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Femmes et précarité : les dernières statistiques enfoncent le clou

L’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique1 et le Conseil wallon de l’égalité entre hommes et femmes2viennent de publier une étude sur les facteurs de précarité en Wallonie3. L’étude met en évidence les inégalités entre hommes etfemmes. Des constats lancinants qui interpellent en soi autorités publiques, employeurs et, plus largement, tous les citoyens.

12-09-2008 Alter Échos n° 258

L’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique1 et le Conseil wallon de l’égalité entre hommes et femmes2viennent de publier une étude sur les facteurs de précarité en Wallonie3. L’étude met en évidence les inégalités entre hommes etfemmes. Des constats lancinants qui interpellent en soi autorités publiques, employeurs et, plus largement, tous les citoyens.

Ce nouveau recueil statistique présenté à l’occasion d’une matinée-conférence organisée ce mardi 2 septembre au Vertbois àLiège, en présence du ministre wallon de l’Action sociale, Didier Donfut (PS), est en fait le second du genre. En 2005, en collaboration également avec le Cwef,l’Iweps publiait son premier rapport de statistiques spécifiques sur la situation des hommes et des femmes en Wallonie. Le rapport ayant eu un certain retentissement, il aété proposé en 2007 d’en réaliser une nouvelle version. Centré sur les facteurs de précarité et sur certains groupes vulnérables, cerapport aborde les thèmes du marché du travail, du revenu, du logement, de la santé, de l’emploi du temps, des liens sociaux et des valeurs (avec des statistiquesdifférenciées hommes-femmes). Un focus est proposé sur les familles monoparentales, les hommes et les femmes d’origine étrangère et les personnesâgées.

On y confirme notamment que le taux d’emploi des femmes (48,6  %) est nettement plus faible que celui des hommes (63,6  %). « Et ce n’est absolument pas, comme onl’affirme parfois, parce que les femmes seraient moins qualifiées, puisque notre étude prouve que les femmes sont en fait mieux diplômées que les hommes »,souligne Rébécca Cardelli, attachée scientifique à l’Iweps et coordinatrice de la publication.

Le temps partiel  : une solution et, surtout, un problème

Sans surprise, on apprend que les femmes salariées sont proportionnellement six fois plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel (42 % contre 7 % pour leshommes en 2006). En outre, quand les femmes ont un emploi, il est plus souvent à temps partiel involontaire (59,7 % contre 25,6 % pour les hommes). « Dire qu’il s’agitd’un choix est un faux argument, analyse Rébécca Cardelli. Qu’on arrête de dire que le temps partiel est la solution à la conciliation vieprofessionnelle, vie privée. Il faut ouvrir le débat sur la sphère familiale. Une femme sur cinq dit qu’avoir des enfants représente un frein à sacarrière professionnelle. » Ainsi, si on analyse l’emploi du temps des femmes et des hommes, le rapport confirme un certain nombre de stéréotypes : mêmelorsqu’elles travaillent à temps plein, les femmes consacrent près de 7 heures de plus par semaine que leurs homologues masculins aux tâches ménagères,familiales et aux soins des enfants. Le contraste est en outre encore plus fort au niveau des travailleurs à temps partiel, les femmes consacrant presque deux fois plus de temps que les hommesà ce genre de tâches.

Temps partiel : ébauches de solution

Les Femmes prévoyantes socialistes (FPS)4, dans un communiqué diffusé début septembre, avancent une série de pistes :

• Limiter plus strictement le nombre d’« heures complémentaires » autorisées. Moins rémunérées que les heures supplémentaires etréservées aux travailleurs à temps partiel (donc très majoritairement aux femmes), ces heures expliquent en partie le fossé de revenus entre les hommes et lesfemmes. Elles sont aussi pour beaucoup dans le développement d’une flexibilité non rémunérée, très dommageable à la conciliation de la viefamiliale et de la vie professionnelle.

• Réformer en profondeur la couverture sociale (chômage, pension, etc.) des travailleurs à temps partiel.

• Réexaminer les mesures susceptibles de rendre indirectement, aux yeux des employeurs, les emplois à temps partiel plus attractifs que les emplois à temps plein, demanière à ce que ces mesures ne puissent plus produire des effets pervers (certaines d’entre elles concernant les bas salaires, par exemple).

• Freiner drastiquement la politique de dérogations concernant la durée minimale du contrat de travail.

• Renforcer l’inspection du travail et faire une priorité de sa mission à l’égard du temps partiel. « Certaines pratiques très répanduesde contournement de la législation censées protéger les travailleurs bénéficient en effet d’une tolérance inadmissible (dépassementd’heures complémentaires autorisées, non respect de la priorité aux travailleurs à temps partiel en cas de vacance d’emploi, etc.). »

Parmi, les autres statistiques proposées, celles concernant les inégalités de revenus. En 2005, en Wallonie, l’écart salarial entre les femmes et les hommess’élevait à 12  % parmi les travailleurs salariés à temps plein et à 26  % parmi l’ensemble des travailleurs salariés (temps plein ettemps partiel confondus) dans les entreprises d’au moins 10 travailleurs. Le cumul d’un taux de chômage plus élevé, de revenus moyens moins importants, d’unearticulation plus difficile des temps sociaux dans les ménages atypiques et d’une présence plus importante des femmes parmi les seniors isolés, se traduit par un risque depauvreté plus élevé pour elles (18  %) que pour les hommes (16  %).

Les femmes isolées de 65 ans et plus sont particulièrement touchées par cette situation : près de 30  % d’entre elles connaissent un risque accru depauvreté. La pension mensuelle de retraite d’une femme est d’environ 800 euros, celle d’un homme d’environ 1 250 euros. Ceci s’explique entre autres par destrajectoires professionnelles différentes, un phénomène particulièrement prégnant pour les anciennes générations. Les femmes sont, du reste, plusnombreuses que les hommes à bénéficier de systèmes de revenu garanti pour les personnes âgées (6  % contre 3  % pour les hommes, en 2007). «Dans ces conditions, on ne peut plus affirmer que l’emploi constitue un rempart contre la précarité, insiste Rébécca Cardelli. C’est certes une conditionnécessaire mais pas une condition suffisante : en se voyant attribuer des emplois précaires, à temps partiel, à durée déterminée, les femmess’engagent dans des parcours professionnels qui fragilisent leur situation à long terme. Il est des « choix » de vie qui sont très pénalisants pour elles. »

Le
logement

En termes de salubrité et de qualité du logement, l’enquête sur la qualité de l’habitat a révélé qu’en Région wallonne, en2007, tous statuts (propriétaires et locataires) et tous types de logement (publics, privés) confondus, plus de la moitié des mères seules vivent dans des logements dontla qualité est jugée moyenne à très mauvaise, contre 37  % si l’on considère l’ensemble des autres ménages.

Cette approche large de la situation des hommes et des femmes à travers la multiplication des points de vue confirme des différences attendues, en particulier sur le marché dutravail et en matière d’emploi du temps. Elle révèle aussi que, lorsqu’il y a des « poches » de précarité, les femmes y sont souvent plusreprésentées : les femmes âgées isolées, les femmes à la tête d’une famille monoparentale, les étrangères qui viennent de pays noneuropéens sont ainsi particulièrement exposées. Ces dernières affichent un taux d’emploi de 19 %, contre 43 % pour les étrangères d’origineeuropéenne et 50 % pour les Belges. Les femmes d’origine marocaine et turque enregistrent les taux d’emploi les plus faibles… « Ce qui peut être synonyme dedépendance à l’égard du conjoint et de risque de précarité accru en cas de divorce ou de séparation », explique RébéccaCardelli.

« Toutes ces données statistiques sexuées sont essentielles si on veut objectiver les situations de vie des femmes et des hommes, identifier les inégalitéset les groupes pour lesquels il y a lieu de mener des actions prioritaires, ajoute Daniel Defays, administrateur général ad interim de l’Iweps. Les différences entreles hommes et les femmes nourrissent en effet souvent des stéréotypes qui, eux-mêmes, peuvent déboucher sur des discriminations. »

1. Iweps (Institut wallonde l’évaluation, de la prospertive et de la statistique) :
– adresse : rue du Fort de Suarlée, 1 à 5001
– tél. : 081 46 84 11
– courriel : info@iweps.be
– site : http://statistiques.wallonie.be
2. Cwef (Conseil wallon de l’égalité entre hommes et femmes) :
– adresse : rue du Vertbois, 13 C à 4000 Liège
– tél. : 04 232 98 11
– courriel : claude.gontier@cesrw.be
– site : http://www.cesrw.be
3. Les facteurs de précarité. Photographie statistique de la situation des femmes et des hommes en Wallonie, publication disponible sur simple demande
• auprès du secrétariat du Cwefh :
– tél. : 04 232 98 30
– courriel : claude.gontier@cesrw.be
• auprès du secrétariat de l’Iweps :
– tél. : 081 46 84 11
– courriel : info@iweps.be

4. FPS (Femmes prévoyantes socialistes) :
– adresse : place Saint-Jean, 1-2 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 515 04 01
– courriel : fps@mutsoc.be
– site : www.femmesprevoyantes.be

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