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Economie

La Suède, prête à « travailler moins pour gagner autant » ?

À des années lumières de la zone euro, la mairie de Göteborg, en Suède, pourrait bien devenir le détonateur d’une nouvelle vision du travail. Son pari : travailler moins, en gardant un niveau de vie élevé. Un délire suranné ? Pas sûr. De premières expériences, menées dès 2002, prouvent que c’est possible.

22-09-2014
© Gustav Persson / Flickr

Réduire le temps de travail pour augmenter la productivité horaire et favoriser l’emploi ? L’idée semble tout droit sortie d’un manuel altermondialiste de la fin des années 1990. Et pourtant, elle vient d’être ressuscitée par la mairie de Göteborg.

Depuis le mois d’avril, la deuxième ville du pays expérimente un projet pour travailler moins longtemps avec des fonctionnaires du secteur des soins aux personnes âgées. Un groupe travaille six heures par jour, alors qu’un autre continue à prester une semaine de 40 heures, comme avant. Et ce, en gardant un salaire identique.

À l’origine de cette démarche : le constat qu’en Suède, le taux d’absentéisme et le rythme de travail sont plus élevés que dans la plupart des pays. En 2012, le Suédois moyen a travaillé 1.621 heures au total, selon les derniers chiffres publiés par l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCED). C’est plus que les Pays-Bas, royaume du temps partiel, avec 1.381 heures, mais moins que le Royaume-Uni avec 1.654 heures et les États-Unis avec 1.790 heures.

L’expérience sera analysée dans un an. Si la journée de six heures permet effectivement de faire des économies, et de réduire les arrêts-maladie par exemple, elle pourrait être étendue. Le Conseil municipal espère, par ailleurs, que cette mesure permettra de créer de nouveaux emplois, après avoir constaté que des sessions de travail plus longues rendaient les gens moins productifs. Dans le service aux personnes âgées, par exemple, « le problème ne vient pas d’un manque de main d’oeuvre mais d’employés inefficaces car trop sollicités », explique Mats Pilhem, conseiller municipal, convaincu que « la Suède se dirige vers des journées de travail plus courtes ».

Une première expérience concluante

Évidemment, l’opposition ne voit pas la mesure d’un bon oeil, la qualifiant soit de « populiste », soit de « gouffre économique » à retardement. Les opposants au projet se fondent notamment sur les 35 heures en France et en Allemagne, 30 heures en moyenne aux Pays-Bas, qui ont donné des résultats mitigés.

Pourtant, dès 2002, l’usine Toyota de Göteborg était déjà passée à la journée de six heures. En pratique, une équipe du matin cède la place à une autre de l’après-midi sans coupure. Douze ans plus tard, les résultats restent encourageants. Et l’efficacité se reflète aussi dans les salaires, puisque dans cet atelier, les techniciens gagnent 29.700 couronnes (3.300 euros) par mois, bien au-delà du salaire moyen ouvrier de 25.100 couronnes en Suède.

Rafal Naczyk

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