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L’ascension de l’Evras

En 2012, on annonçait la généralisation de l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle à l’école. Premiers bilans.

En 2012, on annonçait la généralisation de l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle à l’école. Premiers bilans.

Depuis le 12 juillet 2012, l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (Evras) est une mission de l’école. Les effets de la modification du décret « mission », associée à la publication d’une circulaire sur ce thème, ne se sont pas fait attendre. « Cela a eu un effet sur les écoles, on nous appelle déjà beaucoup plus », et ce, « tous réseaux confondus », affirme Catherine Vanesse, de la Fédération laïque des centres de planning familial.

Les écoles peuvent faire appel à des plannings familiaux pour aborder l’Evras, même si elles peuvent aussi s’appuyer sur leurs ressources internes, comme les centres psycho-médico-sociaux.

L’idée de ces changements législatifs était bien de généraliser l’Evras, de la rendre obligatoire. Impossible de savoir si les écoles jouent le jeu massivement. L’administration ne dispose pas encore de chiffres, la réforme étant encore trop récente. « En 2012, il s’agissait d’une décision politique, explique Guy Larquet, du service inspection de la direction générale de l’Enseignement obligatoire. Il faudra un peu de temps pour que ça se concrétise sur le terrain. »

Car l’ambition n’est pas seulement de saupoudrer quelques heures d’Evras par-ci par-là. « L’objectif est d’éviter les “one-shots” et d’inscrire l’Evras dans une démarche globale. On veut pousser les équipes à s’asseoir autour d’une table et se concerter pour construire le projet », précise Isabelle Polain, de la DGEO, qui contribua à rédiger la circulaire Evras.

De belles ambitions, certes. Mais les écoles ont les coudées franches, car les textes légaux ne stipulent pas vraiment de quelle manière intégrer l’Evras dans la « démarche globale » de l’établissement. « Les écoles ont une réelle liberté », concède Isabelle Poulain. D’ailleurs, elles ne sont pas encore contrôlées et encore moins sanctionnées en cas de manquement à cette nouvelle mission.

Besoin d’une implication de l’équipe éducative

Le succès d’une animation d’Evras dépend évidemment de l’implication de l’équipe éducative. « Sans une bonne préparation, renchérit Catherine Vanesse, cela crée une gêne, une tension, y compris chez les adultes et les enseignants. »

Plutôt que de petites infos éparses, Elise Willame, du planning Josaphat, à Schaerbeek, préfère la mise en place, par des écoles, de « cellules Evras », réunissant le personnel de l’école, la direction, le PMS et des acteurs associatifs autour d’un projet commun de prévention.

Parler de sexualité à l’école n’est toujours pas évident. Et les changements dans le décret mission ne modifieront pas cet état de fait en un tour de main. Certaines directions se font intrusives. « Il arrive que des écoles veulent s’immiscer dans le contenu. Les directions pensent que les élèves sont trop jeunes. Il existe une peur que l’on éveille des questions qui pourraient être mal vécues par les parents. » Confirmation au planning Josaphat : « Nous essayons de rencontrer les parents. Lors d’une rencontre, ils étaient très réticents, voire agressifs. Mais en mettant tout à plat, ils pensaient que ces séances d’Evras n’étaient pas si mal, car il était difficile pour eux de parler de sexualité avec leurs enfants. » Religion, culture, tabous, tout se cristallise lorsqu’on parle de sexualité et de « vie affective ». Lorsqu’on parle de contraception, de virginité, d’infections sexuellement transmissibles.

Sur le terrain, les connaissances des élèves sur le sujet inquiètent parfois les animateurs et animatrices de planning. « Surtout dans les sections professionnelles », précise Acharki Najha, du planning « Séverine » à Anderlecht. « Même à 17 ou 18 ans, beaucoup ne connaissent pas leur corps. Certains ont une activité sexuelle et ne connaissent rien au sujet des maladies sexuellement transmissibles. » Une sexualité souvent vécue comme un mélange de tabous et de provocation, inspirée par la pornographie omniprésente. Autant de traits qui confirment que la généralisation de l’Evras, décidément, est une bonne idée.

En savoir plus

Alter Échos n°361 du 17.05.2013 : Mettre des mots sur les choses du sexe

Cédric Vallet

Cédric Vallet

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