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"Débat autour des candidats réfugiés et de la position du travailleur social dans la nouvelle politiq"

09-04-2001 Alter Échos n° 95

Dans le cadre de la journée d’échange et de réflexion intitulée “Les Carrefours du social” organisée ce 27 mars par l’Institut Cardijn1 àLouvain-la-Neuve, un atelier avait pour thème l’évolution des politiques d’accueil, les incidences de la transformation de l’aide financière en aide sociale matérielleainsi que les influences de cette modification sur la position du travailleur social.
Dans l’auditoire, outre un grand nombre d’étudiants, étaient présents une dizaine de travailleurs sociaux s’occupant de l’accueil des candidats réfugiés soit dansles CPAS, soit dans les Centres d’accueil pour réfugiés. Animé par M. J.-P. Funck, maître assistant à l’Institut et juge au tribunal du travail de Nivelles, cetatelier accueillait deux intervenants : Mme D. Bouchat, travailleuse sociale au Centre des immigrés de Namur et membre de la Commission de régularisation ; et M. L. Walravens, chef duservice social du CPAS de Nivelles.
Sur les justifications de la mise en place de l’aide matérielle, le terrain s’exprime. Un des arguments avancés par les responsables politiques pour mettre en place cette aidematérielle est que l’aide sociale financière est détournée par des filières mafieuses. Mme Bouchat relativise et explique que ces filières, si ellesprofitent financièrement à certaines personnes, sont aussi un moyen plus ou moins sûr pour quitter un pays. Un autre argument pour justifier l’aide matérielleavancée est de verser à un plus grand contrôle et d’éviter que des gens partent en clandestinité. “Au niveau des CPAS, explique Mme Bouchat, l’assistant social n’apas forcément été engagé pour faire de l’aide matérielle dans le cadre d’une Initiative collective locale. Or, les pratiques sont fort différentes. D’unepart, l’aspect contrôle est bien plus important et d’autre part, cela mène l’intervenant, par exemple, à devoir aller faire les courses pour les gens qui ont tout à fait lacapacité et le temps de le faire.” Un autre revers de la médaille, énoncé par M. Walravens, est qu’au niveau du travail social, il y a une réduction des moyensd’apprentissage à vivre dans notre société.
Ce qu’expriment nombre de travailleurs sociaux de l’atelier, c’est l’arbitraire qui règne dans le cadre de cette nouvelle forme d’aide. Arbitraire tant d’un travailleur à l’autre qued’une commune à l’autre. Une fois la convention signée avec l’État fédéral, les CPAS reçoivent une certaine somme d’argent par personne et par jour pour laprise en charge. Toute liberté est laissée au CPAS dans l’utilisation des moyens alloués. Pour les réfugiés, tout besoin doit faire l’objet d’une demandeauprès du CPAS qui statue en dehors de toute règle claire. Un exemple touche la question de l’alimentation. Dans certains cas, les personnes doivent passer commande à l’assistantsocial qui fait les courses et les leur apporte, ou bien il les accompagne pour faire leurs achats. Dans d’autres cas, les personnes perçoivent une somme calculée sur la base d’unmontant par jour et par personne, parfois sous forme de chèques-repas, parfois en argent liquide. En outre, ce montant varie lui-même d’une commune à l’autre. Il subsiste parfoiscertaines zones d’autogestion mais de manière générale ces zones ont tendance à se rétrécir. Pour Mme Bouchat, “la population des demandeurs d’asileest pourtant un public autonome. Dans la majorité des cas, ceux qui quittent le pays ne partent pas pour le plaisir et ont une bonne raison de se réfugier. Ils savent sedébrouiller et, s’ils sont très présents dans les permanences sociales durant les trois à cinq premiers mois, ils ne reviennent plus après que pour des questionsponctuelles. En outre, peu de guidances budgétaires sont nécessaires. Or, cette nouvelle pratique en fait des assistés, un comble pour des assistants sociaux qui ont apprispendant toute leur formation à faire des gens des personnes autonomes !”
Par ailleurs, une intervention portait sur le flou qui règne autour des possibilités de recours quant aux aides accordées. En ce qui concerne les finances publiques, quoique lasolution semble plus coûteuse pour l’État, les communes sont grandement incitées à mettre sur pied des initiatives locales d’accueil. À titre d’exemple, explique M.Walravens, un accueil en Initiative collective locale vaut deux réfugiés sans Initiative. Par ailleurs, M. ùalravens rend compte aussi du fait que certaines communes, en bonnesgestionnai- res, se frottent déjà les mains et sont heureuses de cette nouvelle approche qui leur permet de faire des bénéfices et leur donnent de nouvelles marges demanœuvre.
Et Mme Bouchat, replaçant bénéficiaire et travailleur social au premier plan, de poser une question somme toute essentielle : en tant qu’assistant social, jusqu’où est onprêt à aller par rapport à ce public-là ? et ne risque-t-on pas un glissement vers une aide similaire pour les minimexés belges ?
1 Institut Cardijn, Haute École Charleroi-Europe, rue de l’Hocaille, 10 à 1348 Louvain-la-Neuve, tél. : 010 48 29 99.

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