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Barcelone s'indigne… et s'attaque à la crise du logement

Le mouvement des indignés s’attaque désormais au droit au logement. Ils sont aidés par la plate-forme des affectés par l’hypothèque (PAH) et se battent pourempêcher les expulsions.

09-10-2011 Alter Échos n° 324

Le mouvement des indignés s’attaque désormais au droit au logement. Ils sont aidés par la plate-forme des affectés par l’hypothèque (PAH) et se battent pourempêcher les expulsions.

Barcelone est l’une des villes d’Espagne les plus touchées par le droit au logement. Les expulsions y sont de plus en plus courantes à mesure que la crise s’éternise.

« J’ai acheté un appartement avant la crise, quand tout allait bien. Aujourd’hui, mon fils, mon mari et moi avons tous perdu notre travail et nous ne savons plus payer notreemprunt. Nous attendons l’avis d’expulsion qui ne devrait pas tarder », explique Fanny Osorio Montes, une indignée.

Avant la crise, les banques prêtaient facilement à tout le monde. Elles fixaient le prix des biens immobiliers et expliquaient qu’en cas de non-paiement, le simple fait de rendrel’appartement rembourserait la totalité du prêt. Mais dans les faits, c’est fort différent  : la loi est perverse et surprotège les banques. « Si tuachètes un appartement à 300 000 euros et que tu paies pendant trois ans, il te reste 290 000 euros à rembourser. Si tu ne peux plus payer à cause de la crise,ton appartement est vendu aux enchères et tu n’as pas le choix », explique Ada Colau, porte-parole de la PAH1.

La perversion de la loi se traduit comme suit  : à partir du moment où la salle de vente est vide (et en période de crise, elle l’est pratiquement tout le temps) la banquepeut s’adjuger l’appartement à 50  % du prix initial. « Du coup, avec le rachat de ton appartement à 150 000 euros, il te reste 140 000 euros de dettes. Maisavec les intérêts de retard qui avoisinent les 20  % et les frais de justice qui sont très élevés, tu finis avec une dette presque égale à celleque tu avais avant d’être expulsé. Même en travaillant tout le reste de ta vie, tu n’en verras jamais le bout », continue Ada Colau.

Bien plus qu’une expulsion

Depuis le début de la crise, 300 000 familles ont été expulsées dans toute l’Espagne. Etre expulsé de chez soi, c’est aussi être expulsé dusystème social. Les gens sont sur des listes noires et n’ont plus accès aux aides sociales. Peu importe ce qu’ils font, ils ne s’en remettront jamais.

« Quand on a commencé la plate-forme il y a deux ans et demi, on pensait trouver des gens fâchés, mais on s’est retrouvé face à des personnessubmergées par le désarroi, sentant leur monde s’écrouler. Ils devaient d’abord affronter la perte de leur emploi, ensuite celle de leur maison et enfin se rendre compte qu’ilssont condamnés à vie financièrement, mais aussi socialement », se désole Ada Colau.

Fanny Osorio Montes explique qu’elle vient de Colombie et qu’elle a investi toutes ses économies dans son appartement. Dans quelques semaines, elle se retrouvera sans rien.« Quelle solution me reste-t-il  ? Rentrer en Colombie  ? Etre encore plus pauvre qu’avant de migrer en Espagne  ? Comment vais-je payer un loyer en plus de ma dette  ? Ilme reste quoi comme solution  ? La rue  ? » Elle est inquiète et voit la mobilisation citoyenne comme son seul espoir.

L’Etat espagnol ne compte presque pas de logements sociaux. Les chances d’en obtenir un sont nulles. Pourtant, il y a entre 2 et 4 millions de maisons inhabitées et les banques ne cessentd’augmenter ce nombre en continuant les expulsions.

Une des campagnes de la PAH intitulée « Arrêtez les expulsions » consiste en une action directe non violente  : il y a une loi injuste et ilsconsidèrent que c’est non seulement un droit, mais aussi un devoir d’y désobéir. « Quand il y a un avis d’expulsion, nous allons physiquement devant les maisons etnous les arrêtons de manière pacifique. Nous avons déjà empêché 74 expulsions. Ce n’est pas une solution à long terme, mais nous gagnons du temps. Nousaidons les gens à squatter leur logement après leur expulsion. Après tout, dans la pratique, ils continuent à le payer… », continue Ada Colau.

La PAH a trois objectifs principaux  : permettre aux gens de bénéficier d’une seconde chance en rendant leur appartement aux banques sans dettes, un moratoire d’expulsion pendantla crise et enfin un changement des prêts en locations qui ne dépasseraient pas 30  % des revenus, du moins jusqu’à la fin de la crise.

La plate-forme a neuf mois pour récolter 500 000 signatures afin d’obliger le congrès à débattre de leurs propositions. Ada Colau reste optimiste même sielle ne voit pas les élections de novembre d’un bon œil au vu du bipartisme qui règne en Espagne.

1. Plataforma de Afectados por la Hipoteca, Pasaje del crédito, Barcelona – tel  : +34 6 77 66 27 56 – site  : www.afectadosporlahipoteca.com

Vinciane Malcotte

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