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À l'école, la langue des signes sera une langue comme les autres

L’enseignement bilingue français-langue des signes vient d’être reconnu par un décret de la Communauté française comme un projet d’immersionlinguistique.

13-02-2009 Alter Échos n° 267

L’enseignement bilingue français-langue des signes vient d’être reconnu par un décret de la Communauté française comme un projet d’immersionlinguistique.

Dans le piétonnier, rue du Président à Namur, là où est implanté l’Institut Sainte-Marie1, il n’y a que les touristes qui sontétonnés de voir échanger, tout naturellement, des enfants sourds et des enfants entendants. Le niveau maternel et primaire de cet établissement scolaire compte, en effet,huit classes composées d’enfants sourds et entendants. Une intégration dans l’enseignement ordinaire dont la richesse est réciproque  : les enfants entendants ont lapossibilité de s’ouvrir à la « culture » des sourds. Plusieurs d’entre eux ont même appris à signer.

« Le 1er septembre 2000, l’asbl École et Surdité2 accueillait son premier enfant sourd, avec “son” institutrice. Aujourd’hui, vingt-huit enfantsbénéficient de cette formule tout à fait originale d’un enseignement bilingue langue des signes–français », explique François Poncelet, initiateurdu projet. Lui-même a été confronté au diagnostic de surdité de son fils Gilles. Constitution d’une asbl, recherche de familles intéressées parune telle initiative, nécessité de trouver un établissement scolaire prêt à accueillir le projet, recrutement d’enseignants en langue de signes et rechercheconstante de modes de financement permettant d’assurer le salaire des enseignants en langue des signes,… la tâche ne fut pas aisée. Le défi relevé, le projets’est cependant montré à la hauteur des espérances.

« Dès 2 ans et demi, les enfants sourds découvrent la langue des signes comme tout enfant à qui on parle naturellement une langue avec plaisir. Ils structurentdès lors toutes leurs possibilités de pensée. L’objectif étant de les amener, à 6 ans, à aborder tous les savoirs attendus en primaire, notamment lalecture et l’écriture du français », explique Yvette Thoua, présidente de l’asbl École et surdité. Concrètement, il y a donc deuxinstitutrices dans chaque classe accueillant des enfants sourds parmi les entendants, et l’enseignement y est totalement bilingue français-langue des signes.

Préparer l’entrée dans le secondaire

Malgré l’intérêt de ministres – tous partis confondus – pour l’initiative, il aura fallu attendre le 1er février 2009 pour que cetenseignement soit reconnu par la Communauté française. « Calquée sur le décret d’application de la mise en place d’un projet pédagogiqued’immersion dans les langues orales autres que le français, cette reconnaissance pose la langue des signes comme une langue à part entière et non comme une méthodepédagogique, se réjouit Yvette Thoua, présidente de l’asbl École et surdité. Ce décret pose également les enfants sourds comme des enfantsporteurs d’une originalité langagière plutôt que comme des handicapés. »

Financièrement parlant, dès que l’Institut Sainte-Marie aura inscrit l’immersion en langue des signes dans son projet d’établissement, huit des onzeenseignants rémunérés jusqu’ici par l’asbl École et surdité le seront désormais par la Communauté française. Ils verront, de plus,leur ancienneté prise en compte avec effet rétroactif.

François Poncelet met cependant un bémol à la solution retenue in fine par le cabinet du ministre Dupont3, et de rappeler  : « noussouhaitions que cette initiative soit considérée comme un projet pilote, sur une période de dix à quinze ans, ce qui aurait permis une évaluation pertinente. Cedécret, par ailleurs, réduit la souplesse de mise en œuvre du projet et ne couvre pas la totalité des salaires. Il met, de plus, en compétition, en cas de perted’emploi, les instituteurs de l’enseignement ordinaire de l’Institut Sainte-Marie et les formateurs en langue des signes devenus statutaires. Avec le risque qu’en cas deréaffectation, les formateurs en langue des signes soient mutés ailleurs, ce qui mettrait le projet en difficulté. »

Les chevilles ouvrières de ce projet continuent cependant de regarder vers l’avenir pour assurer, au 1er septembre 2010, le grand pas des enfants sourds – dontGilles, par qui l’aventure a commencé – vers les humanités de l’enseignement général.

1. Asbl Ecole et surdité :
– adresse : rue Lelièvre, 9 à 5000 Namur
– tél.  : 081 22 21 81
– site  : www.ecoleetsurdite.be
2. Institut Sainte-Marie :
– adresse : rue du Président, 28 à 5000 Namur
– tél. : 081 22 92 04
– courriel  : cssm.fond@scarlet.be
3. Cabinet du ministre de l’Enseignement obligatoire :
– adresse : place Surlet de Chokier, 15-17 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 227 33 11
– courriel  : christian.dupont@cfwb.be
– site  : www.christiandupont.be

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