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Regard critique · Justice sociale

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L’Utopik à Montréal : un projet d’économie sociale au service du vivre-ensemble

Goûter une bière de chanvre que l’on sait brassée, non pas avec sagesse, mais avec des produits équitables, découvrir le dernier groupe local chantant la« glocalisation » ou encore créer un forum de discussion autour du concept de socialisme solidaire : telles pourraient être l’une des découvertes faites au barL’Utopik 1 situé volontairement en plein cœur de Montréal, sur la rue Sainte-Catherine Est où se croisent chaque jour itinérants, prostituées,personnes homosexuelles ou encore parfaits anonymes. À côté du bar, d’autres services comme de la restauration-traiteur et une auberge de jeunesse entièrementconstruite en matériaux verts permettent d’offrir un emploi durable à plusieurs dizaines de personnes parfois qualifiées, parfois pas.

08-09-2006 Alter Échos n° 214

Goûter une bière de chanvre que l’on sait brassée, non pas avec sagesse, mais avec des produits équitables, découvrir le dernier groupe local chantant la« glocalisation » ou encore créer un forum de discussion autour du concept de socialisme solidaire : telles pourraient être l’une des découvertes faites au barL’Utopik 1 situé volontairement en plein cœur de Montréal, sur la rue Sainte-Catherine Est où se croisent chaque jour itinérants, prostituées,personnes homosexuelles ou encore parfaits anonymes. À côté du bar, d’autres services comme de la restauration-traiteur et une auberge de jeunesse entièrementconstruite en matériaux verts permettent d’offrir un emploi durable à plusieurs dizaines de personnes parfois qualifiées, parfois pas.

« Cela fait quatre ans que je travaille ici et je ne changerais pas d’emploi vu la liberté qui nous est offerte au niveau de la gestion de notre emploi du temps et lapossibilité de participer aux décisions de l’osbl », entame Mathieu. À la base de l’initiative, un bouillonnement d’idées dans la tête desfondateurs résolument alternatifs voire anarchiques de cette organisation sans but lucratif créée début de ce millénaire. « Ici au Québec, nous donnonsune appellation différente aux associations en fonction de leur objet social et de la redistribution des parts entre associés ou dans le projet-même. L’histoired’Utopik en est un exemple : voici un an, une scission s’est opérée dans le groupe initial entre ceux qui tenaient à l’esprit intimiste d’Utopik et ceuxqui voulaient faire davantage de profit ». Mathieu exprime en ces termes la différence entre les osbl qui correspondent à nos asbl et les coopératives qui se rapprochent,elles, davantage de nos sprl. En effet, certains membres fondateurs du projet Utopik ont initié un concept plus commercial, Le Divan Orange, qui accueille des productions plusconséquentes, à un prix donc moins abordable pour la masse.

Aux frontières du social, du culturel et du communautaire

Monter les escaliers du Bar l’Utopik peut prendre en soi une heure vu la quantité de tracts affichés sur des spectacles tantôt professionnels tantôt amateurs. Lemur prend aussi les couleurs noir et blanc des coupures de presse : « Hydro-Québec frappe encore les communautés autochtones » 2, « Le Partiquébécois plus que jamais divisé », « Non à la guerre au Liban ! » . L’Utopik ne cache pas ses prétentions d’être un caféphilo ou sociopolitique. Le site internet brandit même le spectre de la création d’un parti « Amour et Bouffe ». Au-delà de la boutade, Mathieu s’exprimelonguement sur la société montréalaise qui se rapproche « dangereusement » de ce que l’on peut observer dans une ville comparable : Bruxelles. Taux dechômage élevé dans les quartiers populaires, entendons celui de Sainte-Catherine Est, de Saint-Michel ou de Montréal-Nord parfois appelé Montréal-Noir vu lenombre de communautés africaines qui y résident ; un phénomène d’itinérance loin de décroître surtout chez les jeunes ; une petitecriminalité qui flirte avec les réseaux internationaux…

« Favoriser les interactions entre les individus et organismes partageant une vision commune au niveau écologique, social, communautaire et culturel », peut-on lire dans lacharte de l’osbl. Sylvain, un habitué des lieux, commente le projet. « Ici, nous avons l’occasion d’échanger entre artistes. L’artiste de la ruecôtoie celui de région. On ne fait pas de différence et de nouveaux groupes émergent parfois, de nouveaux concepts ». Au mur, des peintres ou photographes en devenirpeuvent exposer librement et, pourquoi pas, espérer voir un amateur acheter leurs œuvres.

Vers un Québec solidaire ?

Entre une gauche qui se cherche et se perd au sein du Bloc Québécois, parti souverainiste implanté seulement dans la province du Québec, une droitenéoconservatrice au fédéral donnant son accord pour l’envoi de troupes au Liban aux côtés de Bush, un nouveau parti est né en février 2006 :Québec solidaire3. « Un autre parti, pour un autre Québec ! », le ton est donné par la porte-parole du mouvement, Françoise David. Féministeconvaincue, elle a fondé en 2004 l’Option citoyenne avec l’aide d’une centaine de personnes. Organisation politique qui a fusionné avec l’Union des forcesprogressistes (UFP) pour devenir l’actuel Québec solidaire.

Résolument de gauche, résolument vert et résolument féministe, le mouvement fait figure de nouveau-né et a encore tout à prouver. Pour Mathieu, «les mouvements politiques sont une chose mais, en attendant, des actes à l’échelon local doivent être entrepris. Je crois à un certain socialisme solidaire. Cedernier commence dans son jardin ! ».

1 Utopik, 552 rue Sainte-Catherine est à H2L 2E1 Montréal, Québec (Canada) – tél : +1 514 70811 39 – et voir aussi le réseau Utopik sur qui reprend les initiatives citoyennes en ligne via unréseau wi-fi qui couvre les îles de Montréal.

2 : Les autochtones ou Amérindiens sont la cible des grosses entreprises nationales ou internationales qui puisent leurs ressources premières dans les réserves,propriété des autochtones.
3 : Pour plus d’informations, visiter le site de Québec solidaire.

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