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L’inconditionnel : une revue pour un revenu sans condition

Membre du réseau belge pour le revenu de base, Barbara Garbarczyk est à la base d’un projet: « L’inconditionnel » , un journal papier francophone qui se veut informatif sur le revenu de base. Financé grâce à une campagne de crowdfunding, le journal sera distribué gratuitement en Belgique, en France et en Suisse. Interview.

12-09-2014

Membre du réseau belge pour le revenu de base, Barbara Garbarczyk est, avec quelques collègues, à la base d’un projet : L’inconditionnel, un journal papier francophone qui se veut informatif sur le revenu de base. Financé grâce à une campagne de crowdfunding, le journal sera distribué gratuitement en Belgique, en France et en Suisse. Remède à la pauvreté et au chômage pour certains, illusion économiquement impraticable pour d’autres… L’idée d’un revenu versé à toutes et tous les membres d’une communauté politique, sans conditions ni contrepartie fait débat en Europe depuis le milieu des années 80.

Propos recueillis par Lara Leroy (stagiaire).

L’idée n’est pas nouvelle. Quelles sont vos motivations à publier un tel journal aujourd’hui ?

Barbara Garbarczyk  : Il y a deux ans, se sont mobilisés des réseaux citoyens pour lancer une initiative citoyenne européenne. L’objectif était de récolter un million de signatures pour demander aux institutions européennes de se pencher sur le revenu de base. Seules 285.000 signatures ont été récoltées. Mais loin d’être un échec, l’initiative a permis de remettre au goût du jour cette idée assez ancienne.

Avec les réseaux citoyens belges, suisses et français, on a eu envie de garder cette dynamique de débat. Si beaucoup d’informations circulent quant au revenu de base sur internet et les réseaux sociaux, on s’y perd facilement et il ne faut pas oublier qu’une fracture numérique existe. L’idée est donc venue d’avoir un outil différent : un journal papier diffusé gratuitement, cherchant à réunir toutes les informations et exposant des avis pluralistes sur le sujet.

Comment ce projet est-il financé ?

Barbara Garbarczyk  : Nous avons lancé une campagne de crowdfunding et avons récolté 12.000 €. On a la chance d’avoir un réseau assez large de personnes s’intéressant au revenu de base. Ce qui est touchant c’est qu’au-delà de l’argent il y a plein de personnes qui y croient et envoient des messages de soutien.

Que pensez-vous de la vision de Mateo Alaluf (sociologue du travail) selon laquelle le revenu de base irait à l’encontre de l’État social ?

Barbara Garbarczyk  : Il y existe des versions du revenu de base qui comporte un risque de casse de l’État social. C’est pourquoi il faut être vigilant et l’appliquer avec des mesures concrètes. Celui-ci doit être d’un montant assez élevé pour être émancipateur. S’il est d’un montant inférieur, les autres aides ne doivent pas être supprimées. Le but pour le réseau belge pour le revenu de base et moi-même n’est pas de supprimer l’État social, mais de l’adapter à l’évolution du marché de l’emploi et du mode de travail actuel.

Matteo Alaluf et moi partons finalement d’un même constat : il y a un problème dans le monde du travail. Pourtant il y a bien d’autres moyens de contribuer à la société qui ne sont pas assez valorisés. Le travail ne doit pas se limiter à l’emploi. Mateo Alaluf propose d’autres types de solutions que le revenu de base, qui sont intéressants. Mais il ne faut pas pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain.

Le financement d’une telle mesure n’est-il pas utopique dans la conjoncture actuelle ?

Barbara Garbarczyk  : C’est un argument qu’on utilise à toutes les sauces. La société n’a jamais été aussi riche, mais il y a toujours moins pour répartir. En conclusion, c’est une question de choix politique.

Plusieurs pistes existent pour financer le revenu de base : Il y a d’abord une grosse part d’autofinancement avec l’argent versé pour le chômage, les allocations familiales, etc. Seraient aussi éliminés tous les contrôles de ces allocations, réduisant les coûts administratifs. On peut aussi jouer sur la TVA, l’impôt sur le revenu, la taxe sur les transactions financières, etc.

Beaucoup considère le droit au revenu comme découlant du travail. Si un revenu inconditionnel était octroyé, n’inciterait-il pas à l’inactivité ?

Barbara Garbarczyk  :  Beaucoup disent aussi « je veux un revenu de base, pour pouvoir travailler ». Il permet une plus grande capacité d’agir. Dire aux gens il n’y a pas assez de travail, mais cherchez quand même, vous serez contrôlé, diminue notre rôle de citoyen et empêche toute créativité.

Le revenu de base ferait en sorte de se libérer de cette obligation d’avoir un emploi et de valoriser le travail domestique, le bénévolat, etc. Le revenu de base permet d’inventer de nouvelles manières de travailler et de contribuer à la société qui seraient plus justes.

Quid de l’avenir du revenu de base en Europe et en Belgique ?

Barbara Garbarczyk  : Un revenu de base européen serait plus viable et cohérent, mais comme pour tout progrès social il faut bien commencer quelque part. Le réseau citoyen belge se développe jour à jour, menant de plus en plus d’actions et s’alliant à de plus en plus d’acteurs. Ça ne veut pas dire que l’on va introduire le revenu de base dans deux ans, mais… peut-être dans dix ?

 

Plus d’info : Suivre l’inconditionnel sur le site de crowdfunding Pick and Boost

 

Participer aux événements organisés lors de la semaine internationale du revenu de base 

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