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Ecoles de devoirs  : deux visions qui s'affrontent

Une étude du Forum bruxellois de lutte contre la pauvreté sur les écoles sème la discorde.

06-02-2011 Alter Échos n° 309

Le Forum bruxellois de lutte contre la pauvreté1 a publié une étude sur le rôle des écoles de devoirs dans l’accrochage scolaire des enfants pauvres.Selon eux, les écoles de devoir ont délaissé le « devoir » au profit du « développement personnel » des élèves.Une étude qui bouscule le secteur.

Le futur des écoles de devoirs est l’objet de débats passionnés. La pomme de discorde, c’est une étude du Forum bruxellois de lutte contre la pauvreté,intitulée « le rôle des écoles de devoirs dans l’accrochage scolaire des enfants pauvres ». L’étude est conséquente, elle a étéréalisée sur une dizaine de mois et s’est penchée sur le discours des animateurs d’écoles de devoirs, de parents d’élèves et, bien sûr,d’enseignants.

Si l’on voulait extraire de cette étude la substantifique moelle, voici ce qu’en serait la teneur  : les écoles de devoirs ont abandonné leur rôle historique delutte contre la pauvreté infantile via un travail consacré aux travaux scolaires. Le discours des animateurs tend à faire des écoles de devoirs un lieu de« développement personnel » où l’on fait un peu de théâtre, de sport, de jeux, mais où l’on désinvestit les devoirs, contrairementà ce que voudraient les parents. »

Dès lors, il faudrait que les écoles de devoirs se recentrent sur le travail scolaire à domicile et relaient vers des maisons de jeunes, des écoles de musique, ou desassociations de sport, en fonction des demandes des élèves, plutôt que de tout mélanger. Une position qui se rapproche de celle de Charles Picqué (PS), dont lescompétences touchent aux écoles de devoirs via la cohésion sociale à la Commission communautaire française. Pour Nicolas de Kuyssche, l’un des deuxrédacteurs de l’étude, qui s’exprimait lors d’un colloque  : « Le devoir est le sésame pour réinvestir la sphère scolaire etfamiliale. »

Travailler le rapport au savoir

Certaines des conclusions de cette étude restent en travers de la gorge des écoles de devoirs. Surtout que cette étude et ses conclusions interviennent alors que le cabinet deJean-Marc Nollet (Ecolo), ministre de l’Enfance à la Communauté française, a entamé des discussions pour évaluer le décret écoles de devoirs et enproposer un toilettage.

L’étude du Forum bruxellois vise clairement à peser lors des discussions de modification du décret. Véronique Marissal est coordinatrice de la Coordination bruxelloisedes écoles de devoir2. Elle réfute les postulats de base de cette étude  : « Nicolas de Kuyssche veut qu’on donne plus de place au devoir, sans jamaiss’interroger sur le devoir lui-même. Nous, on travaille avec les enfants le rapport au savoir, l’apprentissage, non pas pour appliquer une règle bêtement, mais pour lacomprendre. De plus, nous avons un projet global. Quand on construit une petite maison avec les enfants, ils comprennent ensuite le sens que cela a, à l’école, de travailler lesangles, la géométrie. Le devoir n’y parvient pas. » Les différentes activités “ludiques” proposées sont donc vues comme un moyen d’accéder au savoirpar d’autres chemins que l’école. Lorsque cette étude recommande aux écoles de devoirs de moins investir ces activités et d’orienter les enfants vers des associations dontc’est justement l’objet social, Véronique Marissal rétorque  : « Avant de faire une telle recommandation, il aurait dû faire une étude de l’offre dans lesquartiers. Dans certains quartiers, nous sommes la seule activité après l’école. » Enfin, lorsqu’on aborde le sujet de la lutte contre la pauvreté,Véronique Marissal nous offre un exemple pour relativiser les assertions de Nicolas De Kuyssche  : « Ceux qui “échappent” aux écoles de devoirs ne sont-ils pasjustement freinés par le fait que c’est le devoir qui constitue la porte d’entrée  ? Où sont les enfants de l’enseignement spécialisé  ? Ou même del’enseignement de type 8 (enfants présentant des troubles instrumentaux), qui n’ont pas de devoir  ? Il s’agit du public le plus fragilisé. En se centrant sur les devoirs, on faitvenir le public le plus mobilisé par l’école. »

Face à ces deux conceptions qui s’affrontent, la Coordination des écoles de devoirs estime qu’il faut réunir tous les acteurs pour arriver à se mettre d’accord sur cequ’on entend par « soutien scolaire » et « devoir ».

1. Forum bruxellois de lutte contre la pauvreté :
– adresse : rue Fernand Bernier, 40 à 1060 Bruxelles
– tél.  : 02 348 50 23
– courriel  : forumpauvrete@village.uunet.be
– site  : www.fblp.be

2. Coordination bruxelloise des écoles de devoirs :
– adresse : rue de la Borne, 14 à 1080 Bruxelles
– tél.  : 02 411 43 30
– courriel  : cedd_bxl@yahoo.fr

Cédric Vallet

Cédric Vallet

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