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"À Namur, un projet pour aider les exilés traumatisés à se reconstituer psychologiquement"

05-06-2001 Alter Échos n° 99

À Namur, « La clinique d’exil »1 vient de voir le jour ; il s’agit d’un lieu d’intervention psychologique transculturelle pour migrants, réfugiés, demandeurs d’asileet victimes de violence organisée sur la base d’un dispositif qui fait appel aux aidants naturels, interprètes et médiateurs interculturels. L’initiative revient àl’Institut d’orientation et de guidance de la Province de Namur.
Ancrages, métissages, passages, transitions, appartenances, reliances, itinérances, étayages : tels sont les termes qui décrivent les aspects d’un processus psychique etsocial qui, dans le meilleur des cas, constituera un nouveau départ.
Tité Mugrefya, psychologue d’origine rwandaise, en Belgique depuis 20 ans, s’exprime ainsi : « Certains, qui viennent de régions où ils ont connu la violence, lapersécution, la torture et qui sont confrontés ici à un accueil empreint de méfiance, où ils sont mis à l’épreuve et subissent des interrogatoires,où ils doivent parcourir une trajectoire de suspicion, d’épreuve et d’attente, connaissent des problèmes psychologiques. Mais étant fragilisés, ce besoin ne devientpas prioritaire car ils doivent faire face aux besoins primaires : alimentaires, logement, défense en justice etc. Nous exerçons la clinique du trauma, qui tient compte de la culture,du texte, du vécu de la personne. Certains connaissent des cauchemars, ils peuvent avoir marché des nuits entières. Il faut tenir compte de leur inquiétude quant àleur statut. Il y a des gens qui ont été torturés et qui ont une vive irascibilité. Des familles peuvent être en danger de par les problèmes psychologiques dela mère ou du père. Ainsi, une femme rwandaise, veuve avec quatre enfants menaçait de se jeter par la fenêtre. La situation exigeait que nous nous rendions sur place.Certains auraient besoin d’avoir une vie sociale en faisant du travail bénévole, ce qui leur est interdit administrativement en raison de leur statut. Certains sont incapables de vivreseuls et il faut donc leur trouver des solutions d’accueil en groupe une fois qu’ils sont régularisés et qu’ils doivent quitter le centre d’accueil. »
« Clinique d’exil » a répondu à l’appel à projets de la Région wallonne « Action coordonnée dans le réseau autour des soins et des services de premièreligne » pour rendre les structures de soins accessibles aux demandeurs d’asile. L’objectif est donc multiple : entrer en contact avec une population méfiante et en retrait et, d’autre part,avec les services de santé pour améliorer l’efficacité. Il s’agit aussi de sensibiliser les acteurs de terrain de Namur et environs : centres d’accueil, centres de la CroixRouge, le réseau associatif, maisons médicales, centres hospitaliers, etc.
La philosophie du projet est de considérer ensemble la santé mentale, la santé sociale et la santé physique. L’intervention psychologique s’inscrit en continuitéavec des actions de prévention secondaires situées en amont et qui s’appuient sur le réseau naturel ou qui favorisent la construction d’un tissu social par des approchesgroupales et communautaires.
C’est le Service de Médiation des Affaires sociales de la Ville de Namur qui fournit jusqu’à présent des interprètes à la carte puisque les exilés peuventparler dans toutes les langues. L’interprétariat dans ce cas est un travail délicat car il exige la confidentialité et une traduction la plus fidèle possible des parolesde la personne. « C’est le thérapeute qui doit décoder les paroles et non l’interprète », affirme T. Mugrefya. C’est pourquoi une formation de six mois avec stages et supervisionva bientôt être mise sur pied à destination de personnes qui ont déjà un métier où l’écoute est primordiale. À la suite d’un accordavec le cabinet Detienne, le CIRE va fournir à « Clinique d’exil » des interprètes gratuitement pendant quatre mois.
La structure namuroise est encore en transit en ce qui concerce ses locaux. Tité Mugrefya travaille également dans la structure bruxelloise, « M Poré »2 (Relève-toi) qui avu le jour en 1998 pour les rescapés rwandais grâce aux ressources financières de Médecins sans frontières prévues jusqu’à fin 2001.
1 « Clinique d’exil », 3, rue Château des Balances à 5000 Namur (Salzinnes) – tél. : 081 73 67 22 (provisoire) – 0497 91 85 92. Tous les matins de 9 h à 12 h 30, lesmardis et vendredis de 9 h à 17 h. Contacts : Paul Jacques et Tite Mugrefya, psychologues.
2 « M Poré », 46, rue d’Artois à 1000 Bruxelles – tél. : 02 513 25 79 (adresse de Médecins sans Frontières, projet belge).

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