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Les jeunes dessinent "leur" Bruxelles

Comment les adolescents bruxellois s’approprient-ils l’espace urbain ? Est-ce qu’ils se parlent au delà de leurs différences ? Ont-ils des lieux de rencontre ?Autant de questions qui ont été décortiquées à travers une recherche-action menée auprès d’une trentaine de jeunes issus de quartiers populairesou huppés, âgés de 15 à 20 ans. Ils étaient invités à dessiner la « carte mentale » de leur ville. Détonant.

23-05-2008 Alter Échos n° 252

Comment les adolescents bruxellois s’approprient-ils l’espace urbain ? Est-ce qu’ils se parlent au delà de leurs différences ? Ont-ils des lieux de rencontre ?Autant de questions qui ont été décortiquées à travers une recherche-action menée auprès d’une trentaine de jeunes issus de quartiers populairesou huppés, âgés de 15 à 20 ans. Ils étaient invités à dessiner la « carte mentale » de leur ville. Détonant.

Ils ont le même âge, ils habitent la même ville, mais ont peu de chance de se rencontrer un jour. Pour cet ado d’Anderlecht, « sa » ville se limite aux quatrerues de son quartier. Ses points de repère : un carrefour, l’épicier du coin, son école, la gare, la maison d’un pote… Pour cette jeune fille deWoluwe-Saint-Lambert, sa ville suit la ligne de métro qui va de la station Kraainem au centre de Bruxelles, station De Brouckère, pour le « ciné ». Tout l’ouestet le nord de la ville lui échappent, mais sans doute, si elle avait pris quelques minutes de plus pour dessiner sa carte, aurait-elle pu ajouter la « Gare du Midi », pour «aller à Londres ou à Paris ». Dans cette métropole que l’on dit à taille humaine, ce Bruxelles métissé et multiculturel, ce « centre del’Europe », une rue peut séparer deux mondes. Des murs invisibles, des frontières insaisissables se dressent parfois dans la ville vécue ou fantasmée desadolescents bruxellois.

Il y a un peu plus d’un an, plusieurs associations bruxelloises1 se sont lancées dans une recherche-action ambitieuse, inspirée des travaux de l’urbanisteaméricain Kevin Lynch dans les années ’60. Le procédé était simple. Il s’agissait d’aller à la rencontre d’un jeune dans son quartier, del’interroger sur ses activités, son école, ses habitudes de déplacement dans la ville, les rencontres, sur la sécurité, son sentiment de bien-être ou demalaise en fonction des lieux fréquentés. Au terme de l’interview, l’adolescent était invité à représenter « sa » ville surune grande feuille blanche et d’y indiquer les points de repère de son choix. Ces « cartes mentales », réalisées à main levée et sans autresupport que celui de la mémoire, tracent la réalité quotidienne des jeunes de manière souvent très explicite.

« À Uccle, c’est pas mes copains »

« Si je dois vivre plus tard quelque part, je ne crois pas que ce sera à Bruxelles. J’ai des ambitions et j’ai envie de voir d’autres métropoles, Londrespeut-être ou New-York. Si je reste à Bruxelles, je n’aurai pas l’impression d’avoir évolué », raconte Philippe, de Woluwe. Pour sa part, Bilal ne sevoit pas quitter son quartier anderlechtois où il a toujours vécu et où il se sent libre. « Je voudrais toujours y vivre jusque quand je me marie. Alors, je vais partir. Ily a une mauvaise influence sur les enfants : il y a trop de vols et d’insultes. » Une fois marié, ses rêves le portent toujours à Anderlecht, « ducôté d’Érasme » ou dans la périphérie nord, à Vilvorde. Comme s’il était hors de question d’intégrer des quartiers dontl’étiquette socioculturelle est jugée trop différente de la sienne. Lorsque l’interviewer demande à Abdel, 17 ans, s’il pourrait quitterAnderlecht pour aller vivre à Uccle ou à Watermael-Boitsfort, il réplique : « Non, c’est flamand ! C’est pas mes copains, ils parlent flamand, je peux pasparler avec, moi ! ». Un autre dira qu’il se sent « intimidé » lorsqu’il va sur l’avenue Louise, considérée comme « trop chic».

Les chercheurs ont limité leur action à trois communes emblématiques : Anderlecht, Etterbeek et Woluwe-Saint-Lambert. Et quelque soit le quartier, on peut constater que lesstéréotypes ont la vie dure : pour la majorité des jeunes, aller « de l’autre côté » représente une mise en danger. On constate aussi queles jeunes d’Anderlecht dessinent des cartes mentales plus limitées à leur quartier que ceux d’Etterbeek ou de Woluwe-Saint-Lambert. L’une des explications tient auxactivités socioculturelles pratiquées par les jeunes et aux déplacements qui y sont liés. Ces activités étant, par définition, plusdéveloppées par les jeunes issus des quartiers favorisés. Mais il y aurait beaucoup d’autres aspects à décortiquer dans ces trente cartes mentales deBruxelles. Pour l’heure, le rapport de conclusion établi par les chercheurs n’est pas encore disponible. À suivre.

1. L’AMO Samarcande, SOS Jeunes, Inter-Environnement Bruxelles, la sociologue Julie Cailliez de l’ULB.

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