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Femmes en quête d’emploi : stéréotypes et inégalités ont la vie dure

Le Conseil économique et social de la Région de Bruxelles-CapitalE présentait le 24 octobre dernier les résultats d’une étude consacrée à lapolitique de l’emploi et de la formation professionnelle sous l’angle du genre1. Il s’agit de la deuxième étape sur trois que comptera l’enquêtemenée par l’Observatoire bruxellois du marché du travail et des qualifications dans le cadre du Pacte social pour l’emploi des Bruxellois lancé en 2002. Constats etinterpellations.

14-11-2005 Alter Échos n° 197

Le Conseil économique et social de la Région de Bruxelles-CapitalE présentait le 24 octobre dernier les résultats d’une étude consacrée à lapolitique de l’emploi et de la formation professionnelle sous l’angle du genre1. Il s’agit de la deuxième étape sur trois que comptera l’enquêtemenée par l’Observatoire bruxellois du marché du travail et des qualifications dans le cadre du Pacte social pour l’emploi des Bruxellois lancé en 2002. Constats etinterpellations.

Mauvais genre

Dans les trois domaines observés, les constats confirment la répartition traditionnelle des rôles entre hommes et femmes. D’abord, dans la plupart des mesuresd’accompagnement à la recherche d’emploi, l’Observatoire relève la parité entre femmes et hommes. Mais certains dispositifs comptent plus de membres d’unsexe ou de l’autre en fonction de l’orientation vers une profession ou un secteur particuliers. Soins aux personnes pour les femmes, construction pour les hommes…

En outre, l’étude observe que dès la rédaction et la diffusion des offres d’emploi, des « marqueurs de parité » apparaissent trèssouvent. Les profils de fonction sont plus souvent présentés en vertu de compétences attribuées conventionnellement aux hommes ou aux femmes que d’aprèsl’identification des besoins réels liés à la fonction. De plus, en 2003, si une offre d’emploi satisfaite sur deux l’a été par l’engagementd’une femme, elles sont plus nombreuses que les hommes à avoir signé des contrats à durée déterminée ou à temps partiel.

Ensuite, en matière de formation professionnelle, trois constats ressortent. Primo, une fois encore, les femmes se retrouvent en plus grande concentration dans les formations desecteurs particuliers (soins de santé, administration, services aux personnes). Secundo, en moyenne, elles suivent un nombre inférieur de jours de formation que les hommes.Tertio, elles obtiennent plus souvent que les hommes de bons résultats lors des formations, et décrochent plus souvent qu’eux des emplois à l’issue decelles-ci. Précisons toutefois que l’Observatoire n’est pas en mesure de connaître les conditions de travail liées à ces emplois.

Enfin, concernant l’aide à l’emploi, on retrouve les discriminations hommes–femmes en fonction des secteurs auxquels s’appliquent prioritairement les mesures. Ainsi,les postes d’agents contractuels subventionnés (ACS), qui couvrent les secteurs du non-marchand, sont occupés aux deux tiers par des femmes. Par contre, les programmes detransition professionnelle (PTP), qui concernent en grande partie des fonctions d’ouvriers d’entretien de lieux publics, ne comptent qu’un tiers de femmes.

Sacrifice ?

Parmi les principaux facteurs discriminants mis en évidence par l’étude, la question de la garde d’enfant semble occuper une place de choix. C’est d’ailleurs surcet axe qu’a souhaité travailler l’Orbem (en collaboration avec des crèches partenaires) dans l’une des mesures d’accompagnement des chercheurs d’emploi, quibénéficient presque exclusivement aux femmes. Du côté des travailleurs, l’étude montre que la question de la garde est tout aussi prégnante via lesformules de crédit-temps et d’interruption de carrière. Ce sont principalement des femmes qui y ont recours, en particulier des femmes entre 25 et 40 ans. Le peu d’hommesqui en profitent a souvent plus de 50 ans. Ces femmes sacrifieraient-elles donc leurs revenus et leur carrière pour s’occuper des enfants ? Faute d’infrastructures d’accueilsuffisamment nombreuses et accessibles ?

Suites

Afin de mener une politique de l’égalité des chances efficace, il faut avoir une vision précise de ce qui se passe sur le terrain. Un bon diagnostic suppose desdonnées pertinentes et fiables. Or, les chercheurs ont souvent fait face à la difficulté d’obtenir des données réparties selon le genre. En particulier dansle domaine de l’aide à l’entrepreneuriat pour lequel tant la SRIB (Société régionale d’investissement de Bruxelles), que les centres d’entreprise et lesguichets d’économie locale ont été sollicités. Aucun n’aurait pu préciser le nombre de femmes ou d’hommes ayant sollicité une informationou bénéficié d’un accompagnement à la création de leur entreprise. Systématiser le recensement de données réparties par genre sembleêtre la réponse appelée par ce constat. Ce qui suppose que les acteurs de terrain soient prêts à évaluer et à adapter leurs actions en regard de ce queleur révéleraient ces chiffres.

Autre lacune dans les données disponibles : celles qui concernent la nature et la qualité des emplois (finalement) occupés par les personnes concernées par les troiscatégories de mesures. Ce constat semble plaider en faveur d’un renforcement de l’accompagnement en emploi des usagers et d’un monitoring statistique de celui-ci.

Par ailleurs, rappelle l’étude, « l’objectif principal des mesures pour l’emploi vise à renforcer la position de groupes défavorisés sur lemarché de l’emploi ». Parmi ces groupes, il y a les personnes peu qualifiées ou en chômage de longue durée. Dans ceux-ci, la position des femmes n’est pasidentique à celle des hommes dans la même situation. Les statistiques du chômage et de la recherche d’emploi ne rendent pas compte de toutes les réalitésvécues selon le genre. Ce qui confirme la nécessité pour les décideurs politiques de prendre en considération la dimension de genre lors del’élaboration de projets concrets.

Dans cette perspective, on suivra avec attention l’élaboration et la mise en œuvre du plan d’action spécifique « genre » que prépare le Conseiléconomique et social. De même des suites qui seront accordées par le Parlement bruxellois à la proposition de résolution des députées P’Tito (PS)et Fremault (CDH). Déposée à l’occasion de la rentrée parlementaire, elle vise à accorder une attention particulière aux familles monoparentales(62.000 à Bruxelles), aux femmes faiblement qualifiées, d’origine étrangères ou dites « rentrantes sur le marché du travail ».

1. Téléchargeable à partir du site de l’Observatoire www.orbem.be

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