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L’accueil des demandeurs d’asile : Marie Arena précise ses priorités

Profitant d’une visite au centre d’accueil fédéral de Florennes ce 8 octobre, Marie Arena, ministre fédérale chargée de l’Intégrationsociale, a précisé ses priorités en matière d’accueil des demandeurs d’asile.

28-07-2005 Alter Échos n° 151

Profitant d’une visite au centre d’accueil fédéral de Florennes ce 8 octobre, Marie Arena, ministre fédérale chargée de l’Intégrationsociale, a précisé ses priorités en matière d’accueil des demandeurs d’asile.

Professionnaliser les accompagnants

D’une capacité de 350 places, le centre de Florennes accueille des exilés de plus de 30 nationalités différentes le temps que tombe une décision finale surleur demande d’asile, cela peut prendre 3 semaines, quelques mois, 2 ans… On compte aujourd’hui 16 000 places disponibles pour 19 000 demandes d’asiles alors qu’en1999, il y avait 5 000 places libres pour 42 000 demandeurs d’asile. Une situation que la ministre qualifie de « beaucoup plus équilibrée en matière d’accueil» mais dont « la qualité, tant au point de vue des infrastructures que de l’accompagnement des demandeurs d’asile, doit être améliorée. »Marie Arena compte y travailler en se centrant sur trois axes.

Premier axe : garantir l’accompagnement de qualité des demandeurs d’asile qui arrivent sur le territoire. Cet accueil doit s’effectuer tant au point de vue psychologiqueque médical, car les personnes ont vécu de nombreux traumatismes dus à la guerre, la famine, l’assassinat de proches, ils se retrouvent dans un pays qu’ils neconnaissent pas. Il existe également des problèmes de langue. Les assistants et accompagnateurs sociaux, les éducateurs qui les accompagnent sont des personnes dont « il vafalloir valoriser le travail et professionnaliser le métier ». Si nécessaire, la ministre souhaite donner au personnel concerné des compléments de formation afin delui fournir les moyens nécessaires à la prise en charge des couples, des personnes seules, des mineurs non accompagnés.

Participation

Deuxième axe : faire participer les demandeurs d’asile à la vie sociale belge et même, pourquoi pas, faire participer les Belges à la vie sociale des demandeursd’asile, ce qui peut permettre de toucher à des réalités souvent ignorées de la population locale. Ainsi, un demandeur d’asile tchétchènehébergé au centre racontait à la ministre lors de sa visite, que ses enfants se cachent sous les lits quand les avions décollent de la base de Florennes toute proche.« C’est le genre de chose que l’on ne peut pas comprendre si l’on ne rencontre pas les personnes, si l’on ne descend pas sur le terrain », a observé MarieArena. L’intégration sociale des demandeurs d’asile accueillis dans les centres peut se faire via trois volets : l’animation du centre, la scolarité des enfantsréfugiés et les initiatives (culturelles, sportives, ludiques…) de quartier.

Renforcement du retour volontaire

Troisième axe : dynamiser le retour volontaire en diversifiant les pratiques. 80 % des demandeurs d’asile obtiennent un refus de rester en Belgique à la fin de leurprocédure. Soit, ils quittent le territoire, soit ils entrent dans la clandestinité. Aujourd’hui, on se rend compte qu’il est difficile de travailler avec les personnes tantque la décision n’est pas tombée. Psychologiquement, travailler avec les demandeurs d’asile qui attendent une décision en leur disant que les chances sont faibles etqu’on va les aider à monter un projet pour retourner dans leur pays ou un autre pays, est très compliqué. Pour que cela se passe bien, il faut impérativement avoirdes procédures plus claires, plus transparentes. L’amont de cette procédure est actuellement en cours de discussion avec le ministre de l’Intérieur, Patrick Dewael(VLD). L’objectif étant de raccourcir les délais d’attente pour obtenir une réponse à la demande d’asile. « Il faut que l’on travaille surdes projets positifs, explique la ministre, car nous ne sommes pas un ‘tour operator’ qui distribue des billets d’avion. Le billet de retour n’arrange absolument pas le problèmedes demandeurs d’asile. La question à poser est : quel est le projet de vie envisagé ou à envisager à mettre sur pied avec chacun. » Marie Arena compteprochainement organiser des groupes de travail avec les ONG, Fedasil (l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile en Belgique) et avec tout qui peutapporter un plus sur ce type de projet, et notamment les services de coopération au développement car des liens peuvent être établis avec différents pays. Lesdiscussions en cours avec le ministre de l’Intérieur pourraient même déboucher sur une possibilité d’immunisation temporaire de la capacitéd’expulsion permettant ainsi le démarrage du projet de construction ou de reconstruction de vie. En tout, c’est plus de 1 500 nouvelles demandes par an qui pourraient ainsiêtre prises en charge. Pour ce faire, la ministre de l’Intégration sociale a demandé aux ONG de construire ensemble un projet.

Cinquante places supplémentaies pour les ménages en Wallonie

Enfin, les mineurs étrangers non accompagnés, les « mena », particulièrement vulnérables, retiennent toute l’attention de la ministre. « Ilsvivent des situations angoissantes en plus des traumatismes de leur vie lors de l’arrivée en Belgique à une période où ils ne sont pas ‘construits’. Alors, sil’on ne fait rien, c’est la garantie de dégâts importants et on les ramassera à la petite cuillère. » Le centre de Florennes travaille avec 40 jeunesentre 15 et 18 ans. Ces jeunes demandeurs d’asile sont en pleine « construction ou reconstruction ». « On va là aussi travailler sur l’accompagnement des enfantset il faudra réellement les aider, voire les guider dans leur “reconstruction”, leur donner une scolarité ce qui est primordial. Ces jeunes vont ainsi acquérir leurautonomie. » La ministre a annoncé dans ce cadre, une augmentation de 80 places pour les mineurs non accompagnés (dont 50 en Wallonie) qui s’ajouteront aux 350 existantes.Le premier défi étant de décrocher un budget pour installer le fameux service des tutelles qui doit prendre en charge tous les enfants qui arrivent seuls en Belgique. Lesstructures d’accueil devront notamment proposer une scolarité débouchant sur des diplômes homologués, y compris pour les mineurs non admis comme Nicole, cette jeuneangolaise de 17 ans qui a disparu de la zone de transit de l’aéroport de Zaventem à la fin du mois de septembre. La ministre va également travailler sur un texte concernantla tutelle des mineurs afin qu’un tuteur puisse devenir le « référant » de ces enfants.

La ministre a aussi évoqué le sort des « mena » détenus en centres fermés. « Nous ne voulons pas qu’on les ‘sorte’ des centres fermés etqu’il n’y ait aucun suivi. On va réaliser une liaison entre Fedasil et le réseau des centres pour les accueillir dans les centres ouverts. »

Les représentants des demandeurs d’asile présents à Florennes ont signalé à la ministre que les conditions de vie en centre ouvert et celles de leur paysne sont pas très différentes. « Les mesures actuelles ne suffisent plus, il faut donc améliorer la qualité de l’accueil. » Un autre appel aété fait à la ministre sur les conditions des visites médicales. Au sujet du travail des demandeurs d’asile dans les centres, Fedasil vient de déposer unrapport. L’analyse de ce dossier devrait déboucher prochainement sur la mise en place d’un encadrement et devrait donner une stabilité aux accompagnateurs sociaux et auxcentres.

En conclusion, Marie Arena a déclaré « qu’il fallait travailler le plus rapidement possible sur le projet avec les demandeurs d’asile qu’ils restent ouqu’ils partent » et a soulevé les problèmes de communication entre les centres et l’Office des étrangers : « des améliorations seront làaussi nécessaires. Car certains demandeurs sont envoyés de Bruxelles vers le centre qui leur est attribué sans beaucoup d’informations. Certains mettent donc plusieursjours avant d’arriver au centre qui lui, n’est pas toujours avisé de cette arrivée. » Lors de la dernière discussion budgétaire, Marie Arena se disaitsatisfaite de pouvoir consolider sa politique en matière d’accueil des demandeurs d’asile. Elle va donc pouvoir mettre sur pied le volet qualitatif annoncé.

1. Cabinet Arena, rue de la Loi, 51 bte 1 à 1040 Bruxelles, tél. : 02 790 57 11, fax : 02 790 57 90.
2. Fedasil, contact Mieke Candaele, rue des Chartreux 21 à 1000 Bruxelles, tél. : 02 213 44 11, fax : 02 213 44 22, e-mail : mieke.candaele@fedasil.fed.be

Agence Alter

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