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Le temps de l’antiracisme politique

La mobilisation contre les violences policières et racistes a repris de la vigueur ces derniers mois, faisant jaillir des clivages dans les discours et les modalités d’action. Aux côtés d’un antiracisme historique, porté par des organismes institutionnels et des associations, émerge une parole militante qui revendique la prise en compte de son vécu et son expérience du racisme.

© Julie Joseph

D’un côté, nous sommes en présence d’un antiracisme dit « universaliste », porté par des structures institutionnelles notamment, dont l’approche est axée autour de la défense des droits humains et la lutte contre les discriminations à l’aide de l’outil juridique ; de l’autre, un antiracisme politique composé de militants, de collectifs, dont le champ lexical de lutte compte des mots comme blanchité, privilège blanc ou encore personnes racisées, remettant au goût du jour le mot race qu’on pensait depuis longtemps mis au placard et remplacé par celui de culture.

Cette « nouvelle » génération de militants – ou plutôt, ces voix, jeunes et moins jeunes, bien décidées à se faire enfin entendre – qui luttent contre les violences policières, la fin des blackfaces, pour le déboulonnage des statues coloniales ou la restitution culturelle, pose question, et même irrite le camp d’à côté, qui craint les dévoiements de l’universalisme et des valeurs chères aux droits humains comme l’égalité, au profit d’une affirmation différentialiste, que certains de nos voisins français – car la polarité s’y exprime bien plus fort – qualifieront carrément de dérive identitaire.

Ces deux courants – nourris chacun de nuances et de débats – partagent les pavés. Moins les lieux de pouvoir et de décision. S’entendent sur des définitions. Mais s’entrechoquent sur les modalités d’action. Comment trouver un horizon commun de lutte ? Faut-il réinventer l’antiracisme ? Pour tenter d’y voir plus clair, nous avons réuni deux figures de l’antiracisme. Véronique Clette-Gakuba et Patrick Charlier. Deux ancrages disciplinaires distincts – elle est chercheuse en sociologie (au centre Metices, ULB), il est juriste et a travaillé plusieurs années à la Ligue des droits humains. Des terrains de lutte de chaque bord. Institutionnel pour le premier, Patrick Charlier dirige Unia depuis 2016. Véronique Clette-Gakuba s’inscrit, elle, dans l’antiracisme politique, et milite sur le terrain de la pensée décoloniale.

Alter Échos : Quelle est votre définition du racisme aujourd’hui ?

Véronique Clette-Gakuba : Le racisme est un système d’oppression qui traverse les sociétés, dans toutes ses sphères d’activité, qui l’organise structurellement, basé sur l’idéologie d’une hiérarchie raciale. Le racisme puise son origine dans les conquêtes impériales et coloniales. Cette hiérarchie raciale place le groupe blanc au sommet de la hiérarchie et les autres groupes « non blancs » sur un niveau inférieur, et cela sur plusieurs plans : culturel, symbolique, social, politique. Cette idéologie organise le rapport des groupes sociaux aux institutions, les institutions entre elles – au même titre que d’autres rapports clivants comme le genre – et finit aussi par imprégner le rapport des groupes entre eux, car le racisme imprègne les corps et le psychisme, les sphères intimes et institutionnelles. C’est pourquoi la lutte contre le racisme requiert un travail de déconstruction transversal sur la façon dont la race organise la société. Aucune dimension de la vie n’échappe à ce système.

Patrick Charlier : Je me retrouve dans cette définition du racisme. C’est sur les modalités d’action que des divergences apparaissent. Le racisme, rapport de domination qui s’inscrit dans une longue histoire, est un terme polysémique. Il y a aussi une définition juridique du racisme, présente dans la loi Moureaux (loi contre le racisme et la xénophobie, 1981, NDLR). Le racisme tel qu’il apparaît dans la loi ne sanctionne pas l’ensemble du racisme, mais certains comportements liés à des critères : nationalité, origine, ascendance, couleur de peau et prétendue race. Il y a donc dans la définition juridique une réduction, mais elle reste essentielle, car l’outil juridique ne peut pas être négligé. Les types de comportements sanctionnés par la loi sont de trois natures : la discrimination individuelle ou collective – avec une approche plus individuelle que collective, l’un des enjeux pour l’avenir est d’ailleurs de réfléchir à comment activer la législation pour débusquer des discriminations structurelles – comme le refus d’un logement à quelqu’un parce qu’il est noir, le refus de l’inscription à l’école d’un enfant issu d’une famille de gens du voyage, l’incitation à la haine, les actes de haine. On peut aussi avoir une approche du racisme et de l’intolérance en termes de psychologie sociale. Dans la nature humaine, qui que l’on soit, nous avons des représentations stéréotypées, qui peuvent se transformer en préjugés, qui peuvent se transformer en actes. Cette définition ne recouvre que pour partie l’approche sociohistorique du racisme, mais elle n’en est pas moins importante. Enfin, il y a une définition historique du racisme, avec le développement de la théorie des races. Le racisme a une caution scientifique et universitaire, nous en sommes héritiers, et il y a un travail de décentration à faire.

« Le racisme tel qu’il apparaît dans la loi ne sanctionne pas l’ensemble du racisme, mais certains comportements liés à des critères : nationalité, origine, ascendance, couleur de peau et prétendue race. Il y a donc dans la définition juridique une réduction, mais elle reste essentielle, car l’outil juridique ne peut pas être négligé. » Patrick Charlier

AÉ : Peut-on parler de l’existence d’un racisme structurel en Belgique aujourd’hui ?

PC : Nous reconnaissons la dimension structurelle et systémique du racisme dans toute une série d’études, de recherches et de publications, que ce soient les baromètres de diversité, les monitorings socio-économiques, la recherche-action faite avec l’Institut national de criminalistique et de criminologie sur la sélectivité policière abusive ou lors de nos formations avec la police. On établit qu’il y a une dimension systémique, structurelle des discriminations qui sont à l’œuvre, où les groupes minoritaires et/ou minorisés sont systématiquement placés dans une position défavorable. Selon moi, la question du caractère structurel et systémique est au cœur d’un enjeu idéologique. Nous la portons, et nous voyons qu’il y a – surtout en Flandre, mais du côté francophone également – une contestation fondamentale de cette réalité-là. Un parti comme la N-VA – mais aussi des membres du MR – acceptera de reconnaître le caractère incidentel d’un événement lié au racisme – comme une bavure policière – mais refusera de reconnaître le caractère structurel des dynamiques qui sont en cours, estimant que notre société offre toutes les opportunités et que l’échec est une responsabilité individuelle (on se rappelle les mots de Bart De Wever en 2015 sur le plateau de la VRT : « […] Il faut que tout le monde fasse un effort, notamment pour chercher du travail. Or, certains utilisent l’argument du racisme pour justifier des échecs personnels et espérer que tout soit pardonné. Cela ne va pas ! », NDLR). Le parti flamand met d’ailleurs en avant des personnalités issues des minorités qui évoquent leur parcours individuel et utilisent ces ressorts de mérite et de réussite. Le travail que nous avons à faire ensemble est de pouvoir démontrer le caractère structurel du racisme, vis-à-vis des employeurs, des écoles, des fédérations de propriétaires pour démonter l’idée que tout le monde est sur un pied d’égalité.

VG-C : Je n’ai pas encore compris la définition du racisme structurel d’Unia, si ce n’est que vous reconnaissez que des personnes qui ont de l’autorité adoptent un comportement raciste. J’ai donc l’impression que votre définition est réduite à la reconnaissance du fait que ce comportement se place dans un rapport de pouvoir entre les victimes et ceux qui sont à des postes d’autorité. Or, dans l’antiracisme politique, on n’est pas dans la question de l’intention. Selon notre approche, il existe des tas de dispositifs qui prédisposent au comportement raciste, qui activent les acteurs. Ces dispositifs sont inscrits dans la constitution de nos États – ce ne sont pas des résurgences d’un système du passé présentes dans des groupes isolés –, je pense aux frontières, aux cartes d’identité. On peut aussi évoquer, plus globalement, la coopération au développement ou les politiques d’ajustement structurel. Les comportements s’adossent à des dispositifs. Il ne faut donc pas rester dans l’analyse des comportements individuels, mais bien analyser les agencements entre dispositifs, lutter contre les « équipements du pouvoir », comme les nommait Michel Foucault, et les démanteler. C’est ce qui se passe aux États-Unis (les autorités de Minneapolis ont annoncé le démantèlement de la police deux semaines après la mort de George Floyd, NDLR). Dans le cas des violences policières, tous les partis confondus – et pas seulement la N-VA – vont attendre l’avis du système judiciaire pour se prononcer. Même s’ils dénoncent le comportement d’un policier, ils ne vont donc jamais démembrer un système puisqu’ils pensent isolément système policier et système judiciaire, un système qui serait forcément juste.

« Dans l’antiracisme politique, on n’est pas dans la question de l’intention. Selon notre approche, il existe des tas de dispositifs qui prédisposent au comportement raciste, qui activent les acteurs. » Véronique Clette-Gokuba

AÉ : Dénoncez-vous l’existence d’un racisme d’État ?

VG-C : Quand on voit le racisme policier à l’œuvre en Belgique, quand on voit les façons dont le système judiciaire blanchit les actes policiers, prononce des non-lieux, il me semble qu’il devient très difficile pour les acteurs politiques institutionnels de rester campés sur la position de l’inexistence d’un racisme d’État en Europe. Les militants qui luttent contre la violence policière, tels que Bruxelles Panthères, dénoncent depuis longtemps les collusions police-justice. On se rend compte de l’impunité travaillée dès le premier moment où le crime a lieu. C’est grâce à la pression des mouvements, les contre-expertises des familles qu’on requalifie le crime.

PC : Je m’interroge sur l’utilisation du terme racisme d’État qui induit l’idée qu’il existe une sorte de concertation volontaire des organes étatiques pour perpétuer le racisme et les discriminations raciales, et ça, je ne le crois pas. Si l’on parle de racisme d’État comme étant un système organisé qui structurellement et systémiquement reproduit les inégalités, je suis d’accord. Si on laisse entendre qu’il y a une volonté intentionnelle de perpétuer ce système, je n’y crois pas. C’est pourquoi le terme est selon moi ambigu. Il y a certes un refus dans les instances étatiques de voir, d’entendre et de vouloir changer les choses, mais il ne s’agit pas d’une organisation. Sur la question de la police, je souscris à l’analyse de Véronique Clette, les collusions police-justice, le refus d’investiguer aussi. C’est pour cela que nous nous appuyons, dans ces dossiers, sur une jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme qui vient dire que, quand une personne issue d’une minorité se plaint, il y a obligation pour l’autorité judiciaire d’examiner le mobile raciste ou discriminatoire.

AÉ : Véronique Clette-Gakuba, vous avez signé une carte blanche qui déplorait qu’Unia se soit porté partie civile au procès d’un homme qui avait insulté des policiers de « sale Blanc » (« Unia, un anti-racisme d’État qui pose problème », Le Vif, 21 novembre 2019). Le racisme anti-blanc, c’est l’un de vos gros points de désaccord. Expliquez-nous.

VG-C : Cette affaire montre le caractère limitatif et dysfonctionnel du cadre légal. La loi ne contient pas dans son cadre d’analyse une dimension historique, ce qui cause des problèmes. Les institutions ont tendance à vouloir appliquer le même traitement de façon identique à tous les individus, à tous les groupes, quelle que soit leur appartenance. La loi ne tient pas compte des différences de modes d’existence qui se sont fabriquées au cours de l’histoire. Cela induit l’idée d’un racisme immanent, qui concerne n’importe quel groupe et touche n’importe quel groupe. Il se produit par ce biais des confusions énormes d’interprétation entre une parole foncièrement raciste et une réaction à cette parole, entre un comportement de rejet et un comportement qui résiste. La notion de racisme anti-blanc est hors contexte. C’est traiter la colère et éventuellement la haine qui émanent et vont à l’encontre du système raciste comme on traite le racisme lui-même. Cette « neutralité » est problématique. On peut aller plus loin : non seulement on considère que tous les groupes sont équivalents, mais, en plus, on a des Blancs à la tête des institutions qui s’occupent de l’antiracisme. Des personnes donc, sans expérience vécue de ce qu’est le racisme, et qui fatalement sont dans des rapports de domination avec des groupes que leurs institutions sont censées protéger.

PC : Dans notre service de traitement individuel, je reconnais que nous avons un tropisme qui est l’analyse légale. Je suis assez lucide pour me rendre compte de cette réalité. Mais, dans le même temps, depuis le début de l’année, nous avons déjà reçu 7.000 signalements. Nous sommes contraints d’avoir des filtres. On a, au cours des dix dernières années, 120 condamnations pour racisme. Une affaire sur les 120 a concerné une personne blanche…

« Le blackface, c’est le corps noir qui est pris en possession, approprié, comme le sont les ressources des pays colonisés, par des acteurs dominants. C’est donc bien un rapport de pouvoir qui se joue là. » Véronique Clette-Gakuba

AÉ : Des concepts comme « blanchité », « privilège blanc », font partie du champ lexical des militants décoloniaux… Ils crispent une partie du mouvement antiraciste et une frange de la société. Pourquoi sont-ils importants ?

VG-C : Ils rendent visible la dimension libidinale du racisme. Ce concept de Norman Ajari (docteur en philosophie spécialiste de Frantz Fanon. Par « racisme libidinal », il veut signifier que le problème du racisme – aux États-Unis – n’est pas un problème de justice sociale, mais relève d’un imaginaire malade, NDLR) permet de ne pas rester coincé dans la sphère du discours explicite, mais de mettre en lumière la dimension existentielle très forte du racisme, les complicités indicibles et pas toujours conscientes entre personnes blanches au pouvoir, les rapports de pouvoir racialisés ancrés dans les corps. Les systèmes de distinction sociale, de préférence culturelle, de privilège matériel reposent sur ce type de racisme là, libidinal, c’est pourquoi il convient bien de parler de blancheur. C’est cette blancheur en tant que système de valeurs dominant qui irrémédiablement – pour des raisons aussi bien économiques qu’existentielles et libidinales – se présente en tant qu’obstacle devant les personnes noires. Et je parle ici de personnes « noires ». Les populations noires ont subi une telle déshumanisation, ou, pour le dire autrement, les valeurs humanistes du progrès se sont construites avec l’idée de blancheur, en opposition à la noirceur, qu’elles semblent ne pas pouvoir faire partie des sphères décisives du politique.

PC : Est-ce qu’on ne constate pas le même genre de phénomène d’alliances non dites, de représentations inconscientes, si l’on parle de statut économique ? Le discours que j’entends là, je l’entends aussi auprès d’associations comme ATD Quart-Monde… Quelle vision et quel regard notre société et ceux qui occupent des fonctions de pouvoir portent-ils aux personnes en situation de pauvreté ? Notre société s’organise sur une norme majoritaire, prise pour évidente, mais elle ne l’est pas. Des représentations stéréotypées sur la base du genre, du statut socio-économique, de l’origine vont – et souvent de façon inconsciente – influer sur des décisions, comme, si l’on prend l’exemple de l’enseignement, le renvoi d’élèves vers des filières moins valorisées… N’est-on pas d’accord là-dessus ?

VG-C : Comparer, c’est risquer d’assimiler. Et en assimilant, on fait toujours comme si la race n’existait pas. Cet « effacement racial », s’illustre dans la question du « blackface » notamment (le fait de se grimer le visage en noir, NDLR). Lorsque le blackface est minimisé, c’est toute la question des rapports raciaux de pouvoir entre les groupes qui est ignorée. La race n’est pas un stéréotype. En tant que construction sociale, la race est inscrite dans l’épiderme (Frantz Fanon parle d’épidermisation). Le blackface, c’est le corps noir qui est pris en possession, approprié, comme le sont les ressources des pays colonisés, par des acteurs dominants. C’est donc bien un rapport de pouvoir qui se joue là.

« Si l’on parle de racisme d’État comme étant un système organisé qui structurellement et systémiquement reproduit les inégalités, je suis d’accord. Si on laisse entendre qu’il y a une volonté intentionnelle de perpétuer ce système, je n’y crois pas. » Patrick Charlier

AÉ : Comment réconcilier, si c’est possible, approche universaliste et approche depuis la différence ?

VG-C : Je pense qu’il faut donc sortir d’un universalisme abstrait et aller vers un universalisme qui signifierait autre chose que la dimension commune de l’expérience commune, mais plutôt qui accepte les différences essentielles, radicales entre les groupes ! Mais il ne faut pas abandonner l’enjeu de l’universalisme – et de la solidarité –, car on fait partie d’une histoire monde.

PC : D’un point de vue plus généraliste – c’est l’approche d’Unia -, il faut s’inspirer et faire des liens entre les différents enjeux sociétaux que nous traitons. Cela ne veut pas dire faire des analogies, encore moins des oppositions. Je viens de lire un mémoire sur l’éducation à la vie affective et sexuelle dans une institution pour personnes handicapées mentales pour personnes de couleur. L’approche intersectionnelle nous permet de voir que leur handicap est pris en compte, et non leur couleur de peau. D’où l’importance de croiser blancheur et normativité.

L’antiracisme généraliste ne travaille pas pour les groupes – pour les victimes –, mais pour la paix sociale. Mais c’est une paix sociale se croyant menacée par la parole des victimes.

AÉ : Tout le monde peut-il parler de racisme ?

PC : Je ne peux pas parler d’un vécu de discrimination raciale, évidemment. Mais je travaille dans ce secteur depuis des années, ce qui représente des milliers de dossiers. J’ai donc une certaine connaissance de la réalité de ce que les gens vivent en termes de racisme à travers les accompagnements, les formations, les réflexions. Et cela se traduit en outils – comme les tests de situation – pour démontrer des situations d’exclusion, de marginalisation. Je ne veux pas prendre la place de quelqu’un d’autre, je crois que les approches – universaliste et particulariste, généraliste et différentialiste – peuvent coexister. De plus, le débat que nous avons ici, nous l’avons aussi en interne bien sûr.

VG-C : L’antiracisme politique est lancé et porté par les personnes victimes de racisme, il existe à travers la résistance des groupes opprimés qui veulent comprendre leur condition. On assiste aujourd’hui – on le voit avec Black Live Matters – à l’émancipation de la lutte des personnes victimes du racisme, longtemps silenciés. L’antiracisme généraliste ne travaille pas pour les groupes – pour les victimes –, mais pour la paix sociale. Mais c’est une paix sociale se croyant menacée par la parole des victimes. C’est pourquoi certains de ces groupes sont disqualifiés – et je ne parle pas ici d’Unia – ou diabolisés en tant qu’extrémistes ou communautaristes là où en réalité ceux-ci développent un antiracisme répondant à la question de ce que le racisme a fait spécifiquement à la condition noire (maghrébine, indigène, etc.). En tant que victime du racisme, on a droit à la parole publique quand on s’est éloigné des particularismes, quand on a rejoint cette approche de neutralité. Et lorsque cet antiracisme politique est invité par les institutions de l’antiracisme à venir s’exprimer, il n’a pas le choix que d’y occuper une place subalterne puisque, de facto, l’approche généraliste est imposée. Cela empêche toute possibilité de conflit de nature politique qui pourrait bouleverser ou secouer le fonctionnement d’une institution. Cela empêche, par exemple, d’imaginer que ce soit une personne noire qui dirige Unia à partir des spécificités de son groupe et qu’à partir de là se fassent des liens avec les autres conditions. Ça permettrait en profondeur de transformer les rouages d’une institution !

PC : On renouvelle notre conseil d’administration, lieu de débat et de gouvernance. Nous avons insisté auprès des six parlements pour qu’il y ait un appel public – afin que ce soit ouvert à toute personne. Le parlement flamand refuse pour le moment et le Vlaams Belang exige de pouvoir choisir quelqu’un, ce qui serait très problématique pour nous. Mais cet appel public montre qu’il y a une parcelle d’un lieu de gouvernance à occuper. Un lieu de débat.

 

 

 

Manon Legrand

Manon Legrand

Coordinatrice Alter Échos, journaliste (social, logement, environnement)

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