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La Communauté française fêtée et… contestée

La Communauté française a été fêtée, comme chaque année, ce 27 septembre par différents spectacles populaires et discours officiels. Ledébat sur son nom et sur son organisation, voire son existence même, plus ou moins vif selon les millésimes, a resurgi cette année de manière plus forte. Àl’origine de cette relance du débat : un « manifeste pour une Wallonie maîtresse de sa culture, de son éducation et de sa recherche1 », remis au présidentdu Parlement régional à Namur, Robert Collignon (PS), quelques jours avant les Fêtes de Wallonie ; mais aussi un sondage du journal Le Soir.

28-07-2005 Alter Échos n° 150

La Communauté française a été fêtée, comme chaque année, ce 27 septembre par différents spectacles populaires et discours officiels. Ledébat sur son nom et sur son organisation, voire son existence même, plus ou moins vif selon les millésimes, a resurgi cette année de manière plus forte. Àl’origine de cette relance du débat : un « manifeste pour une Wallonie maîtresse de sa culture, de son éducation et de sa recherche1 », remis au présidentdu Parlement régional à Namur, Robert Collignon (PS), quelques jours avant les Fêtes de Wallonie ; mais aussi un sondage du journal Le Soir.

Les « failles structurelles » de la Communauté française

Le manifeste fait explicitement à la suite du Manifeste pour la culture wallonne publié en 1983 pour réclamer l’élimination de la Communautéfrançaise, qui leur semblait entraver l’effort wallon de redressement. Vingt ans après, les 175 signataires pointent le manque de moyens de la Communauté et ce qu’ilsprésentent comme ses failles structurelles : l’absence de participation du secteur éducatif au Contrat d’avenir pour la Wallonie ; l’absence d’articulation entre« éducation proprement dite et formation professionnelle » ; des contenus de l’enseignement communautaire qui ignorent largement la Wallonie… ; et de manièreplus large, les difficultés de coopération Région/Communauté. « La Wallonie paie donc, au propre comme au figuré, pour que l’école francophonefasse abstraction d’elle. Cela, elle ne le veut plus ». Cette conclusion est alors déclinée dans les différents secteurs de compétences de la communauté : audiovisuel, culture, représentation internationale, matières sociales et sport.

Le manifeste explique le maintien de l’institution communautaire par la nostalgie pour la Belgique unitaire et « parce que, aussi, nombre de Bruxellois estiment que laCommunauté française préserve le lien de solidarité entre eux et les Wallons ». Concrètement, le manifeste en appelle à l’adoption d’undécret qui régionaliserait les dernières compétences de la CFWB ; mais les initiateurs ont précisé qu’ils réclamaient le transfert del’exercice des compétences à la Région et à la Cocof, et non la suppression de la Communauté qui continuerait à exister au travers de son Parlement quidiscuterait des « grands dossiers ». Et Bruxelles ? « Il n’est nul besoin de la Communauté française pour consacrer un lien de solidarité. »

La Communauté française peu encline à se voir disparaître

Ce texte, chaleureusement accueilli par J. Happart (PS) et R. Collignon, a été plus fraîchement reçu par contre par Jean-Claude Van Cauwenberghe (PS), leministre-président wallon qui a dit privilégier la coopération entre Communauté et Région, tout en appelant l’enseignement à soutenir plus efficacementl’effort de redressement wallon. Et réception franchement glaciale du côté de la Communauté : Françoise Schepmans (MR) a rappelé que le Parlementqu’elle préside compte 75 Wallons pour 19 Bruxellois et a souligné « l’isolement » de R. Collignon et des signataires.
Le 26 septembre, Le Soir publiait cependant un sondage montrant que 43 % des francophones préfèrent, à des degrés divers, la suppression de la Communauté àson maintien (défendu par 41 % des sondés avec une marge d’erreur de 5 %). Ce qui cache une différence régionale plus nette que ce score serré : àBruxelles, les communautaristes (51 %) l’emportent sur les régionalistes (32 %) ; tandis qu’en Wallonie, une majorité relative de 46 % de régionalistesl’emporte sur 40 % de communautaristes.

Lors de la fête de la Communauté, le lendemain, le ministre-président H. Hasquin (MR) montait au créneau pour défendre son institution qui « a de beauxjours devant elle », en soulignant la « anté budgétaire » retrouvée ainsi que la cohérence entre politiques culturelles et éducativesqu’elle permet entre les deux Régions. Il fustige « ceux qui, de manière récurrente, prônent le repli sur soi régional, au détrimentévident de la Communauté française et de la plus-value qu’elle apporte en constituant le pont culturel entre les francophones » et conteste l’idée que« les identités wallonne et bruxelloise distinctes ne puissent pas s’épanouir, par principe, au sein de la Communauté française… car c’est bien cequ’elles font ! Les Bruxellois ont pour la plupart des attaches en Wallonie, et vice versa ». Prétendre que la régionalisation « renforce la solidarité entreWallons et Bruxellois » serait une « escroquerie intellectuelle ». Et d’appeler à la poursuite des coopérations avec la Région wallonne ainsi quel’intervention de la Communauté sur le terrain économique en collaboration avec les Conseils économiques et sociaux régionaux.

1. Voir dans les « annonces » du site de la revue Toudi : http://forum.toudi.org/

Donat Carlier

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