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L’agriculture à l’heure du cofarming

Après une première expérience l’an dernier autour de l’échange de fourrages, le «cofarming» ou entraide agricole numérique se développe peu à peu en Wallonie. D’ici à l’été, il sera possible de partager son tracteur grâce à WeFarmUp, un site français qui sera mis à la sauce belge en collaboration avec la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA).

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Après une première expérience l’an dernier autour de l’échange de fourrages, le « cofarming », ou entraide agricole numérique, se développe peu à peu en Wallonie. D’ici à l’été, il sera possible de partager son tracteur grâce à WeFarmUp, un site français qui sera mis à la sauce belge en collaboration avec la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA).

L’idée est née en 2014 dans la tête de Laurent Bernède, céréalier dans le Lot-et-Garonne et fondateur de WeFarmUp. À l’époque, il voulait renouveler son tracteur devenu trop vieux. « J’étais face à un investissement important et j’avais besoin d’être rassuré : mon tracteur fonctionnait, mais, en cas de panne, je voulais être certain que je pouvais compter sur un autre. J’ai donc été obligé d’investir, et cela me gênait vraiment. Alors j’ai décidé de le mettre en location pendant les périodes d’inutilisation, et c’est là qu’est née l’idée de la plateforme proposant aux agriculteurs de mettre leur matériel à la location et de générer ainsi des revenus complémentaires en rentabilisant leurs investissements. » 

« L’agriculteur s’endette parfois très lourdement pour du matériel qu’il utilise quelques fois par an. » Laurent Bernède, fondateur de WeFarmUp

Lancée en 2015, la plateforme a attiré depuis 6.000 agriculteurs qui ont proposé plus de 5.000 machines à la location. Certains mettent en ligne tout leur parc, d’autres seulement une ou deux machines. Le panier moyen d’un acte de location atteint 1.500 € sur lesquels la plateforme prélève une commission de 15 %, rappelle Laurent Bernède. « Demain, les agriculteurs auront de réelles difficultés à accéder à la machine agricole, cette dernière devenant hors de prix pour beaucoup. Certaines machines en effet ont vu leur prix doubler en vingt ans. À l’heure actuelle, un tracteur coûte entre 60.000 et 90.000 € suivant la technologie. Or, il n’est souvent utilisé que quelques semaines. L’agriculteur s’endette parfois très lourdement pour du matériel qu’il utilise quelques fois par an. »

Chiffres à l’appui, l’agriculteur explique que trop de capital dort sous les hangars, plombant ainsi l’équilibre économique des exploitations. La plateforme a réalisé une cartographie précise des matériels agricoles avec leur temps d’utilisation et leurs coûts (remboursement, assurance, réparation). L’étude conclut qu’en louant plutôt qu’en achetant, il est possible de réduire de 49 % les capitaux investis sur les tracteurs.

Expérience importée

En Wallonie, la situation n’est pas forcément différente qu’en France. « Dans beaucoup de fermes, une série de machines souvent onéreuses sont sous-utilisées », observe Nicolas Nelis, responsable juridique de la Fédération wallonne de l’agriculture. S’inspirant du modèle français, la plateforme wallonne permettra de géolocaliser les offres et les demandes de location de machines agricoles afin d’offrir aux intéressés une recherche ciblée. Les deux parties entreront alors en contact via le site. Les prix seront libres. Le programme wallon proposera aussi une expertise pour utiliser au mieux la machine louée. Enfin, le WeFarmUp de la FWA s’occupera de la partie administrative, de l’assurance et du paiement. Tout sera fait pour sécuriser les transactions et rassurer les utilisateurs. Pour Manuel Tilmant, agriculteur à La Bruyère en région namuroise, la location via une telle plateforme sera plus rapide et plus efficace qu’avec les locations traditionnelles. « Le cofarming offre de nouvelles possibilités pour trouver facilement une machine bien particulière pour un travail très spécifique, avec l’avantage que la part administrative est prise en charge par la plateforme. L’idée d’un tel outil de partage me semble utile vu l’état du monde agricole. Le tout sera de voir si les mentalités seront prêtes à s’adapter à ces changements. En Belgique, les agriculteurs ont tendance à se replier sur eux-mêmes et, la crise aidant, le phénomène s’est amplifié malheureusement. Ce n’est pas neuf, mais cela a pénalisé le développement de coopératives agricoles comme en France ou ailleurs en Europe. Aussi le cofarming peut-il être la source d’un nouveau développement agricole dans notre région. »

Manuel a également pu partager son fourrage avec des exploitants dans le besoin, via une autre plateforme de cofarming de la FWA. L’opération a été lancée cet été en pleine sécheresse, mettant en contact les fermiers ayant besoin de fourrage avec ceux qui en avaient en surplus. L’outil permet aux agriculteurs de proposer à la vente ou gratuitement, échanger ou trouver tous les types de fourrages à proximité : paille, foin, maïs ou encore de mettre à disposition sa terre pour le pâturage. « Cela rend service aux deux parties en un simple clic », se réjouit l’agriculteur. Là aussi, la FWA s’est inspirée d’une plateforme française : Laballeronde.fr. Avec une dizaine de visites par jour, la Fédération se dit satisfaite de ce premier essai. « Il faut encore faire une publicité par rapport à ce genre d’initiative », reconnaît Nicolas Nelis, responsable juridique de la FWA. L’interface du site continue d’ailleurs à évoluer en fonction du retour des agriculteurs et de l’analyse des statistiques pour répondre au mieux aux attentes des utilisateurs.

« Sans savoir si le cofarming est le modèle agricole de demain, ce système de mise en relation des agriculteurs via des plateformes numériques permet aux exploitants de briser certaines logiques de repli sur soi et de contribuer à faire émerger de nouvelles solidarités dans le secteur », continue Nicolas Nelis. En la matière, la FWA veut être un moteur de ce changement de paradigme, en créant un véritable maillage numérique qui rapproche les fermes et leur permet de mutualiser leurs moyens de production. La Fédération wallonne a aussi d’autres idées d’outils collaboratifs pour l’avenir, comme l’échange de données techniques ou celui de parcelles entre producteurs. « Le smartphone est devenu au fond un outil quotidien pour l’agriculteur. Notre volonté, c’est de l’aider à faire évoluer son métier en s’aidant de l’outil numérique », conclut Nicolas Nelis.

 

 

En savoir plus

WEB +

« MiiMOSA : le crowdfunding agricole débarque en version .be », 17 novembre 2016, Julie Luong

 

Pierre Jassogne

Pierre Jassogne

Journaliste (social, justice)

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