être un catalyseur. Cette maison doit être le lieu des parents. Cela permet d’ouvrir plusieurs portes d’entrée dans l’accompagnement de leurs situations », résume la coordinatrice, Noémie Simon, juriste spécialisée dans les affaires familiales.

Dans la capitale, il y a près de 64.000 familles monoparentales. C’est une famille sur trois.

La maison des parents solos veut surtout être ouverte à un maximum de parents en situation de monoparentalité. « Notre volonté est de ne discriminer personne. L’une des difficultés est qu’il n’y a pas une définition unique de la monoparentalité, chaque service ou administration ayant ses propres définitions. » Pour Noémie Simon, la définition doit dès lors être la plus large possible, vu les très nombreuses situations monoparentales rencontrées. « Sont parents solos tous ceux et celles qui, à un moment de leur vie, se retrouvent en situation d’assumer seuls de manière permanente, principale, égalitaire ou occasionnelle l’hébergement et l’éducation d’un enfant », précise-t-elle. Selon la coordinatrice de la maison des parents solos, une définition trop stricte risquerait de faire basculer beaucoup de familles dans la vulnérabilité et la précarité.

En amont de la création de la maison, Noémie Simon s’est chargée d’une recherche-action pour connaître les attentes et les besoins des familles monoparentales3. Il en est ressorti en priorité un problème d’accès des parents aux informations juridiques ou administratives. À côté de la coordinatrice, une juriste, une assistante sociale et une psychologue font d’ailleurs partie de l’équipe de la maison, un moyen de présenter une offre globale aux familles. « En leur proposant cette équipe pluridisciplinaire, on cherche à éviter aux parents solos de devoir courir partout pour trouver telle ou telle information, générant fatigue et frustration », termine la coordinatrice.

« Des personnes qui n’avaient jamais été en difficulté peuvent se retrouver sans rien du jour au lendemain. » Noémie

« Certains parents viennent avec des demandes très précises et cherchent des compléments d’information, d’autres, généralement plus précarisés, arrivent chez nous par le biais d’associations. » À entendre la coordinatrice, ces personnes étalent toute leur situation, étant donné la multitude de difficultés auxquelles elles sont confrontées. « Comme si les problèmes arrivaient en ‘slime’, avance Noémie Simon. Elles ont surtout besoin, dans un premier temps, de pouvoir parler auprès de quelqu’un parce qu’elles se sentent prises à la gorge. »

Car si la monoparentalité touche tous les milieux sans exception, la séparation présente un risque de basculement de ces parents dans la précarité. « Des personnes qui n’avaient jamais été en difficulté peuvent se retrouver sans rien du jour au lendemain, dans un contexte où il faut réorganiser toute sa vie, à un moment où on est psychologiquement fragilisé », ajoute la coordinatrice. « Certains parents comparent d’ailleurs cette période à un tremblement de terre après lequel tout est à reconstruire », termine Noémie Simon. •