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Journée des insertions : Intégration/insertion sociale : l’emploi ne suffit pas

« Organiser la vie des personnes fragilisées ou organiser la sortie de la précarité ? » Telle était la question qui sous-tendait la séanceplénière consacrée à « l’action sociale en partenariat : en Wallonie et ailleurs ». Se référant aux débats de la matinée, lemodérateur Marc Jacquemain, sociologue à l’Université de Liège, soulignait à quel point ce dilemme était problématique : « Comment faire del’insertion sociale dans une société qui continue à produire de l’exclusion? D’autant que la machine à produire des pauvres va très vite et que les travailleurssociaux doivent s’adapter, se professionnaliser. »

19-05-2006 Alter Échos n° 209

« Organiser la vie des personnes fragilisées ou organiser la sortie de la précarité ? » Telle était la question qui sous-tendait la séanceplénière consacrée à « l’action sociale en partenariat : en Wallonie et ailleurs ». Se référant aux débats de la matinée, lemodérateur Marc Jacquemain, sociologue à l’Université de Liège, soulignait à quel point ce dilemme était problématique : « Comment faire del’insertion sociale dans une société qui continue à produire de l’exclusion ? D’autant que la machine à produire des pauvres va très vite et que les travailleurssociaux doivent s’adapter, se professionnaliser. »

L’exclusion est polymorphe

À cela, Christian Dupont, ministre fédéral de l’Intégration sociale, répond que « bien sûr, il faut organiser la sortie de laprécarité, mais qu’il faut aussi la prévenir. » Pour lui, il importe de faire l’école des consommateurs pour éviter le surendettement. Il insiste aussi sur lerôle que le système scolaire doit jouer. Par ailleurs, il rappelle que l’exclusion est polymorphe, qu’elle soit financière ou scolaire, qu’elle concerne les soins de santéou le logement. D’où toute l’importance d’avoir une approche pluridisciplinaire. Cependant, s’empresse-t-il d’ajouter, s’il est bon de professionnaliser les travailleurs sociaux, ils nepourront jamais tout faire.

Pour Christiane Vienne, ministre wallonne de l’Action sociale et de la Santé, il faut se poser la question de notre regard sur le modèle social actuel. Loin de rejeter le concept« d’inclusion sociale », elle déclare être « revenue » du concept « d’acteur censé se secouer et se prendre en charge ». Selon la ministre, ilest faux de dire que la société crée des inégalités, car la société est tout simplement inégale par nature. « C’est donc aux pouvoirspublics de lutter contre cette nature. » Et d’ajouter : « Qu’est-ce qui constitue l’intégration ? Le travail. Or, en Région wallonne, une personne sur cinq n’a pasaccès au travail. Les pouvoirs publics créent de l’emploi, mais ils ne sont plus accessibles à tous. » Dès lors, la ministre se demande s’il ne faut pas plutôtdonner aux gens les possibilités et les moyens de vivre leur vie. “Dans ce contexte, estime-t-elle, les partenariats des Relais sociaux ont un rôle à jouer, car ce sont eux quiconstituent le maillage social pour agir rapidement et aider les gens à sortir de la précarité.”

Enfin, Ann Neels, directrice du service de l’Inspection de l’Aide sociale du CPAS d’Anvers, souligne l’augmentation des dualités dans notre société qui est plus dangereuse etdifficile qu’il y a 40 ans, vu le nombre de divorces, pertes d’emploi, de faillites, etc. « Exclure la pauvreté est impossible, ce qui implique qu’il faut lutter contre elle chaque jour.Il faut donner aux gens les possibilités de sortir de la précarité. Mais ce n’est pas uniquement le rôle des CPAS. Il faut établir des partenariats avec d’autresacteurs. »

Des leviers multiples pour réinsérer

Après les exposés introductifs, des réactions sont venues de la salle. Une participante était ravie d’entendre déclarer que « tout le monde ne peut pasavoir un emploi ». Une autre a demandé qu’elle était la responsabilité des politiques pour aider à retrouver une dignité. Plus spécifiquement,quelqu’un souhaitait comprendre pourquoi les subsides aux écoles de consommateurs en Wallonie avaient été supprimés alors que leur travail de prévention semblenécessaire. Sur ce point, Christiane Vienne a répliqué que les subsides se montaient à 1.600-1.800 euros par an et qu’elle était convaincue « qu’avec cettesomme, on ne savait rien faire. De plus, une évaluation des écoles a montré qu’elles ne constituaient pas le meilleur outil. » D’où la suppression des subsides pourles réinvestir ailleurs, soit dans la médiation de dettes : « Ces services sont plus efficaces. Quand les dettes sont négociées, il y a un accompagnement pouréviter des rechutes. » Mais elle insiste sur le fait que pour ce problème – ou d’autres – il faut arrêter de croire qu’il est résolu une fois pour toutes.Et c’est là qu’est la responsabilité politique pour aider les personnes à retrouver leur dignité : « Notre rôle est de pouvoir aider les gens à tous lesmoments de la vie. »
Par rapport à la question de l’accès à l’emploi, Christian Dupont a précisé que « si tous ne peuvent pas accéder à l’emploi, des formationspeuvent y aider. Mais l’emploi n’est pas tout, ajoute-t-il, il faut jouer sur d’autres leviers, comme la participation culturelle et sportive. » Ann Neels partage ce point de vue, mais insistesur l’importance du travail, car le budget de l’État n’est pas illimité. Mais à Anvers, comme ailleurs, ce n’est pas le seul levier pour réinsérer.

Baudouin Massart

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