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Flémalle : conflit intergénérationnel dans la cité du Parapluie

Dans la cité sociale du Parapluie à Flémalle, cinq appartements pour personnes à mobilité réduite ont remplacé, au 47, rue des Pommiers, la sallede gymnastique de l’athénée Guy Lang. Les logements, au rez-de-chaussée d’un immeuble de la société d’habitations sociales « La Maison desHommes1 », donnent sur une cour ouverte aux riverains. Les locataires se plaignent « du bruit, des crasses, de la casse et des insultes » des jeunes qui se rassemblent dans la cour.Les habitants du building voisin (n° 49, 28 locataires) craignent aussi l’arrivée de l’hiver et le squat du bâtiment par les ados. Cet été, la commune aordonné l’enlèvement des paniers de basket de la cour et l’échevin de la Jeunesse, Marc Lafontaine, envisage à présent de fermer l’accèsà la cour – en regrettant « l’intolérance de part et d’autre » dans la cité sociale. Des adultes parlent de harcèlement des jeunes, mais lapolice suspecte une éventuelle « sinistrose de personnes âgées ».

28-07-2005 Alter Échos n° 149

Dans la cité sociale du Parapluie à Flémalle, cinq appartements pour personnes à mobilité réduite ont remplacé, au 47, rue des Pommiers, la sallede gymnastique de l’athénée Guy Lang. Les logements, au rez-de-chaussée d’un immeuble de la société d’habitations sociales « La Maison desHommes1 », donnent sur une cour ouverte aux riverains. Les locataires se plaignent « du bruit, des crasses, de la casse et des insultes » des jeunes qui se rassemblent dans la cour.Les habitants du building voisin (n° 49, 28 locataires) craignent aussi l’arrivée de l’hiver et le squat du bâtiment par les ados. Cet été, la commune aordonné l’enlèvement des paniers de basket de la cour et l’échevin de la Jeunesse, Marc Lafontaine, envisage à présent de fermer l’accèsà la cour – en regrettant « l’intolérance de part et d’autre » dans la cité sociale. Des adultes parlent de harcèlement des jeunes, mais lapolice suspecte une éventuelle « sinistrose de personnes âgées ».

De l’huile…

Marie-Jeanne Dieudonné est locataire au 47/2 de la rue des Pommiers depuis deux ans : « Les jeunes, dit-elle, sont parfois 5, parfois 25. Ils font beaucoup de bruitjusqu’à 2 heures du matin. Ils urinent n’importe où. Ils s’asseyent sur nos appuis de fenêtre. Je marche avec une tribune : ils me disent d’aller àl’hospice pour apprendre à marcher ». Ghislaine Bovy, également locataire depuis deux ans, se plaint de « jets de ballons, bouteilles et purée(déposée pour les pigeons) dans les carreaux. Nous avons mis de l’huile sur les appuis de fenêtre pour qu’ils ne s’y installent plus. Ils sont trèsfâchés : ils ont crié qu’ils vont me trouer la panse ! » Et Marie-Jeanne Dieudonné de poursuivre : « Ils disent qu’ils ont le droitd’être ici, qu’ils sont chez eux. Mais ils n’ont qu’à louer un appartement ! Nous avons interpellé la commune, la police et la Maison des Hommes, mais rienne change. Des carreaux ont été (et restent) cassés. Nous préparons une pétition avec le building voisin : nous payons un loyer pour être tranquilles».

Le parterre de l’immeuble voisin est jonché de canettes et autres détritus. Le concierge, Daniel Halkin, soupire : « Il ne faut pas exagérer : ce ne sont pas desgangsters. Ils sont à la rue et la porte d’entrée s’ouvre avec un simple coup d’épaule ». Une locataire nous invite à visiter les caves du building : « Regardez, il y a des traces d’urine partout. Parfois, ça pue et les excréments attirent les mouches ». Lors de notre visite, les caves, propres, avaientété « nettoyées ». Aux étages, les portes sont marquées de graffitis. Certains habitants redoutent l’arrivée de l’hiver : « Lesjeunes forcent la porte d’entrée, enclenchent le chauffage central, se réunissent dans les caves et éteignent les lumières… »

… de l’eau dans le vin

Les jeunes ne sont pas déplacés… avec les paniers de basket. L’échevin de la Jeunesse, Marc Lafontaine, explique que « les ados ne changent pas leurshabitudes sur un claquement de doigts. Le porche du building leur offre aussi un abri ». Il reconnaît le droit des locataires à bénéficier de leur intimité :« Nous envisageons de bloquer l’accès à la cour publique qui deviendrait ainsi privée pour les locataires à mobilité réduite ». Et depréciser : « La salle de gymnastique était devenue un chancre squatté, avec des problèmes de délinquance et de drogue. Il fallait trouver une solution. Lacour devant les appartements du rez-de-chaussée est un lieu de rassemblement des jeunes. Mais les riverains ont préféré des logements plutôt qu’une sallecommunautaire ».

Depuis deux ans, la rue des Pommiers est coupée à la circulation durant l’été de 10 à 22 heures et depuis trois ans, un local collectif, gérépar le comité du Parapluie, est ouvert dans la cité le samedi après-midi et trois soirs par semaine : « On va sans doute dire que ce n’est pas suffisant, acquiescel’échevin. Mais je pense que les gens sont aujourd’hui moins tolérants. Les jeunes mettent moins d’eau dans leur vin, ils sont moins respectueux et polis. Mais lesadultes sont moins ouverts à la vie en société : c’est normal que les jeunes jouent ! »

La police manipulée ?

Le commissaire de police Yves Hendrix, est « bien au courant de la situation. Plusieurs personnes dit-il, toujours les mêmes – interpellent le bourgmestre, la Maison des Hommes,les forces de l’ordre et maintenant la presse. Au mois de juin, c’est vrai que nous avons craint une explosion : les personnes âgées trouaient les paniers de basket et lesjeunes lançaient des crasses dans les carreaux. Nous avons effectué une concentration policière dans la zone. On nous signalait un problème par téléphone :le combi de police stationnait à deux minutes de là… et ne constatait rien une fois sur place ! Deux fonctionnaires de police font aussi, depuis juin, des rondes nocturnes dansle quartier : rien ! Et les éducateurs de rue ne signalent aucune volonté d’agression de la part des jeunes. Les interpellations s’étaient estompées enaoût, après l’enlèvement des filets de basket, mais depuis septembre, les coups de fil se multiplient à nouveau ».

Les carreaux cassés ? « Un carreau, répond Yves Hendrix, cassé par un ballon. Le terrain de basket n’était peut-être pas une bonne idée, maisil pouvait susciter des rencontres entre les jeunes et les personnes plus âgées, à mobilité réduite ». La saleté ? « Un problème global dela jeunesse actuelle. Un nouveau système de nettoyage sera mis en place dans un mois ». Les graffitis ? « Le service judiciaire enquête, puisque la mode est de se fairephotographier à côté du graffiti : nous avons ciblé certains “oiseaux” ». La concentration des jeunes dans le hall du building ? « C’estexact, mais les éducateurs de rue essaient de les orienter ailleurs ». Et de préciser : « Certains perturbateurs, originaires de Seraing, ont étéinvités à partir, mais actuellement, les jeunes – 12 à 17 ans le jour, jusqu’à 20 ans le soir – ne font preuve d’aucune agressivité. Jefinis par me demander, dit-il, si la police n’est pas manipulée par la sinistrose de quelques personnes âgées qui feraient preuve d’une rage féroce envers lesjeunes. Les ados ont encore le droit de respirer ! Il ne faut pas faire un ghetto de cette cité sociale. Le problème est beaucoup plus grave avec les jeunes dans la cité duplateau des Trixhes de Flémalle, où nous allons renforcer la surveillance… »

1. Maison des Hommes. Les Marnières, 44 à 4400 Flémalle, tél. : 04 275 65 15, fax : 04 275.72.52

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