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Environnement/territoire

Avenir incertain pour les associations environnementales bruxelloises

Des nuages se profilent à l’horizon pour plusieurs organisations environnementales. Quatre des 29 associations subsidiées par la ministre bruxelloise de l’Environnement Céline Fremault (CDH) risquent de voir leurs subventions réduites de 30 à 50% pour l’année 2015 et 11 autres de 15 à 20%. Ces associations préparent une réponse commune. Et craignent de lourdes conséquences pour l’emploi et leur capacité à mener à bien leurs missions.

23-04-2015
CC Pop H/Flickr

Des nuages se profilent à l’horizon pour plusieurs organisations environnementales. Quatre des 29 associations subsidiées par la ministre bruxelloise de l’Environnement Céline Fremault (CDH) risquent de voir leurs subventions réduites de 30 à 50 % pour l’année 2015 et 11 autres de 15 à 20 %. Ces associations préparent une réponse commune. Et craignent de lourdes conséquences pour l’emploi et leur capacité à mener à bien leurs missions.

« Le développement de notre Région passe par une politique environnementale forte, innovante et pragmatique ». « Le gouvernement mettra tout en œuvre pour que Bruxelles soit une Région verte et durable ». Ces affirmations sont inscrites noir sur blanc dans la déclaration de politique régionale 2014-2019. Mais la réalité n’est pas si rose. 

Lors de la confection du budget régional pour l’année 2015, la ministre bruxelloise de l’Environnement, Céline Fremault, a prévu une baisse généralisée de 15 % de subsides versés aux associations environnementales. Cependant, la pilule est plus dure à avaler pour certaines organisations, notamment pour l’association Inter-environnement Bruxelles (IEB), fédération de 80 comités de quartier et groupes d’habitants, dont la réduction va bien au-delà du chiffre annoncé.

« IEB perdrait 50 % de ses subsides », peut-on lire dans la presse. Une information validée par Hélène Quoidbach d’Inter-environnement Bruxelles, qui précise que la diminution est de taille : 78.000 euros. Ce montant représente environ « 8 % de l’enveloppe budgétaire » et implique que l’association est « en déficit », a-t-elle déploré.

En cause ? Les réductions budgétaires. Mais pas seulement : « les activités d’IEB sont de moins en moins en lien avec l’environnement et de plus en plus liées à l’urbanisme et à l’aménagement du territoire qui sont les compétences du ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort (PS) », a justifié la porte-parole de Céline Fremault, Kathrine Jacobs.

La fédération, qui porte le mot « environnement » au centre de sa dénomination, ne se consacrerait-elle pas assez à ce domaine ? IEB y voit un argument quelque peu absurde. « Si l’environnement urbain se réduit à verduriser les façades de Bruxelles, à planter des arbres et à promouvoir les potagers urbains, alors il est possible qu’IEB ne fasse pas uniquement dans l’environnement », a ironiquement relevé l’association. Au contraire, elle affirme que ses actions sont intrinsèquement liées à l’environnement, à considérer au sens large, « bien au-delà de ce que certains réduisent à de la nature en ville ».

Quel avenir pour les associations ?

Mais d’après certaines sources, IEB n’est pas la seule à faire les frais des restrictions budgétaires du gouvernement régional. L’association bruxelloise d’éducation à l’environnement et de sensibilisation à la nature urbaine, Apis Bruoc Sella, a également été sévèrement touchée par le cabinet de Céline Fremault. Diminués de moitié, ses subsides ne représentent plus que 25.000 euros, ce qui inquiète profondément les membres de l’organisation. La situation se fait directement sentir sur les travailleurs. D’après le coordinateur général d’Apis, Marc Wollast, deux emplois n’ont pas été renouvelés. Mais les conséquences sont encore plus lourdes, au point de remettre la viabilité de l’asbl en question. En effet, les subventions accordées par le cabinet étaient les seules à couvrir les frais de fonctionnement de l’association. « Ce n’est pas viable pour nous, on n’en dort plus. Si on ne trouve pas de solutions d’ici la fin du mois, c’est la fin de l’association », a tristement déploré M. Wollast.

L’association regroupant l’ensemble des groupes d’achat solidaire de l’agriculture paysanne, le réseau des GASAP bruxellois, n’a pas non plus été épargnée par la ministre de l’Environnement qui a décidé de réduire ses subsides de 30 %. Ils passeraient de 35.000 à 25.500 euros. Ce qui met en danger le poste d’Émilie Hauzeur, la coordinatrice du réseau. Notons que la structure devrait s’en tirer provisoirement. En 2014, elle avait lancé une démarche consistant à récolter des cotisations de la part de ses membres. Le tout afin d’acquérir une certaine autonomie financière. Ces cotisations étaient notamment prévues pour couvrir les frais de salaires. Mais elles tombent à pic pour combler le déficit causé par la diminution de subsides et maintenir son temps de travail. Mais si elles font défaut, « je perds mon emploi », explique Emilie Hauzeur. 

Des arguments flous

L’unique explication donnée au réseau Gasap pour justifier cette restriction est la diminution de l’enveloppe budgétaire de la Région de Bruxelles-Capitale. Pourtant, l’ex-ministre de l’Environnement, Évelyne Huytebroeck (Écolo), est catégorique : « Je ne connais pas les motivations réelles mais elles ne sont pas budgétaires. La Région bruxelloise a moins de problèmes financiers que les autres Régions ». En 2009, la ministre était à l’origine de l’ordonnance qui mettait en place un système de subventions accordées aux associations ayant pour objectif l’amélioration de l’environnement urbain et du cadre de vie de la Région de Bruxelles-Capitale. Le but : permettre aux organisations de couvrir leurs frais de fonctionnement. Mme Huytebroeck ne comprend pas la logique de la nouvelle ministre de l’Environnement et se dit inquiète. « C’est vraiment une erreur car ce ne sont pas uniquement des subsides qu’on donne, ce sont aussi des attitudes et des dynamiques. On accompagne des gens dans la durée. Quand on annonce de telles réductions à une association, il y a une perte de motivation. »

L’opposition n’a pas fini de réagir. Le député écologiste bruxellois, Arnaud Pinxteren, a expliqué que Mme Fremault utilisait uniquement des critères d’ordre quantitatif, laissant de côté le travail qualitatif réalisé par les associations. « Elle ne fonctionne pas dans l’intérêt social des associations. C’est évidemment un problème à partir du moment où elle fait des choix de façon purement arbitraire. Ça va bien au-delà de toutes difficultés, on est dans une remise en question totale », a dénoncé le député bruxellois. « J’ai donc interpellé la ministre de l’Environnement pour connaître la répartition de l’impact et les critères réels d’évaluation », a-t-il poursuivi.

Pourtant, au chapitre dédié à la mise à plat budgétaire de ces associations, la déclaration de politique régionale indique que « l’efficacité des politiques doit permettre de réaffecter des moyens budgétaires selon des objectifs quantitatifs et qualitatifs précis. » Alors, a-t-elle finalement décidé d’abandonner l’aspect qualitatif ? Du côté de la ministre de l’Environnement, c’est motus et bouche cousue. Quoique… « Les décisions du cabinet sont définitives », a assuré Kathrine Jacobs. Notons qu’elles doivent encore passer par les différents partis de la majorité. Le verdict final devrait tomber fin avril. En attendant, les acteurs de terrain tentent d’unir leurs forces pour faire entendre leur voix. Une réunion a eu lieu mardi 21 avril entre les différentes associations concernées par la mesure afin de faire le point sur la situation et de trouver un moyen pour agir collectivement. Les organisateurs n’ont pas souhaité communiquer sur les résultats de cette réunion par “crainte de briser l’effet de surprise”, a déclaré la co-coordinatrice d’Inter-environnement Bruxelles, Claire Scohier. 

Nastassja Rankovic

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