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Dispositif anti-SDF à Ixelles, l’épilogue

Le 20 avril dernier, la librairie Ptyx poussait un grand cri d’indignation contre un dispositif anti-SDF installé aux abords du magasin Delhaize d’Ixelles. Un événement devait démonter ce dispositif le mercredi 29 avril à 16h. In fine, ce fut le grand magasin qui s’en chargea. Le rassemblement fut maintenu, histoire de célébrer cette petite victoire.

05-05-2015
(c) Christophe Wiener, www.librairie-ptyx.be

Le 20 avril 2015, la librairie Ptyx poussait un grand cri d’indignation contre un dispositif anti-SDF installé aux abords du magasin Delhaize d’Ixelles. Dans la foulée, un événement Facebook fut lancé pour inviter toute personne sensible à la cause à venir démonter ce dispositif qualifié d’inhumain le mercredi 29 avril à 16h. L’appel fut suivi par près de 500 participants potentiels et relayé massivement dans les médias, tant spécialisés que généralistes. Face à cette pression médiatique, le grand magasin décida de faire machine arrière et de démonter l’installation incriminée le matin-même de l’événement. Celui-ci fut maintenu et transformé en rassemblement festif. Echos de la célébration d’une petite victoire. 

Ixelles, rue de Hennin. Une trentaine de personnes occupent l’espace public en face du Delhaize. Il y a là des citoyens lambda, des enfants, des connaisseurs du secteur social mais aussi des hommes qui, suivant des trajectoires diverses, ont un jour vécu dans la rue.

Eric est l’un d’entre eux. Il parle de solutions concrètes au problème du sans-abrisme. Selon lui, il suffirait d’une contribution approximative de 25€ par citoyen pour construire ou simplement racheter des logements qui pourraient accueillir les 50.000 personnes qui n’ont pas de toit en Belgique. Concernant l’installation anti-SDF mise en place par Delhaize, il la qualifie d’installation provisoire d’un grand magasin dans l’espace public, que l’on peut considérer tout aussi illégale que l’installation provisoire des SDF sur une propriété privée. Ces deux idées s’annulent et là n’est pas le problème.

A côté de lui, Didier peut s’appuyer sur une grande expérience de travail avec les personnes qui vivent dans la rue. Il évoque le buzz autour de l’affaire grâce aux médias et aux réseaux sociaux. Il se réjouit de l’intérêt que peuvent montrer les journalistes et les citoyens pour le sort des plus faibles. La misère fait selon lui partie de la vie et il ne sert à rien de l’occulter. Il souligne l’importance du regard que l’on pose sur les SDF et la possibilité de parler de leur situation dans les écoles pour ouvrir les esprits à cette réalité. Lui aussi avance des pistes de solutions, notamment celle du Housing First. Selon Didier, la rue est criminogène et véhicule bon nombre de maladies. « Cela coûte à la société, les frais d’hôpitaux et de prison. Si on part juste d’un raisonnement économique, il est plus intéressant d’accompagner et de loger les sans-abri. C’est une barbarie de les laisser dans la rue  ».

Sur le trottoir du Delhaize, deux trentenaires affrontent le vent en compagnie d’autres sympathisants. Ils « célèbrent une victoire contre la violence latente des entreprises ». Delhaize aurait eu peur pour son image après le conflit social que l’entreprise a connu récemment. A l’évocation d’un argument avancé par un passant, à savoir la piètre image que renvoient les SDF aux enfants en particulier, un des trentenaires s’insurge : « Cela peut provoquer la réflexion chez les enfants. Ce sont des accidents de vie qui mènent certaines personnes dans la rue. Cela peut arriver à tout le monde. Si tu expliques cela à un enfant, il comprendra très bien. Les enfants, ce n’est pas le souci. Le problème, c’est qu’en tant qu’adultes, nous devons être conscients que nous sommes dans une société où la misère grandit… Le SDF représente les peurs d’une société et du coup ses chimères et ses risques ». Il affirme que c’est la crise qui est à l’oeuvre. En Espagne et au Portugal, les personnes qui dorment dans les sas et les lieux publics sont légion. Les mesures du gouvernement en Belgique vont dans le sens de ce qui a été fait dans d’autres pays européens, et qui a échoué selon lui. « Ces gens sont notre futur et nous ne voulons pas voir ce futur en face … Cacher la misère n’est pas une solution pour éviter la crise ». Comme solution possible , il parle des 30.000 bâtiments vides à Bruxelles. « Si des gens vivent dans un bâtiment inoccupé, il se dégrade moins ».

Partie prenante au projet Doucheflux, Anne explique sa présence sur place : « Ce qui me touche, c’est qu’on rejette des gens dont personne ne s’occupe. Ils n’ont aucune autre solution que celle d’être là et on ne leur donne pas le droit d’exister ». Le message qu’on leur envoie ? « Tu pollues notre paysage et tu déranges les braves gens. C’est odieux. Je pense que tout le monde est capable de regarder un SDF en face ».

En guise d’épilogue

Voici un court échange avec Emmanuel Requette, le libraire/initiateur de la mobilisation :

AE : Qu’est-ce qui a animé ta démarche de mobilisation ?

ER : Nous nous étions réunis, moi-même et deux amis pour vérifier la “qualité” des panneaux que nous projetions dans un premier temps de venir démonter durant la nuit.  Nous nous sommes alors dit que, considérant notre action légitime, il n’était pas nécessaire de le cacher. Voire cela nous semblait déforcer la portée symbolique de l’acte en lui-même.  Nous décidâmes donc de le rendre public et d’utiliser cet appel pour alerter plus largement sur cette problématique.

AE : Les étapes clés du processus qui a abouti à l’épilogue – temporairement – heureux ?

Il n’y en eu qu’une mais graduelle : la médiatisation.  L’ampleur de celle-ci fit qu’à un moment, Delhaize n’eut plus le choix.

AE : Un autre élément que la médiatisation ?

Une certaine prise de conscience des argument moraux avancés. Et puis, les réactions communales, assez étonnantes, leur ont permis, je pense, de ne plus passer pour les seuls “méchants”.

AE : Ta vision du rassemblement de mercredi en quelques mots.

Ca fait du bien de gagner de temps en temps…

 

Aller plus loin

Alter Echos n°390, Dossier « Cachez ce mendiant que je ne saurais voir », 14 octobre 2014

Dossier du CBCS, “Bienvenus dehors !“,  BIS n°172, décembre 2014

 

Marie-Eve Merckx

Marie-Eve Merckx

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