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"Irfam : l'intégration des Africains passe par l'échange Nord-Sud des compétences"

09-04-2001 Alter Échos n° 95

Ce 30 mars, l’Institut de recherche, formation et action sur les migrations (Liège) et le Centre d’action interculturelle de Namur organisaient conjointement avec l’Association desressortissants congolais de Namur et l’asbl Nyampinga (ce qui signifie femme qui habite le sommet d’une colline) un séminaire sur l’intégration sociale et le transfert descompétences des Africains subsahariens de Wallonie. Le séminaire avait pour base une étude réalisée en 2000 par Joseph Gatugu dans le cadre de l’Irfam, étudeintitulée : “Valorisation identitaire – Transferts – Autonomie. Sociographie de la population africaine de Wallonie. Intégration et rapports à l’Afrique”1. Sonobjectif était de définir le potentiel humain des communautés africaines ainsi que “les possibilités de participation valorisante à une coopération entre laRégion Wallonne et certaines régions de l’Afrique dans une visée de développement équitable et durable au Sud comme au Nord.”2
L’étude trace le profil de la population africaine avec pour pierre d’angle le préalable d’un double rapport entre la migration et la coopération internationale et d’autre partla coopération et l’intégration sociale des migrants. L’étude constate que les membres des communautés subsahariennes ont une grande demande d’intégrationfacilitée par deux atouts : la langue française et un niveau de scolarité et de qualification élevé, mais leurs compétences ne sont pas toujours misesà profit ni dans la société d’accueil ni dans celle d’origine. Leur demande se heurte à une fin de non recevoir chez les Belges, du fait du poids desstéréotypes datant du temps des colonies (paresse et misérabilisme). L’étude de l’Irfam soutient que plus le migrant transfère seÞ compétences pour,notamment contribuer au développement, mieux il s’intègre ici. Malheureusement, les acteurs sociaux interrogés nient que le transfert des compétences rentre dans le cadredu programme de l’intégration.
Autre constat : les Africains sont attachés à la fois à leur pays d’origine et à la Belgique ce qui vient contredire l’idée fortement répandue selon laquelleles étrangers (ici, les Africains) préfèrent s’installer définitivement ici.
Le séminaire participait d’une volonté d’inventer des scénarios de valorisation de ces communautés en répondant à des questions comme celle de leuridentité, de leurs contacts avec leur région d’origine et de leurs projets d’avenir. Les ateliers avaient l’ambition de recueillir les points de vue sur la faisabilité d’untransfert de compétences des Africains immigrés, sur la façon dont ils vivent leur intégration, sur leur vécu et leurs difficultés en tantqu’indépendants et sur leur implication dans les structures existantes de collaboration entre migrants et ONG du Nord.
Les interventions des participants rejoignaient les conclusions de l’étude dans le sens où la majorité des Africains n’a pas accès à l’emploi à cause deleurs statuts et de la législation belge en matière de travail des étrangers. Beaucoup d’Africains meublent leur chômage en restant sur les bancs de l’école. A cepropos ils sont présents dans tous les types d’enseignement. Mais par contre rares sont les jeunes Africains nés en Belgique qui accèdent à l’université. La raisonen serait la difficulté des parents (malgré leurs capacités et leur formation) d’accéder à l’emploi, difficulté qui crée une discrimination pour leursenfants quant à l’enseignement. Des projections inconscientes du personnel enseignant entraînent les enfants d’emblée dans l’enseignement professionnel. On soulèveégalement une “mal” formation des enseignants vis à vis de la différence. De plus, une discrimination de la loi belge interdit à l’Africain d’être enseignant, saufs’il est naturalisé belge. Dans l’atelier sur le travail des Africains en tant qu’indépendants, beaucoup de problèmes ont été exprimés dont la causeproviendrait d’une mentalité d’intolérance générant un surcroît de contrôles. Alors qu’il est remarqué que les indépendants créent del’emploi. L’atelier sur le transfert des compétences a conclu sur l’intérêt que les Africains ont à créer des réseaux et à susciter des synergies entredes associations existantes et des nouvelles. Une préférence irait aux entreprises d’exportations belgo-africaines pour augmenter les chances d’intégration ici.
Quant à Altay Manço, (Irfam et Université de Liège) il concluait le séminaire ainsi : “Il y a deux façons de parler de l’intégration. Lapremière, en soulevant les difficultés. La seconde, en valorisant les ressources même si les difficultés y sont bien présentes. Qui s’intègre dans lastructure de qui ? L’universalisme qui suppose les gens égaux pèche par excès. Les solutions ne sont ni dans des structures spécifiques ni dans des structuresgénéralistes mais dans un savant dosage. Ce qui est nouveau c’est le regard sur l’immigration. La société se multiculturalise. Les Africains cherchent leur place etmême la revendiquent. Il n’est d’intégration sans une réussite par rapport à la terre d’origine. On ne peut s’insérer socio-professionnellement que si on se sentbien dans la terre d’accueil. Tout immigrant a à gérer un conflit intérieur, celui de son rapport à la terre d’origine, à la mère. Un retour positifmême imaginaire à la terre d’origine est une nécessité. Ce retour est symbolisé par le transfert des compétences. Ce nouveau fait psycho-socialnécessite de nouveaux comportements et de nouvelles structures. Une réponse apportée à ce séminaire est la création future par la Région Wallonned’une agence qui règlerait les transferts des compétences du Nord vers le Sud et du Sud vers le Nord. Une agence découvreuse de ressources qui assurerait une coordination pourtrouver une place à chaque richesse qui sommeille en chacun de nous.”
1 Irfam, rue Louvrex 36 à 4000 Liège, tél. : 04 221 49 89, fax. : 04 221 49 87, e-mail : irfam.asbl@skynet.be – site web : http://www.irfam.org
2 Source : dossier spécial de la revue Osmoses n° 19, avril, mai, juin 2001 : “Population africaine en Wallonie : intégration et rapports à l’Afrique”, revue des Centresrégionaux pour l’intégration des personnes étrangères ou d’origine étrangère.
3 CAI, rue Docteur Haibe 2 à 5002 Saint-Servais, tél. : 081 73 71 76. Un séminaire final se tiendra le 19 mai prochain.

Agence Alter

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