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La croissance est-elle un outil de lutte contre la pauvreté ?

En toile de fond de tous les discours politiques et économiques, la croissance reste un objectif inébranlable. Objectif en soi ? Pas sûr. Débat en préparation auxMidis de la solidarité1.

09-05-2008 Alter Échos n° 251

En toile de fond de tous les discours politiques et économiques, la croissance reste un objectif inébranlable. Objectif en soi ? Pas sûr. Débat en préparation auxMidis de la solidarité1.

Le prochain Midi de la solidarité organisé par le think tank Pour la solidarité s’intéressera à la relation entre la croissance et son impact sur larépartition des revenus. Pour en parler, entre autres, Marion Englert, une jeune économiste qui a consacré son mémoire au thème Pauvreté et croissanceéconomique. « En économie, on apprend à définir le rôle des indicateurs. La croissance constitue un indicateur de l’activité économiquemais est-elle un indicateur du bien-être des gens ? », interroge la jeune chargée de recherches à l’Université libre de Bruxelles.

Pauvreté relative versus pauvreté absolue

Dans son ouvrage, elle analyse l’impact du produit intérieur brut (PIB) par habitant sur la pauvreté absolue, sur la pauvreté relative et surl’inégalité des revenus. Son ouvrage s’appuie sur une analyse théorique inspirée notamment de l’économiste français FrançoisBourguignon.
La première partie est consacrée à l’étude de la relation entre croissance et pauvreté absolue. Elle aboutit à la conclusion que l’impact de lacroissance sur la pauvreté absolue dépend en fin de compte de la distribution des revenus.
« Ce qui revient entre autres à se demander si la croissance influe sur la pauvreté relative, une notion qui recouvre la proportion des individus disposant d’un revenuinférieur à un seuil relatif de pauvreté, par exemple le revenu médian d’une population », explique Marion Englert.
À partir d’un modèle calculant l’impact de l’augmentation de la productivité et du taux d’emploi, les deux moteurs de la croissance,l’économiste constate une différence dans les effets, la première étant – en théorie et moyennant certaines hypothèses – moins favorableà la réduction de la pauvreté relative que le second.

La répartition des fruits de la croissance est politique

Dans une seconde partie, plus pratique, axée sur l’étude de différents pays de l’Organisation de coopération et de développement économique(OCDE), l’auteur met tout d’abord en évidence qu’il ne semble pas exister de relations stables entre croissance et inégalités de revenus. Le niveau depauvreté relative serait donc dépendant d’autres facteurs que la croissance. Lesquels ? « Selon une analyse temporelle de données de la seconde moitié duXXe siècle, le mouvement des inégalités suit une courbe en U (baisse des inégalités suivie d’une augmentation de celles-ci vers les années’80 dans une majorité de pays) alors que le PIB/tête a constamment augmenté. » Elle en conclut l’importance des choix politiques et des régimes sociaux surl’évolution du taux de pauvreté.

Deuxième aspect exploré dans cette partie, les pays au PIB/habitant le plus élevé ne sont pas nécessairement ceux au taux de pauvreté relative le plusbas. « L’exemple le plus clair en la matière est bien sûr celui des États-Unis dont les performances sociales sont loin d’être en phase avec lesperformances économiques. Par contre, les pays nordiques affichent des taux de pauvreté relativement faibles. La corrélation entre des politiques favorables aux prestationssociales et le faible taux de pauvreté est réelle », affirme la jeune économiste.

Enfin, à travers des modèles économétriques2, portant sur des données de 1980 à 2000 pour un échantillon de pays de l’OCDE,l’étude tend à montrer qu’il n’y a pas de lien entre l’évolution de la pauvreté relative et le PIB. « D’autres facteurs ont, parcontre, une influence comme la part des dépenses sociales dans le PIB ou encore le taux de syndicalisation », conclut Marion Englert. Une manière de dire quel’économique n’est pas indépendant du social et encore moins du politique. À approfondir en débat au Midi de la solidarité.

1. Midi de la solidarité « L’impact de la croissance économique sur la pauvreté et les inégalités » avec les interventions de Marion Englert,chercheuse à l’ULB, un représentant d’une ONG de lutte contre la pauvreté et Ariane Fontenelle, directrice de Pour la solidarité.
Date : mardi 27 mai 2008
– horaire : de 12h à 14h
– lieu : Maison de la solidarité, rue Coenraets, 68 à 1060 Bruxelles
– infos et inscriptions : diane.grossot@pourlasolidarite.be

2. Un modèle économétrique est une représentation mathématique des relations, souvent fort complexes, qui existent dans une économie, expriméessous forme d’équations.

Jacques Remacle

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