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Regard critique · Justice sociale

Ages et Transmissions : un joli coup de pouce entre générations

A travers son opération « Coup de pouce lecture et langage », l’asbl voit papys et mamys aller à la rencontre d’enfants du primaire en difficultésd’apprentissage.

29-04-2012 Alter Échos n° 336

Cette association œuvre depuis 15 ans pour une plus grande participation des aînés à la vie sociale et culturelle. En cette année européenne duvieillissement actif et de la solidarité intergénérationnelle, elle prend pleinement son sens, notamment avec son opération « Coup de pouce lecture etlangage » qui voit papys et mamys aller à la rencontre d’enfants de l’enseignement primaire en difficultés d’apprentissage dans les écoles de Bruxelles etde Liège.

C’est un moment rare et particulier que les enfants attendent chaque semaine avec impatience, un instant privilégié, au-delà des générations, pourtransmettre le plaisir des mots, jouer et s’ouvrir, malgré les difficultés, le français qui n’est pas la langue maternelle du plus jeune, une situation familialeparfois compliquée. C’est un échange en symbiose entre des enfants, des instituteurs, une école et des aînés, tous enchantés de cette expériencehumaine.

Isabelle Donner, d’Ages et Transmissions1, explique les bienfaits de l’un des projets phare de l’association : « Rester actif, participer à lasociété d’aujourd’hui en tant qu’aîné et surtout valoriser un savoir-faire et un savoir-être, autant de points essentiels chers àl’asbl. Ces valeurs se retrouvent pleinement dans le projet “Coup de pouce lecture et langage” qui revêt également une dimension affective, le senior établissantune relation analogue à celle que peut avoir un papy ou une mamy avec ses petits-enfants. A Bruxelles, le français n’est pas forcément une évidence pour certainsenfants, il n’est pas toujours parlé à la maison. Nous sommes là pour redonner à l’enfant du plaisir, là où il n’y avait plus quel’effort. Et les personnes qui s’investissent dans cette activité sont simplement des gens de bonne volonté qui ont à cœur de communiquer leur goût de lalecture et des mots par un biais ludique et léger. Ils ne prennent qu’un à trois enfants maximum en même temps, la relation qui s’établit est donc vraimentprivilégiée.

Une formation est organisée au sein de l’asbl. Un syllabus explique les grandes lignes du projet, pour que les membres ne se sentent pas investis d’un rôle qui ne seraitpas le leur, en empiétant sur la fonction de l’instituteur ou même du parent. Nous mettons aussi du matériel à disposition dans les écoles : livres,cahiers, jeux éducatifs… Tout en sachant que chaque bénévole apporte également du matériel selon ses goûts et sa personnalité, et selonl’enfant. »

L’humain avant tout

Ce genre d’initiative existe-t-il pour compenser des manques d’effectifs en remédiation scolaire ou est-ce avant tout une démarche humaniste ? « Il existede nombreux moyens mis en place dans les écoles en matière de suivi. Le coup de pouce existerait de toute façon, car il s’agit avant tout d’affectif et departicipation sociale pour les seniors. »

Une fois qu’un bénévole décide de s’engager, une convention est signée avec l’école concernée et Ages et Transmissions afind’établir les droits et devoirs de chacun. A 70 ans, Kitty Goudeketting participe au projet depuis trois ans. « Après la mort de mon mari, je voulais trouver uneactivité en rapport avec des enfants. Cette expérience représente un véritable coup de fraîcheur dans ma vie. Je me rends à l’écolen° 10 de Molenbeek, deux fois par semaine durant l’heure du midi. J’apprends énormément de ces séances d’une demi-heure. Je me suis rendu comptequ’une telle initiative servait aussi à contrer les préjugés : oui, il y a des parents en difficulté, issus de l’immigration, qui veulent que leursenfants s’en sortent. »

Quant à Lucienne Englebert, 73 ans, ancienne psychothérapeute, elle a pris également ce projet comme un moyen de changer les mentalités. « La notion de jeuest primordiale pour des enfants qui, souvent, ne jouent pas avec leurs parents. Ils apprennent à apprivoiser les règles, à développer leur psychomotricité. Je merends deux après-midi par semaine à l’école n° 1 de Schaerbeek. Si je m’inscris dans un projet de classe, je m’adapte aussi au cas par cas. Le motd’ordre pour aborder ce type d’activités ? La simplicité. »

Ages et Transmissions est une asbl créée en 1997 à Bruxelles et soutenue comme service d’éducation permanente par la Communauté française.L’opération « Coup de pouce lecture et langage » se déroule dans les écoles primaires de l’agglomération bruxelloise mais aussiliégeoise. L’association n’a pas pour unique vocation les initiatives intergénérationnelles. Ateliers philosophie, écriture de recueils d’histoiresvécues, débats et groupes de réflexion, accompagnement à la retraite… Autant d’activités pour briser la solitude des seniors et les considérercomme partie prenante de la vie active, par des projets à caractère éducatif et culturel.

1. Ages et transmissions :
– adresse : rue Potagère, 7 à 1210 Bruxelles
– tél. : 02 514 45 61
– site : www.agesettransmissions.be

Gilda Benjamin

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