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"Des sans-abri et mal logés se mobilisent pour les paysans sans terre du Brésil"

23-04-2001 Alter Échos n° 96

Ce 17 avril, vers 17 heures, avait lieu une manifestation avenue Franklin Roosvelt, à Bruxelles, devant la mission diplomatique du Brésil auprès de l’Union européenne.”Cette action vise, a-t-on pu entendre, à dénoncer la situation des paysans sans terre brésiliens et l’impunité, depuis cinq ans déjà, des auteurs dumassacre de 19 paysans sans terre, à Eldorado do Carajàs (Brésil) perpétré par la police militaire pendant une manifestation de protestation.” Outre unedélégation du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), des sympathisants étaient présents dont des travailleurs et des usagers de Solidarités nouvelles1de Charleroi. En tout, une cinquantaine de personnes étaient là pour appuyer la cause du MST.
Mais que vient faire cette douzaine de travailleurs et usagers de Solidarités nouvelles, Comme chez nous et Sans-abri castor à cette manifestation ? Leur présence s’inscrit dansun contexte de soutien et d’échange mutuel. Pierre, un usager des services à Charleroi explique que “c’est en signe de solidarité, et peut-être qu’ils pourront un jour nousrenvoyer l’ascenseur quand nous aussi ont en aura besoin. Et puis quelque part, on est tous dans le même bateau.”
Depuis plusieurs années, en collaboration avec Entraide et Fraternité, des liens se sont noués et des échanges sont nés entre des Brésiliens de la Pastoraledu Logement de Sao Paulo et des services actifs en matière de lutte pour la défense du droit au logement en Belgique.
En 1996, deux Brésiliens ont été accueillis en Belgique et sont allés visiter le projet Comme chez nous. Il s’agit d’un centre d’accueil de jour pour les sans-abri et mallogés situé à Charleroi. Ce centre offre un lieu pour les personnes à la rue pour qu’ils puissent y trouver un “chez soi” où s’asseoir, se chauffer, prendre unedouche, laver leur linge, parler et être orientés vers d’autres services compétents.
Pendant un an, les Belges ont préparé un voyage pour rencontrer le MST au Brésil. Dés le départ, l’idée était d’associer au maximum les gens endifficulté à cette expérience et pas uniquement les militants de base, travailleurs du secteur et d’Entraide et Fraternité. La volonté était égalementque des usagers des services aient la possibilité de se rendre au Brésil. Cela n’a toutefois pas été possible et finalement, ce sont cinq travailleurs qui sontallés au Brésil il y a quelques mois. Mais pour Solidarités nouvelles, nous explique un travailleur, le souci est d’associer les bénéficiaires, de leur expliquerà chaque étape où on en est. Concrètement, durant le voyage, des e-mails étaient envoyés régulièrement pour informer ceux restés enBelgique sur le déroulement du voyage, les premières découvertes et étonnements. Au retour, il y a eu une séance d’information à chaud avec une projection dedias du voyage. Pour tous, c’était une première occasion de faire une comparaison avec la Belgique. Les travailleurs se sont également faits l’écho des occupationsd’immeubles qui ont quelque chose à voir avec l’occupation d’immeubles vides en Belgique.2 Mais ce qui marque là-bas, c’est l’ampleur du phénomène. Ce sont pas moins d’unecentaine de familles qui occupaient un immeuble laissé vide. Enfin, un autre élément marquant est aussi que les actions sont basées sur la construction en commun, lesaspects communautaires et l’organisation collective. “Et, explique ce travailleur, être présent à cette manifestation-ci, avec la délégation de MST et avec des garsde Solidarités nouvelles, c’est déjà raviver des capacités de mobilisation des gars”.
Pour Jean-Paul Chaballe, d’Entraide et Fraternité, l’idée de ce voyage est aussi de développer des compétences, et un autre regard sur le travail, de renforcer despratiques, d’échanger des expériences. Et, pour lui, MST a à partager, non seulement en matière d’organisation collective, mais aussi en matière d’interpellationpolitique et de travail médiatique. Enfin, explique-t-il, l’idée de cet échange est que les revendications des Brésiliens puissent nourrir et structurer les revendicationsdes sans-abri belges et vice versa.
Si on demande aux travailleurs de Solidarités nouvelles si leur action va dans le sens de la mondialisation, David Praille répond qu’il préférerait peut-être leterme de globalisation. “La globalisation des solidarités, une autre façon de concevoir de nouveaux possibles. Mais, ajoute-il, seulement en lien étroit avec des enjeux concretsqui concernent nos gars3”.
1 Solidarités Nouvelles, rue de Montigny 29 à 6000 Charleroi, tél. : 071 30 36 77, fax : 071 30 69 50.
2 Outre l’expérience très médiatique du squat du Château de la Solitude, d’autres ont lieu actuellement dans notre pays.
3 Un journaliste accompagnait le groupe et présente un reportage intitulé “Visita do Brasil” à travers quatre numéros du Ligueur (n°8 à 11, février/mars2001).

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