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Un statut spécifique pour les « cas désespérés » des CPAS ?

C’est l’idée de Monica De Coninck, la présidente du CPAS d’Anvers, mais elle est loin d’être partagée par tous les acteurs de terrain enFlandre.

12-09-2008 Alter Échos n° 258

C’est l’idée de Monica De Coninck, la présidente du CPAS d’Anvers, mais elle est loin d’être partagée par tous les acteurs de terrain enFlandre.

En Flandre, environ 25 000 personnes émargent au CPAS. En 1999, c’était environ 28 000. Il y a ceux qui trouvent du travail via les politiquesd’intégration ou dans l’économie sociale, mais il y a ceux qui ne trouvent pas et qui, pour certains, peuvent s’apparenter de plus en plus à un noyau dur de cas« désespérés ».

Monica De Coninck, présidente du CPAS d’Anvers (SP.A) cite deux exemples : un homme de 55 ans, pas très instruit, qui a été alcoolique pendant 15 ans et n’apratiquement pas travaillé pendant cette période ; un autre de 52 ans, qui a subi un très lourd traitement contre un cancer pendant dix ans. Deux personnes impossibles àréinsérer sur le marché du travail selon elle. Monica De Coninck préconise dès lors de créer pour ce type de personnes un statut intermédiaire, avecune allocation supérieure au revenu d’intégration. « Depuis 7 ans, nous essayons de coacher nos « clients » de manière intensive et de faire l’inventairede leurs capacités. Beaucoup de gens qui vivaient du revenu d’intégration ont pu être remis au travail via toute une série de programmes d’activation. Mais pourun certain nombre de personnes, cela ne fonctionne pas. Ils cumulent des problèmes physiques, psychiques et sociaux. Aucun employeur n’en veut et on peut difficilement le leur reprocher.Même en économie sociale, cela ne marche pas. Ils atterrissent au chômage, le VDAB les force à chercher un emploi. Dix fois, ils finissent par trouver et dix fois, ils sontmis à la porte au bout de deux jours. Ils deviennent dépressifs, tombent dans l’assurance-maladie et atterrissent au CPAS. Ne vaudrait-il pas mieux leur donner unesécurité de revenu que de les faire tourner en rond pendant des années ? »

Cas vécu : Dirk, 31 ans, habitant de Turnhout. Il a fait sa scolarité dans l’enseignement spécial. Depuis le début, du fait de son handicap mental, c’estdifficile pour lui de trouver du travail. Il a fini par perdre ses droits au chômage et est tombé dans le surendettement. Il dépend désormais du CPAS, est enmédiation de dettes et devra vivre encore cinq ans avec 50 euros par semaine à moins de retrouver du travail. « C’est très déprimant de se faire sans cesserejeter. Ça ne me dérangerait pas que le CPAS arrête de m’aider à essayer de trouver un emploi fixe et me donne une allocation plus élevée à laplace. Je serais prêt à faire du travail volontaire en échange. »

Tout le monde a au moins un talent

Pour Anke Hintjens du Vlaamse netwerk van verenigingen waar armen het woord nemen (Réseau flamand d’associations au sein desquelles les pauvres prennent la parole), « ilest positif de reconnaître que ces personnes ne sont pas en état de travailler à plein temps », parce que « c’est très déstabilisant d’être sanscesse confronté à l’échec », mais elle a peur que l’on crée une catégorie de personnes : « les désespérés à quiplus personne ne consacre le moindre temps. »

Pour Monica De Coninck, une parade contre le risque de désocialisation peut être le volontariat dans des projets artistiques ou musicaux. Il ne faudrait également accorder cestatut à créer qu’après quatre ou cinq ans de travail social avec les personnes. Quant au risque de fraude possible, elle estime que « les personnes dont on parle icine sont pas en état de faire du travail au noir ».

L’éditorialiste du Standaard, Guy Tegenbos, est plus sceptique : « Le travail social et l’économie sociale nous enseignent que quelqu’un qui ne saitrien faire, qui n’a aucun talent, cela n’existe pratiquement pas. Parfois ceux-ci sont modestes et, du fait des échecs, des maladies et des assuétudes, il faut desannées pour les faire éclater au grand jour. Il n’est pas bon de mettre ces personnes sur la touche. Augmentons plutôt les minima sociaux au-delà du seuil depauvreté. » Ailleurs dans le secteur de l’aide sociale, les propos de la présidente du CPAS anversois semblent trouver bien peu d’écho. Ainsi, l’Union desVilles et Communes flamandes estime qu’il ne faut pas baisser les bras par rapport à ces personnes. Mais elle souligne aussi que bon nombre de CPAS ont déjà, de leur propreinitiative, augmenté le soutien financier à cette catégorie et elle demande aux pouvoirs publics de déployer de nouveaux moyens pour les soutenir.

D’après De Morgen et De Standaard

Pierre Gilissen

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