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La caserne de Saive pallie les expulsions : modèle ou bricolage ?

Le 13 septembre, neuf locataires expulsés pour insécurité et insalubrité en Amercœur et à Angleur étaient abrités à la caserne deSaive. Le 19, le ministre de la Défense nationale annonçait l’élargissement de l’expérience à tout le pays. Le bourgmestre de la Cité ardenteWilly Demeyer applaudit « le signal à tous les bourgmestres belges et l’alerte aux propriétaires véreux ». Reste que d’autres arrêtésd’inhabitabilité sont programmés à Liège. La Ville a multiplié les réunions avec le monde associatif… après la médiatisation de laplainte en référé des locataires d’Amercœur.

21-09-2007 Alter Échos n° 236

Le 13 septembre, neuf locataires expulsés pour insécurité et insalubrité en Amercœur et à Angleur étaient abrités à la caserne deSaive. Le 19, le ministre de la Défense nationale annonçait l’élargissement de l’expérience à tout le pays. Le bourgmestre de la Cité ardenteWilly Demeyer applaudit « le signal à tous les bourgmestres belges et l’alerte aux propriétaires véreux ». Reste que d’autres arrêtésd’inhabitabilité sont programmés à Liège. La Ville a multiplié les réunions avec le monde associatif… après la médiatisation de laplainte en référé des locataires d’Amercœur.

L’ultimatum tombait le 13 septembre. Après sursis d’expulsion puis compromis via moult réunions avec le bourgmestre Willy Demeyer et les services sociaux1,neuf victimes du marchand de sommeil des immeubles rues d’Ougrée et du Sart-Tilman à Angleur et du propriétaire en faillite au domaine de la Chartreuse en Amercœur(cf. Alter Échos n°233, Domaine de la Chartreuse à Liège : expulsions en sursis) acceptaient un hébergement temporaire à la caserne militaire deSaive2. Le 19 septembre, cinq personnes étaient assurées à court terme d’un logement correct via l’AIS3 (Agence immobilière sociale) etdans le privé. Le même jour, le ministre de la Défense nationale André Flahaut4 annonçait à Saive que le modèle liégeois pilotera laBelgique. Il griffait par ailleurs l’image « trop vernie », disait-il de la commune huppée de Nivelles, dans le Brabant wallon, victime selon lui, de propriétaires peuscrupuleux. Le ministre, « 8 ans et 101 jours de mandat », rappelait le 19 septembre ses « deux lignes de conduite : la paix et le service au public. L’expérienceliégeoise et la disponibilité de la Défense serviront donc d’exemples aux autres villes ».

Vermine et risque d’effondrement

À Liège, les scellés avaient été apposés le 13 septembre. Les plaintes en référé intentées contre la Ville par les avocats(pro deo) des locataires pour expulsions dans des délais très courts (arrêté en mai signifié fin juin pour fin juillet) sont donc « nulles et nonavenues ». Le bourgmestre respire : « Je suis responsable de la sécurité. À la Chartreuse, les logements étaient dangereux. À Angleur,c’était bien pire : les immeubles instables envahis de vermines et de rats risquaient de s’effondrer ou d’exploser à cause des conduites de gaz. C’est lapremière fois depuis 2000 que j’ai eu la frayeur d’une expulsion de force ». Le 19 septembre, il se disait « réconforté : cinq personnes ont trouvémieux pour moins cher »… Mais pas tous. Un couple, tous deux invalides à 66 %, multipliaient les navettes en bus à la recherche d’un logement : « Lespropriétaires, disaient-ils, refusent les locataires à charge de la mutuelle ». Le bourgmestre et le ministre n’avançaient pas de délai : « Les personnesne sont pas obligées de vite louer n’importe quoi pour partir. Mais il ne faut quand même pas traîner », ajoutaient-ils, sans autre précision.

La médiatisation comme coup de pouce

D’autres visites à Liège sont programmées « prochainement », annonçait la Ville, en escomptant « qu’on n’arrivera plus àcette extrémité, car de nombreux propriétaires réalisent les travaux après menaces ». Un immeuble rue d’Othée dans le quartier du Longdoz ad’ailleurs été mis aux normes… la veille de l’expulsion du 13 septembre : « Les propriétaires ne sont pas philanthropes, explique la Ville. Ils tiennentà leur gagne-pain. Ils ont aussi peur de la médiatisation : tant mieux, ça les fait bouger ». Mais ça fait peut-être aussi bouger… la Ville ? Leslocataires auraient-ils été hébergés à Saive sans la médiatisation de l’action en justice, cet été, des locataires de la Chartreuse ? Ilest en outre probable que la brique sociale dans le ventre de l’Armée ne transformera pas toutes les casernes belges en hôtels pour personnes précaires expulsées.Bricolage ? À suivre puisque des perquisitions sont encore prévues.

1. Hôtel de Ville :
– adresse : place du Marché, 2 à 4000 Liège
– tél. : 04 221 81 05
– courriel : bourgmestre.demeyer@liege.be
2. Caserne militaire de Saive :
– adresse : rue Cahorday, 1 à 4671 Saive (Blegny)
– tél. : 04 375 71 11.
3. AIS de Liège
– adresse :rue Velbruck, 4 à 4000 Liège
– tél. : 04 250 50 78
– courriel : echevin.yerna@liege.be
4. Cabinet d’André Flahaut, ministre de la Défense nationale :
– adresse : rue Lambermont, 8 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 550 28 11
– courriel : cabinet@mod.mil.be

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