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Emile ou le concept  » Tupperware  » au service du commerce équitable

En matière de vente à domicile, tout le monde connaît les fameux Tupperware, il va désormais falloir compter avec un nouveau venu qui répond au nomd’Emile1, mais ici point de boîtes en plastique, on ne vend que de l’équitable.

10-02-2006 Alter Échos n° 202

En matière de vente à domicile, tout le monde connaît les fameux Tupperware, il va désormais falloir compter avec un nouveau venu qui répond au nomd’Emile1, mais ici point de boîtes en plastique, on ne vend que de l’équitable.

Si Emile emploie aussi des ambassadrices à domicile, il en va tout autrement des produits proposés. Il s’agit ici de faire découvrir des produits issus du commerceéquitable2 à un public non averti lors d’une réunion conviviale chez un particulier. Quelques amis se réunissent chez l’un d’entre euxoù une ambassadrice arrive avec un kit de présentation où l’on peut retrouver une vingtaine de produits proposés dans un catalogue qui en compte plus d’unecentaine.

À la différence des Magasins du monde Oxfam avec qui Emile partage la même centrale d’achats pour la majorité de ses produits, aucune boisson, nourriture oucosmétique ne sont vendus, il s’agit uniquement de produits artisanaux de décoration développés par des artisans du Sud – décorations en pierre, bois,céramique, verre, art de la table, tissus, etc. Les personnes intéressées commandent sur un listing, le paiement se fait le plus souvent lors de la réunion et une semaineaprès, elles reçoivent leur commande chez la personne chez qui la réunion s’est déroulée.

Bien plus que de la vente

Mais le concept d’Emile va au-delà de la simple vente :  » Nous avons aussi une mission de sensibilisation. Nos ambassadrices accompagnent la vente d’une informationcomplète sur le commerce équitable et les produits. Elles expliquent d’où viennent les objets : d’une entreprise d’État, d’unecoopérative… Elles précisent aussi comment l’argent sera réinvesti sur place.  » Une démarche qui, selon Mélinda Servais, une des deux fondatricesd’Emile, est moins aisée dans les magasins de commerce équitable, qui possèdent aussi en général un public déjà averti.  » Nous, clairement,notre objectif est d’atteindre ceux qui ne sont pas encore sensibilisés à la démarche. « 

Le projet Emile est né de la collaboration de deux personnes nourries d’expériences professionnelles et personnelles complémentaires, Mélinda Servais,criminologue, actuellement en pause-carrière, et Jean-Marc Richir, qui possède sa propre entreprise de vente à domicile mais a aussi collaboré avec de nombreuses ONGtelles que Handicap International et Oxfam. Une volonté commune les anime : être une entreprise marchande  » différente  » :  » Si le commerce équitable est une desplus-values d’Emile, notre volonté est aussi de mettre en œuvre une vraie stratégie marketing, fondamentale pour le développement de la coopérative et de sonautofinancement. Il faut rappeler qu’Emile vise à contribuer de manière récurrente au développement des populations précarisées du Sud. Nous faisons certesde l’économie sociale, mais nous sommes aussi une vraie entreprise marchande. La priorité d’Emile est le commerce équitable, mais ce dernier excluant autantqu’il n’inclut, cela nous motive aussi à présenter une gamme restreinte de produits éthiques3. »

Business plan, programme par objectifs hebdomadaires et mensuels pour les responsables régionales et les ambassadrices, gestion informatique des stocks, etc.  » Nous fonctionnons comme uneentreprise classique marchande, mais clairement, pour nous, le profit est un moyen et non une fin en soi.  » Les fondateurs évoquent aussi la participation des responsables régionalesà la vie de l’entreprise et pour plus tard, une fois le projet posé, une éventuelle redistribution des bénéfices.

Parmi les difficultés rencontrées par l’entreprise, un obstacle de taille pour un projet qui est encore en phase test : le pré-financement des commandes aux producteurs.Dans le commerce équitable, il est en effet de règle de préfinancer les produits, ici à hauteur de 50 %, ce qui permet au producteur sur place d’acheter samatière et de faire vivre sa famille sans attendre que sa production soit vendue,  » ce qui signifie aussi pour nous, de pouvoir disposer de suffisamment de trésorerie… pasévident lorsqu’on démarre », précise Mélinda Servais.

Mise en place

C’est fin juin 2005 qu’Emile a vu le jour en Wallonie et à Bruxelles. La formule tourne. La coopérative a aujourd’hui recruté ses cinq responsablesrégionales. Celles-ci au terme d’un programme de formation ont entamé leurs premières réunions à domicile, début septembre. Elles doivent maintenantrecruter, chacune des ambassadrices qui, à terme, feront elles-mêmes le travail de terrain, en tant que commissionnaires occasionnelles. Les responsables, elles, seront en charge de lagestion et du développement de leur réseau.

L’entreprise a le statut de coopérative et est soutenue par la Région wallonne via sa compétence  » Promotion de l’emploi pour la femme « . Un des objectifsd’Emile est en effet aussi de créer des emplois comme responsable régionale et comme ambassadrice, même s’il ne s’agit que d’un revenucomplémentaire. Les ambassadrices ont en effet le statut de commissionnaires occasionnelles, qui peut être combiné avec un autre travail ou des allocations de chômage. Ellessont payées à la commission, entre 20 et 30 % des ventes effectuées, Emile a défini des règles éthiques dans le commissionnement de son réseau. Iln’existe par exemple pas de système de  » marrainage « , les ambassadrices ne touchent pas de pourcentage sur les ventes d’une ambassadrice renseignée.

Les ambassadrices sont toutes jusqu’à présent des femmes, comme souvent dans la vente directe ; elles ont 40-45 ans et désirent retravailler avec des horaires flexiblesou compléter leur fin de mois : Emile compte ainsi quelques ambassadrices qui sont par ailleurs enseignantes.  » Nous ne leur imposons pas d’avoir au départ des connaissances encommerce équitable, pour cela, nous leur prodiguons une formation, nous ne faisons pas non plus de militantisme, ni de politique. Être ambassadrice Emile, c’est avant toutêtre sociable, flexible, avoir de l’humour, mais aussi avoir la volonté de s’inscrire dans une activité rémunératrice qui a du sens. » Avis aux amateurs…

Et pour ceux qui se demanderaient pourquoi  » Émile « , voici une petite explication : en 1762, Jean-Jacques Rousseau, écrivain et philosophe, rédige L’Emile ou del’éducation ?. Dans ce récit, il ose l’idée que l’homme est naturellement bon, que c’est la société qui le corrompt et ledénature. Une pensée qui constitue le ciment de la philosophie d’entreprise d’Emile.

1. SCRL Emile, rue de Forville, 23 à 5380 Cortil-Wodon – info@emile-justbe.com – Les coordonnées des responsables régionales figurent sur le site.

2. Le commerce équitable s’intéresse aux producteurs (en particulier les plus défavorisés) et a pour but premier l’amélioration de leurs conditionsde vie, le renforcement de leur position économique et sociale. C’est un commerce avec une dimension durable, sociale et environnementale.
3. Il s’agit d’un commerce respectueux des partenaires de l’échange. Ceux-ci entretiennent leurs relations commerciales librement et fixent leurs prix par unenégociation équilibrée. Le commerce éthique accorde un certificat de conformité aux grands centres de production déjà développés enfonction de critères sociaux.

catherinem

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