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Logement

Le logement social génère-t-il des psychoses ?

Il y a de plus en plus de problèmes de santé mentale dans le logement social. Un défi pour Smes-B.

06-02-2011 Alter Échos n° 309

Confronté à l’augmentation de la précarité sociale et des troubles psychiques dans les logements sociaux, le Smes-B (Santé mentale et exclusion sociale -Belgique)1 a initié fin 2009 un projet “Logements sociaux”, en collaboration étroite avec le SASLS (Accompagnement social des locataires sociaux de la Région deBruxelles-Capitale)2.

Qu’est-ce qui est de l’intrusion ou pas  ? Que puis-je faire quand il n’y a pas de demande  ? Comment réagir face au délire  ? Comment amener une personne à allerchez un psychiatre  ? Comment évaluer la dangerosité ou non d’une situation  ? Les travailleurs sociaux qui travaillent dans les logements sociaux bruxellois se sentent souventdémunis face aux locataires atteints de troubles psychiques.

« On dit que les problématiques de santé mentale augmentent, nous dit Séverine Galoppin, assistante sociale au SASLS et détachée à mi-tempsà la Cellule d’Appui du Smes-B. Elles sont surtout liées à la solitude des locataires. » Or ces troubles psychiques peuvent créer des problèmes devoisinage voire la perte du logement.

De son côté, le Smes-B se voyait de plus en plus souvent confronté aux questions et demandes d’intervention de travailleurs sociaux de ce secteur bien spécifique.D’où la naissance, en novembre 2009, d’un projet de partenariat entre le SASLS et le Smes-B  : en développant ses activités et en intégrant parmi ses travailleurs uneassistante sociale issue des logements sociaux, la Cellule d’appui du Smes-B soutient les intervenants sociaux en proie à des difficultés avec des locataires qui souffrent de troublespsychiques.

« Parfois, le rôle des professionnels du Smes-B est de faire un diagnostic, d’évaluer la dangerosité de la situation ou encore de préparer un suivi ou unethérapie », explique Sébastien Alexandre, coordinateur du Smes-B. Mais le but est surtout d’aider à reconstruire une relation entre la personne et les professionnelsdu social et de la santé mentale. « Ce projet rentre tout à fait dans la philosophie générale du Smes-B, ajoute-t-il. L’objectif du Smes-B est d’être unappui, mais de ne pas remplacer le réseau de professionnels qui existe déjà. »

En 2010, la cellule a répondu à une cinquantaine de demandes de soutien, dont treize interventions « sur place ». « La plupart des situations pourlesquelles on nous contacte sont des problèmes de psychose, de personnes délirantes. Ce sont des situations qui font un peu peur aux assistants sociaux », expliqueSéverine Galoppin. L’envoi aux travailleurs d’une newsletter d’information mensuelle et l’organisation de formations leur apportent aussi des réponses concrètes sur des questionscomme : qu’est-ce que la psychose  ? Comment travailler avec quelqu’un qui a des problèmes d’alcool  ? avec quelqu’un qui est agressif  ?

Une évaluation positive, un avenir précaire

Après une grosse année de travail, les responsables du projet font le point. Les demandes d’intervention sont croissantes et de plus en plus de sociétés de logementfont appel à la Cellule. « Les assistants sociaux ont l’impression d’apprendre quelque chose, comment réagir dans tel type de situation, comment faire le lien avec cespersonnes. Et ce qu’elles apprennent dans un cas, elles peuvent le réutiliser dans un autre. Ces professionnels font beaucoup pour les locataires, la force de la Cellule, c’est aussi devaloriser leur travail et leur redonner confiance », analyse Séverine Galoppin.

Un bémol toutefois  : la difficulté pour certains travailleurs sur le terrain de joindre la Cellule d’Appui dans une situation d’urgence et les délais d’attente dequelques jours avant une intervention. « Mais le fait que la Cellule ne soit pas atteignable à tout moment permet aussi de poser les choses, de relativiser, tempèreSébastien Alexandre. Par téléphone, on essaye aussi de poser certaines questions concrètes  : comment est le logement  ? Le loyer est-il payé  ? Desquestions qui permettent à l’assistant social de voir qu’il y a des choses qui vont bien. » En effet, parfois l’urgence est vécue par l’assistant social, poussé parles voisins ou le directeur du logement, mais elle n’en est pas une pour le bénéficiaire lui-même. « La Cellule intervient comme tiers car l’assistant social est entension entre les différents interlocuteurs. »

Ce projet, en phase de consolidation, a été mené jusqu’ici sur fonds propres. Le Smes-B est aujourd’hui en recherche de financements pour pouvoir le poursuivre.

1. Cellule d’Appui du Smes-B :
– adresse : rue rempart des Moines, 78 à 1000 Bruxelles
– tél.  : 02 502 69 49
– fax  : 02 502 10 75
– site  : www.smes.be
2. SASLS (Accompagnement social des locataires sociaux de la Région de Bruxelles- Capitale), Crystal Palace
– adresse : rue de la Borne, 14 à 1080 Bruxelles
– tél.  : 02 502 88 15
– fax  : 02 502 39 26

Marinette Mormont

Marinette Mormont

Coordinatrice web, contact freelances, journaliste (social, santé, logement).

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