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La complainte douce-amère des CRI

Le 4 juillet 1996, la Région wallonne promulguait le décret créant les Centres régionaux pour l’intégration des personnes issues de l’immigration(CRI). A partir de mars 1997, les CRI se sont développés. Dix ans plus tard, alors que des petits derniers sont venus compléter la liste des précurseurs, les directeurs dedeux CRI, celui de la Région du Centre1 et celui du Brabant wallon2, évoquent leur vécu au quotidien et leurs revendications pour assurer les nombreusesmissions qui leur sont imparties.

15-03-2007 Alter Échos n° 225

Le 4 juillet 1996, la Région wallonne promulguait le décret créant les Centres régionaux pour l’intégration des personnes issues de l’immigration(CRI). A partir de mars 1997, les CRI se sont développés. Dix ans plus tard, alors que des petits derniers sont venus compléter la liste des précurseurs, les directeurs dedeux CRI, celui de la Région du Centre1 et celui du Brabant wallon2, évoquent leur vécu au quotidien et leurs revendications pour assurer les nombreusesmissions qui leur sont imparties.

Tout d’abord, un petit rappel. Les CRI3 remplissent une série de missions qui s’articulent autour des points suivants : le développementd’activités d’intégration sociale, d’insertion professionnelle, ainsi qu’en matière de logement et de santé, la promotion de la formation despersonnes d’origine étrangère établies sur le territoire wallon, leur accompagnement ou leur orientation dans toutes les démarches d’insertion, la promotion deleur participation à la vie culturelle, sociale et économique, ainsi que la promotion des échanges interculturels et du respect des différences.

Deux CRI, des missions communes, des réalités diverses

Les CRI de la Région du Centre et du Brabant wallon couvrent des réalités très diverses : « Le Centre régional pour l’intégration du Brabantwallon est un petit centre en termes de moyens, explique son directeur, Pierre Anthoine. Il a été agréé en 2002 et est opérationnel depuis 2003. Nous couvronscependant toute la province du Brabant wallon avec trois temps-pleins répartis sur quatre personnes dans des locaux de 32 m2 et un budget annuel de 180 000 euros ! Mais nousessayons de développer des actions en nous appuyant sur le soutien de nos partenaires, les communes et le tissu associatif. C’est la seule manière d’être efficace.»

Créé en 1997, le Centre régional d’action interculturelle de la Région du Centre occupe, lui, 23 personnes à temps plein, dont huit interprètessociaux interculturels. « Nous travaillons surtout avec un public de primo-arrivants. C’est une évolution dans notre action qui, au moment du décret, visait surtout lespopulations turque et maghrébine, se souvient Françoise Rondeau, directrice du CeRAIC. Nous accompagnons des réfugiés dont le séjour est acquis, dans leursdémarches d’intégration dans la société belge.

En ce qui concerne les clandestins, nous devons être très prudents : les soutenir est un acte illégal, comme le ministre Dewael n’a pas manqué de nous lerappeler… La réalité du terrain est parfois poignante. Nous découvrons des situations d’exploitation de travailleurs européens de l’Est dignes de Zola. Notreaction est difficile et complexe car il ne faut jamais oublier que nous travaillons avec des personnes qui ont des problématiques transversales. Or, nous devons souvent morceler nos approchesen les moulant dans des cadres de subsidiation qui ne leur conviennent pas toujours. »

Le Brabant wallon compte une population spécifique. « L’immigration de notre province était à l’origine liée au monde du travail, notamment avec lesForges de Clabecq, explique Pierre Anthoine. Aujourd’hui, notre public est constitué des demandeurs d’asile des centres de Rixensart et de Jodoigne. Les demandeurs d’asile encours de procédure qui ne sont pas dans les centres s’installent dans le Brabant wallon afin de se rapprocher géographiquement de l’Office des Étrangers àBruxelles. De plus, des personnes étrangères s’installent également dans la province en raison d’un phénomène d’immigration à partird’un même village ou de même région d’origine. L’UCL accueille aussi des étudiants en post-doc qui finissent par s’installer chez nous. Sans oublierles parcs de logements sociaux. »

Des missions communes mais déclinées différemment

Le CRI de la Région du Centre mène des actions qui visent entre autres à favoriser le dialogue interculturel. « Nous avons initié un dialogue très riche ettrès porteur entre les cultes chrétien, musulman et la laïcité. Nous essayons d’œuvrer autour de ce qui nous rassemble comme citoyens d’unesociété commune. Nous travaillons également à la lutte contre le racisme, notamment sous la forme de formations dans les écoles de police, par exemple. Nous formonségalement des inspectrices de morale à l’interculturalité, explique Françoise Rondeau. Nous essayons également d’amener un public, qui n’y est pashabitué, à des spectacles qui concernent leur vécu, comme Gembloux, avec Sam Touzani et Ben Hamidou, pour débattre ensuite avec les artistes. »

« Nous avons développé une action que je crois unique, souligne Pierre Anthoine. Nous couvrons quasiment tous les élèves de 3e et de 4eannée grâce à une action de consultation. Nous collectons leurs réponses à une série de questions autour de quatre thèmes : la sexualité, ladrogue et l’assuétude, la violence et la discrimination. Sur base de leurs interrogations, nous conduisons des débats avec l’aide d’animateurs dans des sallesréunissant entre 250 et 500 élèves d’écoles différentes. À la fin de la séance, les élèves reçoivent une Safe Card quireprend les numéros de téléphones de structures qui peuvent leur être utiles tels que le planning familial, SOS Suicide, etc. Parallèlement, nous organisons aussides débats plus restreints et plus approfondis avec les classes qui ont envie d’aller plus loin, notamment sur la discrimination et le racisme. C’est une manière pour nousde travailler sur la mentalité des jeunes qui sont de futurs citoyens. »

Le nerf de la guerre

Si les CRI réussissent à décliner avec inventivité les missions qui leur sont confiées, une problématique leur est pourtant commune quelle que soit leurtaille : la fragilité de leur mode de subvention. Quelque 120 personnes travaillent dans les CRI. Or, le décret de 1996 ne prévoit le financement que d’un temps-plein pourle directeur et un mi-temps pour un employé administratif du niveau du secondaire. « Nous bénéficions bien sûr des points APE pour d’autres membres de notrepersonnel, explique Françoise Rondeau, mais c’est à nous de trouver les subsides pour financer à la fois les projets et les salaires. Un même projet peut parfoisêtre subsidié par 19 sources de financement ! »

« On croule sous la paperasse, s’alarme Pierre Anthoine. Chaque projet doit faire l’objet d’une demande de financement, chaque dépense doit êtrejustifiée, et ce, parfois pour un subside d’un montant de 2 500 euros. Pour les subsides émanant de l’Union européenne, il nous faudrait un comptable àmi-temps rien que pour gérer les dossiers ! Il n’y a pas de cohérence entre la Région Wallonne et la Communauté française, qui se renvoient parfois la balle.Il est difficile d’inscrire nos actions dans le long terme et surtout de les moduler en fonction de notre approche de la personne dans toute sa complexité alors que l’enseignementrelève par exemple de la Communauté française et l’emploi de la Région wallonne ! » Sans parler du fait qu’il faut veiller à ne pas avoir dedouble subsidiation des projets et que tout subside doit être dépensé dans sa totalité.

Les subsides n’étant souvent accordés qu’en deux temps, les CRI doivent fréquemment recourir à des lignes de crédit auprès des banques. Avecles intérêts à rembourser. Une solution avancée qui est en gestation serait que la Région wallonne contracte un prêt global dont les CRI pourraientbénéficier pour assurer la continuité de leur fonctionnement.
Autre souci quotidien pour les Centres régionaux d’intégration : l’alternance politique qui les contraint, à chaque fois, à se réadapter à desnouvelles priorités politiques que tout nouveau ministre ou bourgmestre cherche à insuffler. « À chaque changement de majorité, remarque Pierre Anthoine, nous devonsreprendre notre travail de sensibilisation des responsables politiques. »

Un rayon de soleil dans ce tableau plutôt gris ? Le Plan stratégique III (PST III), plan wallon de cohésion sociale, devrait prévoir le renforcement des CRI d’unmontant de 700 000 euros. Mais ce budget ne devrait pas permettre de lancer des nouvelles actions, juste de consolider les projets existants. Si les moyens manquent, et si, dans le contexte actuel,la société belge se montre parfois réticente à embrasser la diversité culturelle, force est de constater que les CRI sont devenus des outils essentiels dans lapolitique d’intégration de personnes venues d’ailleurs.

Témoins de premier plan des phénomènes migratoires toujours changeants, au contact avec le monde associatif qui travaille avec les immigrés, les CRI ontthésaurisé une expérience qui leur permet aujourd’hui d’apporter leur expertise sur les politiques nécessaires à assurer un meilleur vivre-ensembleà toutes les personnes résidant sur notre territoire. Leurs difficultés quotidiennes seront-elles entendues ?

1. C.e.R.A.I.C,
rue Dieudonné François 43 à 7100 Trivières – tél. : 064 23 86 56 –
fax : 064 26 52 53 – courriel : ceraic@swing.be.
2. Centre régional d’intégration du Brabant wallon (CRIBW),
place Josse Goffin, 1 à 1480 Tubize – tél./fax : 02 366 05 51 – fax : 02 390 99 93 – courriel : info@cribw.be.

3. Les CRI sont réunis dans la Fécri (www.fecri.be), Fédération des Centres régionaux pourl’intégration des personnes étrangères ou d’origine étrangère.
Elle publie la revue Osmoses : (www.osmoses.be) qui a consacré un numéro hors série aux dix ans des CRI« Osmoses fête ses dix ans », octobre – décembre 2006.
Plus d’informations à la Fécri, rue de Gembloux 500/2 à 5002 Saint-Servais – Responsable : Luan Abedinaj –
tél. : 081 73 22 40 – courriel : info@fecri.be

nathalieD

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