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Regard critique · Justice sociale

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« Le retour à l’emploi dépend-il de la durée de chômage ? »

18-01-1999 Alter Échos n° 44

On a coutume de penser que plus la durée de sa période de chômage se prolonge, moins un chômeur a de chances d’en sortir.
Il n’en reste pas moins que ce constat s’inverse lorsqu’on parle de sous-groupes de chômeurs. C’est ce que montre une étude de l’IRES (UCL) 1 présentée lors du 13èmeCongrès des économistes belges de langue française, les 26 et 27 novembre à Charleroi.
Pour Muriel Dejemeppe 2, chercheuse en économie, l’explication classique qui veut que la durée du chômage entraîne démotivation, déqualification, etc. dudemandeur d’emploi, et donc diminution des sorites du chômage avec le temps, peut être remplacée par une autre manière de comprendre les choses. On peut diviser lapopulation des personnes qui entrent au chômage en deux : les plus fragiles et les moins fragiles, notamment du fait de leurs qualifications. Il s’agit donc de groupes moinshétérogènes que celui constitué par l’ensemble des chômeurs. On observera que le groupe le plus favorisé sortira relativement vite du chômage et lesecond beaucoup plus difficilement. La courbe classique des sorties du chômage se subdivise donc en deux courbes dont, comparativement, l’une décroît très fort audébut et l’autre est relativement plate.
Cette différence indique en fait une autre explication. Les désavantages sont acquis à l’entrée au chômage plutôt qu’induits par la prolongation de celui-ci.Le chômage a une fonction de tri entre des chômeurs à caractéristiques très inégales.
Cette hypothèse a été testée sur les statistiques réelles pour montrer que ces effets supposés de la durée du chômage sont bien une illusionstatistique. Ainsi, en Wallonie, pendant le premier trimestre de chômage, la probabilité de sortie du premier groupe est de 85 %, celle du second de 5 %. Tous les chômeurs ne sesituent pas au même point de départ… Le taux de sortie du second groupe, le plus défavorisé, a même tendance à augmenter légèrement avec letemps jusqu’autour de 10 %.
Ce type d’argument amène à plaider pour des mesures d’insertion (formations qualifiantes, alternance, etc.) qui s’appliquent à des chômeurs vulnérables,identifiés dès leur entrée au chômage, ainsi qu’à des mesures d’allègement des coûts du travail peu qualifié, plutôt que pour des mesuresd’emploi dont le bénéfice pour les publics cibles est conditionné à une certaine durée de chômage (particulièrement les subventions temporairesd’emplois sans contenu de formation).
1 «La conception des politiques en faveur de l’emploi. L’importance d’un diagnostic des causes du chômage structurel», Muriel Dejemeppe et B. Cockx in : «Wallonie et Bruxelles : évolutions et perspectives. Commission 4, Rapport préparatoire. Portrait socio-économique de la Belgique», 13ème CEBLF, 1998, pp.177-201 : c/o CIFOP, av.Général Michel 1b à 6000 Charleroi, tél. : 071/31 46 10, fax : 071/32 86 76.
2 Institut de recherches économiques et sociales, pl. Montesquieu 3 à 1348 Louvain-la-Neuve, tél. : 010/47 41 00, fax : 010/47 39 45, e-mail : dejemeppe@ires.ucl.ac.be

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