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Les mineurs délinquants sont aussi des mineurs en danger

Pas assez de places en centres fermés pour les mineurs délinquants ? Le ministre de la Justice, Jo Vandeurzen (CD&V), promet d’en créer septante nouvelles dans desprisons désaffectées. Le secteur de l’Aide à la jeunesse réclame que l’investissement dans la prévention soit au moins équivalent à celuide la répression.

09-05-2008 Alter Échos n° 251

Pas assez de places en centres fermés pour les mineurs délinquants ? Le ministre de la Justice, Jo Vandeurzen (CD&V), promet d’en créer septante nouvelles dans desprisons désaffectées. Le secteur de l’Aide à la jeunesse réclame que l’investissement dans la prévention soit au moins équivalent à celuide la répression.

Les statistiques de l’Aide à la jeunesse1 avaient pourtant rappelé l’importance de garder à l’esprit les justes proportions du secteur : pour unjeune délinquant pris en charge, dix jeunes sont en danger. Mais l’actualité vient de rappeler opportunément que l’émotion populaire n’a que faire desréalités statistiques. Ainsi, le dernier week-end d’avril, le parquet de Bruxelles a rué dans les brancards et dénoncé une « situation dramatique» : en deux jours, quinze mineurs auteurs de délits ont été renvoyés chez eux, faute d’avoir trouvé une place dans une institution, qu’elle soitouverte ou fermée. Ce week-end-là, Everberg, Fraipont et Braine-le-Château affichaient complet. Quelques heures à peine après ce coup de sang, le ministre de laJustice convoquait ses collègues communautaires de l’Aide à la jeunesse, pour une mise au point suivie d’une conférence de presse.

À tout problème sa solution et pour Jo Vandeurzen, elle passe par la création de places supplémentaires dans les institutions publiques de protection de la jeunesse(IPPJ). En attendant, septante nouvelles places fermées seront créées pour les mineurs délinquants dans les bâtiments de l’ancienne prison de Tongres et dansune aile inutilisée de celle de Saint-Hubert. À terme, les centres fermés d’Everberg et d’Achêne ‒ qui reste à construire ‒ verrontégalement leur capacité augmenter pour atteindre 250 places.

Une solution « simpliste »

L’annonce du ministre comme l’interpellation du parquet de Bruxelles ont suscité des réactions immédiates. L’Inter-fédérations de l’Aideà la jeunesse2 a répliqué qu’une « société démocratique qui enferme et craint sa jeunesse est en échec avéré. Lasolution qui consiste à créer sans cesse de nouvelles places nous semble un peu simpliste ». Il s’agissait aussi de répondre aux gros titres tapageurs d’unecertaine presse en plaidant « pour un vrai débat en profondeur sur les moyens affectés entre prévention, restauration et répression. Une société atoute légitimité pour être ferme… quand elle a la certitude d’avoir été juste ! » Car pour les travailleurs, assistants sociaux,éducateurs, magistrats de la jeunesse, confrontés à ce public, c’est bien sur ce point que le débat doit être posé : que propose lasociété au jeune avant qu’il ne dérive ?

« J’ai la désagréable impression de bégayer ! Année après année, l’histoire se répète à cause del’inconséquence politique », réplique Éric Janssens, président de l’Union francophone des magistrats de la jeunesse (UFMJ)3. Pour lemagistrat, il n’est pas question de remettre en cause l’enfermement des jeunes qui ont commis des faits qualifiés d’infractions ‒ « ce qui vient de se passer nepeut que renforcer le sentiment d’impunité des jeunes » ‒ mais de tenir compte du contexte dans son ensemble. « Certes, il existe un problème de prise en chargepour les mineurs délinquants, mais les mineurs en danger ne sont pas mieux lotis ! Et souvent, ce sont les enfants qui ont été le moins respectés qui seront les moinsrespectueux », insiste le magistrat pour qui ces jeunes sont « abîmés par la vie » et ont surtout un « besoin énorme de relationnel signifiant ».Selon lui, les outils proposés sont « relativement bons » mais très nettement insuffisants, au point de rebaptiser le ministère de l’Aide à la jeunesse,le « ministère de la Carence »…

Quelle vie après l’IPPJ ?

« La réponse ne doit pas être qu’institutionnelle. Les jeunes peuvent être très conformistes et se plier au mode de vie en IPPJ. Mais lorsqu’ils ensortent, ils retrouvent le même quartier, les mêmes amis, la même famille, les mêmes manques. Et l’on voudrait que les mêmes causes ne produisent pas lesmêmes effets ! » Pour Éric Janssens, la seule solution durable passe dans un investissement conséquent dans la prévention et notamment l’éducation, maisaussi, quand le jeune a dérapé, dans un suivi intensif. « Il faut développer un véritable coaching ! Un accompagnement du jeune dans son milieu de vie afin derestaurer la confiance de soi autant que de lui permettre de réparer les préjudices dont il s’est rendu coupable ». L’Inter-Fédérations ne dit pas autre choseet conclut par une interrogation fondamentale : « Le déséquilibre en faveur d’une politique sécuritaire a fait la preuve de son inefficience. À quand unedécennie d’investissement massif en faveur de la prévention, du lien social, du logement, de l’école ? »

1. Les statistiques ont été présentées le 17 avril dernier. Elles sont en ligne sur le site : http://www.oejaj.cfwb.be. Voir aussi Alter Échos n° 250.
2. Cette Inter-Fédérations regroupe l’ensemble des fédérations représentant les services agréés de l’Aide à la jeunesse, soit plus de 350services.
3. Union francophone des magistrats de la jeunesse (UFMJ) : il y a tout juste un an, le 24 avril 2007, l’UFMJ avait publié un « Manifeste » cinglant « concernant lesenfants et les familles à l’égard desquels ils sont trop souvent mis dans l’impossibilité de prendre leurs responsabilités légales ».

aurore_dhaeyer

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