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Migrations

L’école de la jungle de Calais menacée de destruction

La préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio a annoncé ce vendredi vouloir démanteler la deuxième partie du camp de Calais avant le 1er mars. L’École laïque du chemin des dunes est sur le territoire visé. Réfugiés et bénévoles s’inquiètent et s’indignent.

17-02-2016
© Facebook Ecole laïque du chemin des dunes

La préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio a annoncé ce vendredi vouloir démanteler la deuxième partie du camp de Calais avant le 1er mars. L’École laïque du chemin des dunes est sur le territoire visé. Réfugiés et bénévoles s’inquiètent et s’indignent.

Depuis avril 2015, des milliers de réfugiés survivent dans un camp situé dans une zone marécageuse à 7 km de Calais, communément appelée la jungle de Calais. Avec l’aide d’associations et d’individus venus de France, mais aussi d’Angleterre ou de Belgique, les occupants ont tenté de faire de ce terrain isolé et insalubre un lieu de vie. C’est ainsi que sont apparus des restaurants, des petites épiceries, une mosquée, une église mais aussi une école. Une école a aussi vu le jour en juillet 2015. Sans reconnaissance ni aide des autorités françaises, elle fonctionnait grâce aux dons et à l’énergie des réfugiés et des bénévoles (lire notre reportage réalisé en novembre).

Au départ petite cabane, l’École laïque du chemin des dunes s’était  agrandie récemment, avec l’ouverture d’une classe pour enfants inaugurée le 6 février dernier. Une semaine plus tard, ce projet est menacé de disparaître. La préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, a annoncé vendredi dernier vouloir démanteler la deuxième partie du camp de Calais, où se situe l’école, avant le 1er mars. Fin janvier, une première partie du camp avait déjà été évacuée.

Entre 800 et 1.000 personnes, installées sur 7 hectares dans des tentes ou des cabanes, sont appelées à quitter le camp. Pour aller où ? Il leur est proposé de se rendre dans le centre d’accueil provisoire – 125 containers chauffés pouvant loger 1500 personnes- installé à proximité de la jungle ou dans un centre d’accueil et d’orientation ailleurs en France. Même si la préfecture a déclaré que l’école ne devrait pas être détruite, les bénévoles s’inquiètent.

Dans un communiqué publié ce 17 février, l’association Solidarité Laïque et tous les membres gravitant autour de cette école, déclarent :

« Une fois de plus, les réfugiés et les bénévoles sont pris en otage par une décision administrative arbitraire qui ne respecte pas les droits élémentaires des plus fragiles. Même s’il semble que, dans un premier temps, le site de l’École laïque du chemin des dunes sera épargné par les bulldozers, ce lieu symbolique risque la destruction au même titre que les lieux de culte et d’expression culturelle, pour faire ‘place nette’, comme ose l’affirmer Madame le Préfet du Pas-de- Calais ».

Pour eux, même si l’école est épargnée, d’autres problème se poseront. Comment les enfants pourront-ils participer s’ils ne vivent plus à proximité ? Quel est le sens d’une école au milieu d’un terrain de vague ?

Assurer l’éducation des enfants

Les signataires de ce communiqué de presse rappellent qu’il est du de voir de l’État de garantir à tout enfant de 6 a 16 ans, présent sur le sol français, l’accès à l’école, au collège ou au lycée.

« Dans l’hypothèse où l’École laïque du chemin des dunes serait détruite dans les prochaines semaines, les associations représentatives, toutes militantes de la paix, et de l’accès à l’éducation pour tous, seront en droit de considérer que l’État, sans avoir mis en œuvre de moyens effectifs de l’Éducation Nationale, prive volontairement et délibérément d’éducation plusieurs centaines d’enfants, d’adolescents et d’adultes présents sur le territoire français. L’État devra alors assumer pleinement les conséquences de son geste. »

Le ministère de l’Éducation a promis des moyens pour scolariser quelques dizaines d’enfants au centre d’accueil de jour Jules Ferry, situé en bordure de camp. Les bénévoles en doutent. Solidarité Laïque exige une « mise en place urgente de solutions d’accueil adaptées aux besoins des familles et conformes aux normes internationales, d’un recensement effectif et d’une prise en charge de tous les mineurs isolés, avant la destruction du camp afin d’éviter leur dispersion, d’une scolarisation par les services de l’Éducation Nationale, de tous les enfants présents sur le camp, grâce à des enseignants spécialisés dans l’accueil de ces populations. » Une réunion est par ailleurs prévue ce jeudi matin avec la préfecture et l’association. 

La maison bleue sur la colline, autre symbole fort de la jungle menacé

©M.L
©M.L

On ne pouvait pas rater cette case bleue construite par Alpha sur une dune du camp. Elle risque elle aussi de disparaître. Tableaux, dessins, sculptures et installations entouraient cette petite cabane devenue un centre d’art. En décembre dernier, un parcours d’artistes avait été organisé dans la jungle par une trentaine d’artistes dont Corine Pagny à qui l’on doit ce portait Alpha/Basquiat.

 

Manon Legrand

Manon Legrand

Coordinatrice Alter Échos, journaliste (social, logement, environnement)

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