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Le travail social a, trop souvent, mauvais genre

Le genre de la personne a-t-il un impact sur son travail ? La question était au cœur d’un colloque le 26 septembre dernier. Si la problématique commence àémerger aujourd’hui, elle est encore loin d’être travaillée dans les pratiques et intégrée dans les formations initiales.

10-10-2008 Alter Échos n° 260

Le genre de la personne a-t-il un impact sur son travail ? La question était au cœur d’un colloque le 26 septembre dernier. Si la problématique commence àémerger aujourd’hui, elle est encore loin d’être travaillée dans les pratiques et intégrée dans les formations initiales.

La question avait d’abord fait l’objet d’une recherche, menée en 2005-2006 par des enseignantes, des formatrices et des étudiant(e)s en travail social de la Hauteécole Charleroi Europe. Base de leur recherche : 140 récits de travailleurs sociaux et de travailleuses sociales ayant vécu une expérience d’intervention «durant laquelle l’impact genre avait été clairement ressenti »1. Abordés lors d’un congrès en 2007, les enseignements de cette rechercheétaient tout entiers au centre de la journée d’étude du 26 septembre dernier, à l’initiative des revues Travailler le social et Chroniqueféministe ainsi que de la nouvelle Association belge des formateurs et des professionnels francophones de l’intervention sociale (ABFPFIS2).

Si la finalité du travail social est bien la lutte contre les inégalités, alors s’interroger sur la sexuation des rôles au sein même du travail socialrevêt une importance capitale afin d’éviter de reproduire les inégalités entre hommes et femmes à travers l’intervention sociale, a rappeléFrédérique Bribosia, formatrice et co-auteure de la recherche.

En matière d’insertion socioprofessionnelle, par exemple, les femmes et les femmes immigrées en particulier, seront très volontiers orientées vers lesmétiers de soin aux personnes « parce que c’est dans leur nature » ou que « dans leur culture, la famille, ça a encore beaucoup de sens ». S’il peuts’agir de véritables choix, il importe néanmoins que les travailleuses sociales aient une connaissance critique des mécanismes qui maintiennentl’inégalité entre hommes et femmes afin de les déjouer ou, à tout le moins, d’éviter de tomber dans le piège de la « norme ».

Formation : peu perméable au genre

Problème majeur : la formation initiale des travailleuses sociales intègre peu cette problématique. Alors même que 80 % des étudiants en travail social sont desétudiantes et que la plupart des équipes professionnelles sont fémininement homogènes, le discours sur la neutralité des interventions reste la norme. Un constatrenforcé par la situation de la formation continuée. Une étude, menée en 2005 par les Femmes prévoyantes socialistes (FPS) et leur pendant flamand (SVV-Viva), aétabli que toutes les formations existantes en matière de lutte contre la violence faite aux femmes ont lieu en dehors du cursus d’études et se font toujours sur unebase volontaire, a rappelé Françoise Goffinet, attachée auprès de l’Institut fédéral pour l’égalité des femmes et des hommes(IFEFH). Selon la même étude, les travailleurs sociaux des CPAS seraient les derniers à participer à ce type de formation. Est-ce un effet de genre ou celui du surmenagequi pèse sur cette institution ? De manière générale, les modalités d’accès au congé éducation payé sont mises en question : sesbénéficiaires seraient actuellement à 80 % des hommes !

Parmi les recommandations formulées lors du colloque, dans le travail social lui-même, Frédérique Bribosia a plaidé pour la création d’espaces desupervision qui permettent de démasquer les « stratégies silencieuses » de reproduction des stéréotypes sexistes.

En matière de formation initiale, Marie-Thérèse Coenen, présidente de l’Université des femmes, propose que la dimension de genre soit intégrée dansle programme, les analyses et travaux du tout nouveau master en ingénierie sociale initié conjointement, cette année, par la Haute école de Namur et celle deCharleroi Europe. Pour favoriser l’accès à la formation continuée, elle revendique également le relèvement du nombre de crédit d’heures dontpeuvent bénéficier les travailleurs sociaux.

1. La méthodologie et les enseignements de cette recherche sont présentés et discutés dans « Genre et travail social », sous la direction deMarie-Thérèse Coenen, Travailler le social & Chronique féministe, 2008 – 15 euros – info@universitedesfemmes.be / trav.soc@skynet.be
Lire la table des matières sur : www.universitedesfemmes.be
2. Renseignements : Aïcha Belghiti, rue du Méridien 10 à 1210 Bruxelles – tél. : 02 229 38 25 – courriel : info@universitefdesfemmes.be

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